LIVRE SEPTIÈME. — LA PASSION
gauche ; mais ils ne s'allongeait pas assez. Ils appuient leurs genoux sur les côtes, que celte violente pression fait craquer sans les briser et, en disloquant le bras de Jésus, ils parviennent à étendre la main jusqu'à la place. Rien de plus qu'un léger soupir ne s'échappa de la poitrine de Jésus, et la douce expression de ses yeux demeura toujours la même. Mais Marie, qui pourrait s'imaginer l'horreur que ce spectacle, que ce son produisirent en elle ? Oh ! il y avait là pour elle plus de douleur qu'il n'y en a eu pour faire tous les Saints qui ont jamais été canonisés ! Le bruit sourd du marteau recommence, changeant de son selon qu'il porte sur la chair, les muscles, et le bois dur où le clou s'ouvre un cruel passage. Les jambes de Jésus sont aussi tendues avec violence; les pieds sont croisés l'un sur l'autre, ces pieds, qui ont été si souvent blessés et fatigués en marchant à la recherche des âmes; et, à travers la masse solide des muscles frémissants, le clou s'enfonce lentement, en faisant souffrir à Jésus une agonie inexprimable, à cause du manque de fixité du pied dans cette position. Il serait inutile de parler de la Mère ; il serait vain de la plaindre. Notre compassion ne pourrait être comparée en aucune manière au terrible excès de l'agonie de Marie. Mais Dieu soutint sa créature, et elle continua de vivre.
Maintenant, on soulève la croix, et on la dresse avec Jésus couché dessus et ayant toujours la même douceur d'expression dans les yeux. L'instrument du supplice est porté près du trou creusé pour en recevoir le pied. Ils approchent la croix du bord du trou ; ils y ont attaché des cordes au moyen desquelles ils lui font prendre une position plus perpendiculaire. Lorsqu'elle est presque dressée, ils en attirent graduellement le pied au-dessus du bord de la cavité, jusqu'à ce qu'elle y tombe d'un bond violent qui disloque tous les os de la victime et détache presque son corps avec les clous qui la retiennent
comparaison entre les magnifiques récits du P. Paber et les visions delà sœur Emmerich.
Quelques saints contemplatifs font même mention d'une corde liée autour du corps sacré pour l'empêcher de se détacher de la croix et serrée si cruellement qu'elle entrait dans la chair. Ainsi une horreur surpasse l'autre, fouillant, comme ces feux souterrains qui font trembler la terre, sous les abîmes du cœur anéanti de la sainte Mère, toutes ses facultés surnaturelles de souffrir. Ne comparons la douleur de Marie à aucune autre. C'est uue chose à part. Nous pouvons la regarder, pleurer sur elle avec amour, avec un amour de souffrance. Mais nous n'osons la commenter. 0 Mère affligée, bénie soit la très-sainte Trinité pour les miracles de grâce qui furent accomplis en vous à cette heure terrible !
La terre trembla jusqu'à son centre ; les êtres inanimés frémirent comme s'ils eussent été doués d'intelligence. Alentour, les rochers se fendirent, les précipices s'ouvrirent tout le long des rivages les plus lointains de la Méditerranée, et le voile mystique du Temple fut déchiré en deux par l'agitation de la terre, comme s'il l'eût été par la main de l'homme. A ce moment, ainsi qu'une révélation nous l'apprend, s'élevèrent des dépendances du temple les sons prolongés et plaintifs des trompettes qui annonçaient l'offrande du sacrifice du milieu du jour, et ceux qui en sonnaient ne soupçonnaient guère que la trompetle retentissait ce jour-là dans le ciel. Un monde impur devait se vêtir tout entier dans la Justice et la Beauté du Fils de Marie ; des pécheurs devaient porter ses vertus, mériter par ses mérites, satisfaire par ses satisfactions, et puiser à volonté dans les fontaines de son précieux sang. De même que Jacob avait, été béni dans les vêtements d'Ésaii, ainsi tout le genre humain devait être béni dans les vêtements de son Frère aine. (Le Pied de la Croix, pp. 291-295.)