MORT DU SAUVEUR
Marie ne levait pas les yeux, mais elle savait que les yeux de Jésus étaient iixés sur elle. Par quel étrange pouvoir les yeux des mourants font-ils tourner vers eux les visages qui étaient tournés d'un autre côté et les attirent-ils à eux pour que les regards de l'amour puissent voir les derniers moments d'un être aimé ? L'œil de Jésus s'arrêtait sur le même objet qui l'avait arrêté au moment de sa naissance, lorsqu'il s'était trouvé couché sur le sol dans un pli de la robe de Marie, tandis qu'elle priait agenouillée, et qu'il levait ses petites mains en souriant pour être pris dans ses bras et pressé contre son sein. C'était d'une autre manière que les bras de Jésus étaient maintenant levés; ils nous invitaient à monter pour nous y jeter comme des enfants aimants, et pour voir ce que sont les embrassements de l'amour d'un Sauveur. Marie sentit le rd de Jésus, et elle leva la tète pour regarder son visage. Jamais de tels regards ne se rencontrèrent ni n'exprimèrent tant d'ineffable amour. Le Père soutenait Marie dans ses bras, de crainte qu'elle ne succombât sous le poids de tant d'amour, et le cri retentissant partit du sommet de la colline, plongeant Marie dans une agonie de silence. La tète sacrée s'affaissa vers elle, l'œil se ferma, et l'âme passa près d'elle comme un éclai et s'enfonça dans la terre, et un vent s'éleva et éloigna le manteau de ténèbres, et le soleil se dégagea de l'ombre de la lune, et le.? toits de la cité brillèrent d'une éclatante blancheur, et les oiseaux recommencèrent à chanter, mais seulement comme s'ils n'étaient qu'à demi rassurés. Et au dessous de la croix se tenait Marie, mère sans enfant. La troisième heure était passée.
(Le Pied de la Croix, pp. 312-313 )
176 EPPP.ÏT DU P. PABER.