L'ÉGLISE
L'ÉCLISE.
La Fête-Dieu est un jour de processions. Or l'Église, dans tout le cours de son histoire, peut être considérée commmeune vaste Procession qui se déroule à travers les siècles, semblable à une caravane de soldats pèlerins, qui, au milieu des vicissitudes de la guerre, se frayent un chemin de Testa l'ouest. Tantôt on la voit marchant en petites bandes éparses avec les Apôtres sur les voies romaines ; tantôt on la retrouve campée, avec les obscurs prosélytes, autour des synagogues juives dans les provinces romaines. Ici elle nous apparaît comme une armée de Martyrs qui s'avance, guidée par son pontife , sous les sombres galeries des Catacombes ; là, elle se présente aux yeux du monde, toute radieuse et toute brillante de la faveur impériale qui la couvre de son autorité. Un jour elle s'enfonce dans les déserts, pour atteindre les nations qui n'ont pas encore reçu l'Évangile ; un autre jour elle arrête le torrent de la barbarie qui se précipitait du nord au midi. Plus tard elle absorbe en elle-même tout le monde civilisé, et le moyen âge voit éclater sa splendeur ; aujourd'hui la voilà de nouveau aux prises avec une multitude infidèle , se frayant péniblement un chemin à travers une foule de littératures viciées, de systèmes philosophiques pervers et faux, de civilisations corrompues, de diplomaties cauteleuses, sans jamais disparaître aux yeux,
toujours reconnaissable, toujours souffrante, toujours reine, toujours avec un caractère dont rien ne saurait approcher dans le monde, et semblable aux enfants d'Israël dans le lit de la mer Rouge, lorsque les eaux se tinrent debout comme un mur à leur droite et à leur gauche.
La procession du Saiot-Sacrement est un résumé de l'histoire de l'Église. C'est la révélation de l'esprit qui l'animait au milieu de toutes les vicissitudes de son pèlerinage guerrier. Elle nous fait éprouver ce que les générations passées ont ressenti et ce que les races futures ressentiront à leur tour. Elle nous permet de goûter les dispositions surnaturelles de l'Église et nous aide d'une manière puissante à les reproduire en nous-mêmes. Ce n'est pas le triomphe définitif de l'Église sur des ennemis qu'elle a vaincus et détruits à jamais. Chaque jour lui apporte de nouveaux adversaires ou démasque à ses yeux de faux amis. Tout ce qu'il y a de variété et de flexibilité dans la perversité humaine est mis en œuvre pour harceler et épuiser l'Église par des attaques soudaines et multipliées. L'empire du Démon a à sa disposition une intelligence redoutable appuyée par une puissance non moins terrible, et toutes ces forces sont tournées contre l'Église. 11 ne survient pas un changement dans les destinées du monde qui ne soit pour elle une nouvelle épreuve. Il n'est pas de philosophie naissante, pas de science au berceau qui ne s'imagine déjà, dans l'ignorance de ses grossiers débuts, qu'elle démasque l'Église comme une imposture ou qu'elle la rejette comme une extravagance. A peine le luxe de nos capitales modernes s'est-il accru de quelque nouvelle invention, que le Démon ou le monde s'en empare pour s'en faire une arme mystérieuse contre l'Église et la mission salutaire qu'elle vieut remplir dans les âmes. L'hérésie sera pieuse, révérencieuse, philanthropique, zélée pour la morale publique, patriotique, libérale et pleine de concessions, pourvu que, sous le masque qu'elle revêt, elle puisse nuire à l'Église. Et celle-ci se hâterait trop si elle en-