LA SUEUR DE SANS
Voyons maintenant ce que fait l'âme du Sauveur. Elle réunit autour d'elle tous les péchés, si nombreux, si variés, si énormes des hommes. Sa sainteté si belle se recouvre de ce hideux vêtement, qui brûle, semblable à un poison, semblable à des flammes ardentes. Ainsi revêtue, elle frémit toute pénétrée du plus terrible des frémissements humains. Sa vie ne se conserve que par une puissance miraculeuse. Jamais sur la terre il n'y a eu de pesanteur aussi mortelle, de tristesse aussi poignante, de dessèchement aussi complet des fontaines de la vie, de langueur aussi cruelle, d'abattement aussi excessif. Alors cette âme puissante lève les mains, comme Fi, avec une force plus grande que Samson, elle allait faire descendre les cieux ; elle attire sur elle-même la redoutable tempête de la Justice éternelle et de la Vengeance accablante de Dieu. Et puis, elle s'étend, écrasée sous ce poids immense, triste vie humaine, presque éteinte et ne devant le dernier souffle qui lui reste qu'à la vie divine à laquelle elle est unie. Quelle humanité ! quelle divinité ! qui pourra s'élever jusqu'à un mystère aussi terrible ? Oh ! Jésus, qu'elle est effrayante cette solitude rendue plus profonde encore par la présence de cet Ange tremblant que vos plaintes ont .fait descendre des cieux ! Le sacré cœur ne peut pas résister plus longtemps, il laisse échapper sa vie vermeille, comme un pressoir le vin qu'il renferme. L'une après l'autre, d'une manière qui n'est pas naturelle, les gouttes de sang suintent lentement à travers les pores brûlants de la peau divine. Elles s'arrêtent sur son front, et puis elles roulent le long de sa face. Elles embarrassent sa chevelure ; elles couvrent ses yeux ; elles remplissent sa bouche tout autremeut que ne la remplissait le ca-
lice de son sang il y a trois heures. Elles souillent sa barbe ; elles mouillent ses mains ; elles coulent sur tous ses membres comme une sueur universelle de sang. Elles tachent ses vêtements ; elles rougissent les racines des oliviers; elles recouvrent la blanche poussière de taches rougeâtres. Véritablement, si jamais souffrance a été belle, — et qu'il y a peu de souffrances sur la terre qui ne l'aient été ! — c'était bien celle que la lune de Pâques contemplait, celte nuit à l'ombre des oliviers de Gethsémani !
(Le Précieux Sang, p. 299. )