LIVRE HUITIÈME. — L'EUCHARISTIE
Mais le Sacrifice de la messe les acquitte toutes un million de fois chaque jour, et chaque fois bien au-delà de ce qui est dû. Le Saint Sacrifice est le canal par lequel toutes les grâces sont dispensées à la terre. Jamais nous n'en avons reçu une seule qui ne nous ait été accordée en vue de la Messe. Que de calamités temporelles ce divin sacrifice éloigne sans cesse de nous ! De l'autel où il est offert monte continuellement vers la majesté de la très-sainte Trinité un suave encens d'adoration, d'intercession, d'actiou de grâces, de satisfaction et de supplication ; et ces pieuses prières, formulées par la parole imparfaite de l'homme, possèdent une valeur égale à la valeur intinie du Dieu incréé ! Nous pourrions multiplier les mots sans en dire davantage. Chaque chose, ainsi que saint Thomas le démontre, chaque chose qui est dite ou faite à la messe est en soi un mystère céleste et, comme toutes les autres choses en ce monde, possède un Ange dont le nom tout-puissant et la gloire éclatante ne nous sont pas révélés : cet Ange porte l'oblation devant le trône du Très-Haut. Le Sacrifice, en poursuivant son cours, déroule à nos yeux toute l'histoire de la passion du Sauveur, nous montre la résurrection d'une âme rachetée et nous dépeint le sort et les destinées du corps mystique de Jésus-Christ. En un mot, la terre vit, se meut et trouve son existence dans le Sacrifice de la Messe. Il n'est point de bien sur la terre dont il ne soit la cause et l'origine. La Messe est la seule. barrière qui s'oppose aux ravages de l'enfer. Il n'est point d'adoucissement aux souffrances du purgatoire qui ne découle, comme un baume salutaire, de son calice surabondant; point d'accroissement de gloire dans les cieux qui ne soit dû au saint sacrifice ; point de nouvel hôte de la Jérusalem céleste que l'adorable Victime n'ait fait aborder sain et sauf au rivage où l'attend une paix éternelle.
La Communion est le second des mystères du Saint-Sacrement. C'est avec raison que les théologiens affirment que le plus grand hommage qu'une créature sur terre puisse rendre
â son Créateur, c'est de le recevoir et de s'en nourrir dans ce mystère redoutable. C'est pourquoi lorsque nous venons à songer que la Communion est pour les hommes dans l'ordre spirituel ce qu'est la nourriture dans l'ordre temporel, nous comprenons aisément l'empire qu'elle exerce continuellement sur toute la race humaine. Si nous prenons la vie d'un saint où l'auteur soit entré dans de longs et minutieux détails, nous demeurons parfois stupéfaits en présence de ce qui a été nécessaire pour achever l'édifice de cette sainteté. Il lui a fallu traverser de véritables océans de tentations et vaincre une multitude d'obstacles amoncelés. Par quels cruels moments d'abandon, par quels épouvantables mortifications, par combien d'années, par combien d'épreuves de tout genre, il a dû passer pour arriver à ce point éminent! Etil semble qu'il n'aurait pas été le saint qu'il est en effet, si une seule de ces épreuves lui eût été épargnée. Eh bien ! pourtant, une seule, oui une seule communion renferme en soi assez de grâce pour faire de nous des saints: il suffirait, pour obtenir ce résultat glorieux, que notre ferveur puisât assez copieusement à cette source inépuisable. La Miséricorde de Dieu qui nous a tirés du néant et qui nous a donné le libre arbitre, nous a parla même exposés au risque (et la possibilité d'arriver à la Vision béatifîque de Dieu fait que l'homme de bien aime à courir ce risque) de nous perdre pour l'éternité. Ce risque implique aussi une persévérance inaltérable au milieu des soucis, des peines, des calamités, des travaux, des déceptions et des mécontentements de toute espèce. Toutefois, c'eût été un immense privilège, un bienfait digne de Dieu, que d'être admis à courir ce risque en retour d'une seule communion. Si nous allions recueillir tous les actes humains qui ont jamais été accomplis dans le monde, si nous les, résumions en un seul qui renfermât tout ce qu'il y a eu de noble, de généreux, d'héroïque, d'aimable et de louchant dans chacun d'eux, et que nous le rapprochions ensuite de l'acte qu'un homme accomplit en recevant la sainte communion, ce