DES SACREMENTS, EN GÉNÉRAL
Il est difficile de décrire les Sacrements. Si un Ange, nous enlevant de ce globe que nous habitons, nous transportait bien loin dans une étoile que Dieu aurait préparée pour recevoir une autre espèce de créatures raisonnables, nous serions frappés de la nouveauté et du caractère particulier qu'offrirait à nos regards la scène qui nous environnerait. Quelques-uns de ces détails pourraient nous rappeler les scènes de la terre, quoique avec des différences essentielles, et d'autres seraient pour nous entièrement nouveaux, entièrement différents, soit pour la couleur, soit pour la forme, soit pour la composition, de ce que nous aurions jamais vu jusque-là. Tel est à peu près l'effet produit en nous lorsque nous venons à apprendre la doctrine catholique sur les Sacrements. Elle nous introduit dans un monde nouveau. Elle nous donne de nouvelles idées. Elle est plus qu'une découverte : elle est une révélation. Les Sacrements appartiennent au monde nouveau introduit dans la création du Verbe éternel : c'est pourquoi ils forment une partie essentielle de la création telle qu'elle avait été réglée de toute éternité par Dieu. Cependant ils sont entièrement distincts de toute autre portion de la création. Les sacrements de l'ancienne loi n'étaient que des ombres des sacrements de l'Évangile. Les sacrements de loi nouvelle sont des objets créés
qui ont pour créateur Notre-Seigneur lui-même. L'Eucharistie a été figurée par l'agneau pascal, le sacrement de l'Ordre parla consécration des prêtres, et la Pénitence par les purifications légales du tabernacle. Il n'y a pas eu de figure de la Confirmation, parce que c'est le sacrement de la plénitude de la grâce, et qu'ainsi il ne peut appartenir qu'à la dispensation de l'Évangile. Il n'y a pas eu de figure non plus de l'Extrême-onction, parce qu'elle est la préparation immédiate pour l'entrée de l'âme dans la gloire ; et il n'y avait pas pour les âmes d'entrée dans la gloire avant la résurrection et l'ascension de Jésus. Le Mariage ne pouvait pas non plus être un sacrement sous la loi ancienne, parce que le Verne n'avait pas encore épousé de fait notre nature humaine; et le Mariage n'est un sacrement que parce qu'il est la figure de ces noces mystérieuses de la sainte humanité.
Comment donc appellerons-nous les Sacrements ? Ce ne sont pas des personnes, et cependant il est difficile de ne voir en eux que des choses : il me semble en effet qu'ils sont quelque chose de plus que des choses. Il nous .faudrait un autre terme, un autre nom, et nous ne pouvons en trouver. Ce sont des puissances, des vies, des merveilles, des retraites où Dieu se plaît à se cacher, des centres d'un pouvoir céleste, des magnificences surnaturelles, des racines du ciel sur la terre, des sources de grâces, des agents mystérieux, l'union de la matière avec l'esprit, un magnifique commerce entre Dieu et l'homme.
Chaque sacrement forme par lui-même une espèce. Chacun a un but spécial d'où procède et son excellence et son mystère. La prééminence du Baptême consiste en ce qu'il remet le péché originel et les peines qui lui sont ducs. La prééminence de la Confirmation consiste dans l'étendue des secours de grâce actuelle qu'elle apporte avec elle, comme nous le voyons dans la force qu'elle a conférée aux Apôtres, force que ne ieur avait pas donnée l'Eucharistie. Le sacrement de Pénitence peut réclamer et le privilège d'être le plus nécessaire de tous les.