LA FÈTE-0IF.U
Supposons-nous au jour de la Fête-Dieu. Nous nous levons : une pensée de joie illumine notre âme ■ et jette un air de fête sur tout ce qui nous entoure. C'est pour nous la santé, lors même que nous serions souffrants ; c'est le soleil, lors même que le ciel serait couvert de nuages. D'abord, nous ne pouvons nous défendre d'un sentiment de désappointement en retrouvant au monde son aspect de tous les jours, en le voyant prêt à reprendre ses travaux accoutumés et son trafic ordinaire. Nous sentons que cela n'est pas convenable, et qu'il y a là quelque chose qui n'est pas dans l'ordre. Pauvre ville de
Londres ! Si elle connaissait Dieu, si elle pouvait observer ses fêtes, combien elle trouverait de bonheur en un jour semblable, à faire tomber les chaînes des innombrables enfants de Mammon que renferme son sein, et à s'abandonner pendant vingt-quatre heures à une joie pure et vive, en l'honneur d'un mystère qui est le triomphe de la foi sur les sens, de l'esprit sur la matière, de la grâce sur la nature, de l'Église sur le monde. Mais, par une sorte de réaction mystérieuse, notre désappointement même nous fait sentir d'une manière plus touchante et le bienfait de la foi et notre indignité en présence de laquelle nous regardons comme le plus grand des miracles que Dieu nous ait choisis pour un don si précieux. 0 ineffable sacrement d'amour ! Nous vous appartenons : car vous êtes l'objet vivant de notre amour. Vous êtes pour nous la source de la Vie : car en vous se trouve l'Essence même de la Vie divine, avec sa profondeur incommensurable, sa miséricorde et son éternité. Aujourd'hui est votre jour, ô Seigneur, et dans ce jour je ne veux point avoir une seule pensée, une seule espérance, un seul désir qui ne soit tout entier pour Vous.
Notre premier soin doit être de nous bien pénétrer de l'esprit de la fête. Une fois ce devoir rempli, nous serons plus en état de sonder quelqu'une des profondeurs de ce mystère salutaire. Que dis-je ? toute la théologie du grand dogme de l'Eucharistie n'est autre chose qu'un concert angélique rendu perceptible aux oreilles des mortels ; et quand nos âmes seront accoutumées à cette musique céleste, nou.- comprendrons mieux les doux secrets qu'elle révèle à nos cœurs ravis. Mais il nous faut aller loin pour saisir l'esprit de la fête. Représentons-nous, comme dans un vaste tableau, l'aspect que l'Église universelle offre en ce jour aux yeux de Dieu Notre grande ville est étourdie par les bruits confus qui s'élèvent dans son sein ; elle ne saurait entendre. Elle est éblouie de son propre éclat ; elle ne peut voir. Laissons-la ; oublions-la. Dans