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LIVRE NEUVIÈME. — i/ÉGLISE

tonnait aujourd'hui l'hymne de triomphe qui doit célébrer sa victoire définitive et la destruction de ses ennemis.

Ls fête du Saint -Sacrement n'est pas non plus un triomphe en ce sens que l'Église est en paix. Une trêve est tout ce qu'elle peut espérer: encore est-il bien rare qu'elle l'obtienne. Elle ne saurait être en paix jusqu'au jour du Jugement : car elle ne peut y être tant qu'il existe une âme dont le salut n'est pas encore assuré. Ses alliances mêmes ne sont pas exemptes d'une certaine défiance, fruit d'une longue expérience, et en réalité ce sont plutôt de nouveaux sujets d'anxiété que des intervalles de repos. Elle a souvent fait alliance avec les gouvernements du monde, et elle est ainsi parvenue à sauver plus d'une âme qui autrement eût été perdue. Mais ces alliances lui coûtent cher : le sang de ses martyrs et les sueurs de ses papes. Encore, après tant de sacrifices, vit-elle, au milieu de pareils compromis, comme le daim timide au milieu d'une forêt dont tous les échos sont ébranlés par le cor des chasseurs. Elle est moins à son aise dans un concordat que dans les catacombes. Ainsi en est-il de tout mouvement qui a pour objet l'éducation ou les réformes, de toul effort légal pour obtenir des libertés politiques, de toutes les associations philosophiques ou scientifiques, et même des beaux-arts. L'Église y trouve partout sa place, parce que partout elle a une mission à remplir. Mais elle n'y demeure pas en paix : non elle ne le peut point.

Le triomphe de l'Église ne consiste point dans l'extinction de l*hérésie. En effet, de nouvelles hérésies surgissent à mesure que les vieilles disparaissent, et chaque schisme, qui s'éteint, en voit dix autres renaître de ses cendres. Dans le fait, les hérésies sont presque pour l'Église une des conditions de sa vie, et la cause involontaire de presque toute la beauté intellectuelle de son enseignement dogmatique. Néanmoins, c'est sans doute un plaisir et un triomphe pour ses enfants de voir chaque année les diverses hérésies qui semblent se dé-

pouiller de plus en plus de leurs éléments chrétiens et, sous l'influence d'une fatalité aveugle, sortir complètement du cercle de la Vérité révélée. Il ne se passe peut-être pas d'année en Angleterre sans que quelque secte protestante répudie son point de départ ou jette l'anathème sur son principe fondamental et perde ainsi son autorité sur les esprits sérieux et de bonne foi, tandis qu'elle ne fait qu'agrandirpour les indifférents le gouffre immense de l'incrédulité. Un anglais devrait être la dernière personne au monde à supposer que l'Église triomphe parce que l'hérésie s'éteint.

Elle ne triomphe pas non plus parce qu'elle a survécu à tant d'ennemis qui semblaient naguère victorieux, bien que ce phénomène doive être pour elle un sujet de perpétuelles actions de grâces et renouveler sa confiance en Dieu. Le torrent bourbeux du Protestantisme, se divisant à l'infini pour former mille ruisseaux qui roulent son eau fangeuse et son limon, ne s'est pas répandu sur la terre d'une manière aussi effrayante que l'arianisme dans les premiers siècles de l'Église: cette hérésie a passé, et l'autre passera comme elle. Les prophéties protestantes ne se réalisent point et couvrent de ridicule ceux qui les ont faites. Les dates successives assignées par elles à la destruction infaillible de la Papauté ont passé inoffensives avec les quatre saisons, et le calendrier des pronostics de l'hérésie demeure dédaigneusement et cruellement trompé dans ses prédictions. Cependant les âmes se perdent et l'œil du chrétien se fixe plutôt sur ce fait déplorable que sur l'extinction successive des ennemis de l'Église : car c'est là une circonstance aussi naturelle, aussi « dans l'ordre des choses » que le Jever du soleil, ou la moisson, quand la saison en est venue.

Enfin l'Église ne triomphe point parce que le Saint-Sacrement est pour elle un avant-goût des joies du ciel et de ses jouissances éternelles. On ne triomphe point par anticipation, et une fête de victoire doit être quelque chose de plus que la

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