LIVRE HUITIÈME. — L EUCHARISTIE
était irrité, versant un baume salutaire sur les plaies du cœur et donnant naissance à une foule d'œuvres de miséricorde. La vie sociale, avec le mariage et ses institutions domestiques, se ressent constamment de son influence bienfaisante ; et dans le monde politique, que de fois n'a-t-elle pas- servi à ramener la paix entre les gouvernements et les sujets ? Elle a même le pouvoir d'attirer les hérétiques par une sorte de charme, et dans ces cœurs purs et honnêtes, mais où l'erreur s'est glissée inaperçue, elle fait sans bruit entendre sa douce voix : aussi a-t-elle plus ramené d'âmes dans le bercail de Pierre que les raisonnements serrés des plus habiles controversistes, ou l'influence plus grande encore des paroles brûlantes de l'homme pieux qui prêche sincèrement Jésus crucifié. Rien ne saurait briser l'alliance qui existe entre le Saint-Sacrement et la vie toute spirituelle des âmes intérieures : il les conduit vers ces hauteurs où l'on apprend le renoncement à soi-même et les merveilles de la prière surnaturelle. Quant au monde ordinaire, aux mondes moral, social, politique, littéraire, dévot, ecclésiastique et mystique, le Saint-Sacrement plane au-dessus d'eux depuis dix-huit siècles avec sa puissance féconde, pacifique et créatrice. 0 tourbillon silencieux du divin amour , avec quelle force à la fois calme et irrésistible vous attirez vos créatures dans le sein de votre aimable influence et dans les cercles intérieurs où elle s'exerce ! Ah ! dans votre miséricorde, daignez nous attirer par la voie la plus courte et la plus sûre dans les profondeurs de l'Amour éternel, dans ces abîmes que remplit la vision béatifique de la sainte Trinité. Oui, votre nom est Jésus ; car vous sauvez et sauverez votre peuple de ses péchés. Mais le Saint-Sacrement ne constitue pas seulement la vie dévote de l'Église : il est par lui-même une puissance vivifiante. En vérité, il semble embrasser l'Église toute entière et se multiplier pour satisfaire à tous les besoins de l'humanité, rachetée sans doute, mais encore condamnée aux rigueurs de l'exil. Il remplit cette mission de sept manières différentes :
par la messe, la communion, la bénédiction, la résidence dans le tabernacle, l'exposition, le viatique et la procession. Ce sont là les sept mystères principaux de notre Dieu caché sous les voiles sacramentels : chacun d'eux est animé d'un esprit qui n'appartient qu'à lui et agit d'une manière particulière qui le distingue du reste: c'est ainsi que les divers mystères de la vie mortelle de Noire-Seigneur dureraient tous l'un de l'autre. Il faudrait un Traité tout entier pour parler dignement de ces sept augustes mystères ; mais l'espace qui me reste ne me permet que de dire rapidement quelques mots des deux premiers (1).
D'abord et avant tous les autres se présente l'adorable Sacrifice de la messe, où Dieu est à la fois la Victime, le Prêtre et la Majesté à qui l'hommage est offert. C'est un véritable sacrifice expiatoire en faveur des vivants et des morts. Ce n'est pas une vaine ombre du Sacrifice de la croix: c'est le môme Sacrifice, renouvelé et continué en des mystères non sanglants. Par lui-même il est infini ; notre ferveur, plus ou moins grande, peut seule lui imposer des limites. Si nous jetons les yeux sur la création, nous trouverons qu'elle a contracté envers Dieu quatre dettes infinies, dont elle est complètement incapable de s'acquitter. Elle doit à Dieu des louanges infinies, à cause des perfections infinies du Créateur ; une expiation infinie, à cause des péchés sans nombre de la créature ; des actions de grâces infinies à cause des miséricordes si abondantes du Seigneur : enfin, des supplications infinies, à cause des besoins sans fin de la nature humaine. Le cœur immaculé de Marie elle-même, réuni au vaste empire de la sainteté angélique , le tout élevé à la millième puissance, ne saurait satisfaire à une seule de ces obligations.
1 . Ces trois derniers mots ne sont pas du P. Faber. Nous les avons ajoutés à dessein, pour n'avoir pas à citer ici de trop longs développements.