LIVRE NEUVIÈME. — l'ÉGLTSE
cherches a sa propre science, à sa propre littérature et à ses propres recherches, un autre peut en faire tout autant par rapport à son attachement à l'Église. L'Église est donc pour moi ce que le ciel et les astres sont pour l'astronome. Je sais qu'il y a dans la création d'autres choses que l'Église ; mais elles ne m'intéressent que d'une manière tout à fait secondaire. Pratiquement, pour moi, le monde signifie l'Église : car l'intérêt que je puis prendre au monde en dehors de l'Église naît uniquement de l'influence que ses mouvements doivent exercer sur elle. Je vois avec honheur tous les progrès de la science, parce qu'ils aideront la science de la théologie. J'éprouve une sympathie ardente pour tous les progrès de l'ordre social, parce qu'ils se rattachent essentiellement au salut des âmes, soit pour le faciliter, soit pour le rendre plus difficile. Les révélations de la statistique forment une sorte de manuel pour la charité catholique. La psychologie jette un nouveau jour sur les Sacrements. Les changements politiques m'intére?sent, parce qu'ils réagissent sur la fortune du Saint-Siège, et que la plupart du temps ils ont pour but sont honneur et son élévation. Tout ce qui, dans l'éducation, dans la littérature ou dans les arts, élargit réellement l'esprit de l'homme, efface des préjugés contre l'Église et facilite d'autant la conversion. Dans presque toutes les régions de la science, le monde, à mesure qu'il avance, répond lui-même à ses propres objections contre la Religion, et ce résultat est tout à la fois agréable et intéressant pour moi.' Tout ce qui est large, profond, hardi, actif, constant, est on ne peut plus conforme à l'esprit de l'Église. Cette science même si grande, si ancienne, de l'histoire s'est livrée à de nouvelles recherches; et toutes sesdécouvertes l'une après l'autre, sont autantde réparations faites à l'Église. L'Église est mon centre. Je considère toutes choses comme se mouvant autour d'elle, et l'intérêt que je prends à leur développement est proportionnée à leur action sur ses destinées. L'Église est ma science, mon goût, mon intérêt et
mon attraction. Je ne me ris pas de la passion de l'astronome, il ne doit pas se rire de la mienne. Je supporte le métaphysicien, il doit aussi me supporter. Je ne nourris ni crainte, ni soupçons, ni jalousie à l'égard de sa philosophie : il ne doit nourrir, lui aussi, rien de pareil à l'égard de ma théologie.
Mais en réalité la dévotion à l'Église peut reposer sur des fondements plus élevés que ceux-là. Dans mon intelligence, elle repose sur ce fait, et je le dis avec tout le respect possible, qu'elle est la dévotion même de Dieu. L'Église est une création de Dieu au dedans de sa propre création. C'est une création appelée à l'existence avec un amour tout spécial et au moyen des travaux miraculeux de l'effusion du sang humain du Tout- Puissant. Elle est la vie créée de Dieu, dans la création. Son histoire est la biographie de Dieu sur la terre ; sa forme est la continuation de l'Incarnation parmi les hommes, et ainsi elle renouvelle sans cesse les trente-trois années de Jésus. Ce n'est pas que Dieu n'aime le monde tout entier, môme les âmes les plus éloignées de lui, d'un amour prodigieux et excessif. Tout au contraire, c'est à cause même du monde qu'il témoigne à l'Église un amour de préférence. Si sa sagesse croyait convenable d'écraser notre liberté sous sa force toute puissante, son premier acte serait de changer le monde en l'Église, et de ne plus faire de l'Église et du monde qu'une seule et même chose. Le monde est sa eréation comme créateur ; et notre misère n'a pas trouvé suffisante la prodigalité d'amour qu'il y a déployée. L'Église est sa création comme rédempteur ; et elle repose dans des fournaises d'amour divin sept fois plus ardentes que celles de la création. Ainsi l'Église est l'objet de la dévotion de Dieu et de ses complaisances. Il l'aime d'un amour tout particulier, d'un amour de choix. Tel est le véritable fondement de notre dévotion à l'Église. Elle est la dévotion même de Dieu; elle est sa manière favorite de nous aimer, et elle est aussi notre manière favorite de lui témoigner notre amour. '
Arrêtons-nous sur ces pensées. Considérons-les à loisir