LIVRE HUITIÈME. — i/EUCHARlSTIE
tout autre jour, ce ne pourrait être qu'avec tristesse; mais aujourd'hui ce n'est vraiment qu'avec une profonde indifférence. Avec quelle joie ne devons-nnus pas contempler cette brillante et immense nuée de gloire que l'Église fait à cette heure monter vers Dieu. Oui, il semhlerait que le monde est encore dans son état d'innocence primitive. Nous pensons (et à mesure que ce tableau se déroule devant nous, la joie, comme une marée, monte dans notre âme et l'inonde de délices), nous pensons, dis-je, à ces milliers de messes qui se disent ou qui se chantent dans l'univers entier, et qui s'élèvent toutes comme un cri unanime de bénédiction et de joie poussé par les créatures reconnaissantes vers un Créateur plein de bonté et de miséricorde. Nous songeons à ces glorieuses processions qui, déployant leurs bannières aux rayons du soleil, se déroulent sur les places des opulentes cités, à travers les rues jonchées de fleurs des villages chrétiens, sous les voûtes vénérables des antiques basiliques et le long des jardins des séminaires, asile de la piér-'\ Dans ce concours de peuples, la couleur du visage et la diversités des langues ne sont que de nouvelles preuves de l'unité de cette foi que tous se réjouissent de professer par la voix du magnifique Rituel de Rome. Sur combien d'autels, de structure diverse, tous parés de fleurs les plus suaves et resplendissants de lumière, au milieu de nuages d'encens, au son des chants sacrés et en présence d'une multitude prosternée et recueillie, le Saint-Sacrement est successivement élevé pour recevoir les adorations des fidèles et descendu pour les bénir ! Et combien d'actes ineffables de foi et d'amour, de triomphe et de réparation, chacune de ces choses ne nous repré?ente-t-elle pas ! Dans le monde entier, les douces tiédeurs du printemps sont animées par les chants d'allé<?resse. Les jardins sont dépouillés de leurs plus belles fleurs que des mains pieuses jettent sous les pas du Dieu qui passe voilé dans le Sacrement. Les cloches font retentir au loin leurs joyeux carillons ; le canon ébranle les
échos des Andes et des Apennins ; les navires, pavoises de brillantes couleurs, donnent aux baies de la mer un air de fête, et la pompe des armées royales ou républicaines vient rendre hommage au Roi des rois. Le Pape sur son trône et la petite tille dans son village, les religieuses cloîtrées et les ermites solitaires , les évêques , les empereurs, les rois et les princes, tous sont aujourd'hui remplis de la pensée du Saint-Sacrement. Les villes sont illuminées par les transports de la joie. Telle est l'allégresse universelle, que les hommes s'y livrent sans savoir pourquoi, et qu'elle rejaillit sur tous les cœurs affligés, sur les pauvres, sur tous ceux qui pleurent leur liberté, leur famille ou leur patrie. Tous ces millions d'âmes qui appartiennent à la royale famille et au lignage spirituel de saint Pierre sont aujourd'hui plus ou moins occupées du Saint- Sacrement : de sorte que l'Église militante tout entière tressaille d'une joie, d'une émotion semblable au frémissement des flots de la mer agitée. Le péché semble oublié ; les larmes mêmes paraissent plutôt être arrachées par l'excès du bonheur que par la pénitence. C'est une ivresse semblable à celle qui transperce l'âme à son entrée dans le ciel. Ou bien l'on dirait que la terre ellemême passe dans le ciel, comme cela pourrait arriver par l'effet de la joie dont l'inonde le Saint-Sacrement.
Mais tout cela représente et révèle un monde intérieur où l'on découvre un culte de profonde adoration, où l'on découvre aussi des preuves innombrables de l'opération surnaturelle du Saint-Esprit, et où l'on admire l'exubérante activité, l'inépuisable énergie du précieux sang. Un seul acte surnaturel cause plus de joie au cœur de Dieu que mille péchés ne lui causent de douleur : car le parfum du Christ, l'onction de sa grâce et la pourpre de son sang se trouvent réunis dans ce seul acte marqué du sceau de ses divins mérites. La grâce devient de plus en plus active à l'approche des grandes fêtes , et ses premières impulsion;