LE VENDREDI SAINT A JÉRUSALEM
Si nous avions été à Jérusalem le Vendredi et le Samedi, partout nous aurions trouvé des objets, ou plutôt la présence multipliée d'un Objet qui aurait réclamé toute notre vénération. Le pavé des rues, l'uniforme des légionnaires romains, le plancber du corps de garde, les degrés du tribunal de Pilatc, la colonne de la flagellation, la montée du Calvaire, le bois de la croix, les sandales et les chaussures de la multitude, les vêtements, les cordes, les instruments, les fouets et une foule d'autres objets encore furent tachés avec du Précieux- Sang. Et partout les Anges l'adoraient. Si alors nous avions été nous-mêmes avec eux, et si nous avions été sages de la sainte sagesse que nous donne notre foi actuelle, nous aurions dû l'adorer aussi. Mais quelle peinture du monde nous offrent ces souvenirs ! Quelle mystérieuse manière pour le Créateur de prendre place dans sa création ! Quelle vue de Dieu nous pouvons avoir ici ! Quelle idée du péché ! Quelle révélation de la magnificence de notre rédemption ! Le sang de Dieu, le sanghumain de l'Être incréé, le sang que Celui qui n'a pas eu de commencement a tiré des veines d'une Vierge juive, ce sang est méconnu, et elle-même, cette Vierge, la Reine ignorée delà création, demeure dans la même cité, cachée dans les profondeurs d'une douleur incommensurable. Des millions d'anges
sont prosternés en adoration sur toute la surface du sol, comme si c'était là que se trouvait le ciel plutôt que dans les hauteurs de l'espace, et de fait ils ne se trompaient pas. Et cependant les hommes, cette partie spéciale de la création que le Précieux Sang regardait tout particulièrement, passaient à travers les rues, par-dessus ces marques vermeilles, foulaient aux pieds ces objets adorables et ne s'en souciaient nullement ; des anges se trouvaient sous leurs sandales, et ils ne le savaient pas ; ils marchaient au milieu d'un labyrinthe de mystères qui les environnaient de toutes parts et dont la révélation soudaine les eût terrassés et frappés de mort; et cependant ils étaient dans l'ignorance la plus iusouciante. Il est difficile de faire pénétrer eu nous l'idée d'un pareil état de choses et d'y habituer notre esprit ; et cependant ce n'est qu'une représentation de notre conduite de tous les jours par rapport à la présence invisible de Dieu parmi nous. Dieu est au dedans et au dehors de nous, au dessus de nous, au dessous de nous et autour de nous. Partout où nous mettons les pieds, serait-ce même pour commettre le mal, Dieu s'y trouve. Si nous étendons la main, Dieu est dans notre main; il est dans l'air à travers lequel notre main passe, et si notre main touche quelque chose, Dieu y est encore. Il y est de trois différentes manières : par son essence, par sa présence et par sa puissance; et de chacune de ces trois manières sa présence existe plus réellement que la dureté dans le roc, l'humidité dans l'eau, ou la solidité dans la terre. Cependant nous suivons nos voies selon nos fantaisies, nous chantons, nous nous laissons aller à la vanité, nous faisons mille folies, et ce n'est pas seulement dans un sanctuaire consacré que nous nous y livrons, c'est dans le sein du Dieu vivant. Ce mystère, par la plus prodigieuse des révélations, nous a été rendu manifeste dans le Précieux Sang, lorsqu'il
fut répandu à travers les rues de Jérusalem
(Le Précieux Suivj, pp, -2'J-3l.)