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LE CRUCIFIEMENT

Ils ont dépouillé Jésus de ses vêtements, et la bonté que lui a fait éprouver son état fait frémir sa nature humaine au delà de toute expression. Pour sa Mère, cette indignité était en ellemême une torture, tandis qu'en même temps la vue sans voile du cœur de son Fils était pour elle une horreur et une souffrance que les paroles ne sauraient exprimer. Ils ont étendu Jésus sur la croix, lit plus dur que le berceau de Bethléem dans lequel il avait d'abord été couché, et il se remet entre leurs mains avec autant de docilité qu'un enfant fatigué

que sa mère prépare doucement au repos. Il semble (et en réalité il en était ainsi) faire sa propre volonté, plutôt que la leur. Beau dans son défigureinent, vénérable dans son ignominie, le Dieu étemel s'étend sur la croix, les yeux fixés avec douceur sur le ciel. Jamais Marie ne pensa qu'il parût plus digne d'adoration, qu'il fût plus manifestement Dieu que quand il était ainsi étendu et couché, victime impuissante, mais volontaire. Et elle l'adorait avec la plus profonde vénération. Maintenant, les bourreaux étendent son bras droit et sa main sur sa croix. Ils mettent le clou raboteux à la paume de sa main, cette main d'où découlent les grâces du monde, et le premier coup du marteau retentit sourdement au milieu du silence. Le frémissement que lui cause l'excès de la douleur passe dans tous les membres, mais sans altérer la douce expression du regard. Bientôt les coups se succèdent, un faible écho les répète. Madeleine et Jean se bouchent les oreilles ; car pour eux ce son est intolérable : il leur est plus douloureux que si le marteau tombait au vif sur leurs cœurs. Marie entend tout le bruit. Le marteau tombe sur la vie de son cœur ; car, depuis longtemgs son amour est mort en elle et ne vit plus qu'en Jésus. Elle dirige ses regards vers le ciel. Elle ne peut parler. Que pourraient exprimer des paroles? Le Père seul comprenait l'offrande de ce cœur, brisé tant de fois. Pour Marie, la pose des clous n'était pas une action unique ; chaque coup lui infligeait un martyre particulier, comme la main du musicien qui presse tour à tour les clefs de son instrument.

La main droite est clouée à la croix. La gauche ne peut atteindre à sa place. Ils ont mal mesuré la distance du trou qu'ilsont percé pourfaciliter le passage duclou,oubien l'agonie a contracté le corps de Jésus. La scène qui s'ensuivit fut terrible, comme les saints nous la décrivent dans leurs révélalions (1). Les bourreaux tirèrent de toutes leurs forces le bras

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