‹ Esprit du p. FaberChapitre 194 sur 435 · LIVRE NEUVIÈME. — L'ÉGLISE · texte numérisé non relu

LIVRE NEUVIÈME. — L'ÉGLISE

et plus en détail. L'Église est une création au dedans de la création, et la résidence royale du Créateur-Roi. À sa juridiction privilégiée a été accordée la plénitude de la Royauté sur le monde entier. Ses lois forment la sainteté ; la grâce est son atmosphère; ses formes sont des copies des choses divines ; sa nature est transformée au moyen d'opération? surnaturelles, et ses solennités sont des mystères célestes. Elle est une vie, et elle est aussi chargée de donner la vie. Mais elle n'est pas seulement une copie divine des choses divines : elle renferme de plus en elle-même des choses divines au moyen desquelles elle vit. Elle renferme les Personnes divines d'une manière toute particulière. Ainsi sa vie n'est pas seulement une ressemblance avec Dieu : lorsque la foi la considère, elle y voit quelque chose de plus grand et de bien plus élevé. Les tabernacles de l'Église sont couronnés de lumière; ses traits s'évanouissent dans une atmosphère de gloire et ils disparaissent devant l'intensité de la splendeur qui les environne. Et voici que c'est Jésus luimême, Dieu et homme, dans la vie duquel nous avons voeu, et il a tellement adouci les rayons de sa gloire, que nous n'avons pas péri. Le mystère du Saint-Sacrement est la vérité de la vie de l'Église. Nous pouvons voir et révérer la magnificence de l'Église; mais nous la connaîtrons mieux et nous l'apprécierons plus véritablement, lorsque nous aurons vu Dieu. Nous verrons alors qu'elle était encore plus remplie de mystères divins que nous ne le supposions. Il en est ainsi de toutes les choses créées. Il nous faut nécessairement voir le Créateur, afin de comprendre toute la plénitude de leur beauté. Mais il en sera plus particulièrement ainsi de l'Église, à cause de la dignité spéciale dont elle jouit dans la création. Nous voyons les montagnes reflétées avec une netteté parfaite dans le lac qui vient baigner leurs pieds. Mais, lorsque nous avons considéré les montagnes elles-mêmes, lorsque c'est en les voyant que nous avons appris à les connaître, les images que reflète le lac nous apparaissent plus gracieuses, plus distinctes, plus

vraies et plus ravissantes. Pour l'œil de Dieu, l'Église doit être quelquechose de merveilleux. Elle est l'OEuvre d'art à laquelle ont été consacrées les ressources ineffables de la Piédemption. Tous les Attributs divins lui ont payé leurs tributs. Elle révèle les secrets et les désirs ardents de l'Être incompréhensible et à jamais béni. Elle est enveloppée dans la royale magnilicence des Décrets éternels. Les charmes de l'intelligence divine sont répandus autour d'elle, semblables à une atmosphère aérienne de beauté. Dieu a regardé un jour les bois, les montagnes, les lacs, les rivières écumantes et les plaines émaillées de fleurs qu'il venait de créer, et il est resté en dehors de cette création, et il lui a donné sa bénédiction paternelle. Mais lorsqu'il a eu créé l'Église, non pas de terre et d'une seule parole, mais avec son sang et du souffle de son esprit, il s'est laissé tellement séduire par sa beauté ravissante, qu'il est entré dans son sein, qu'il s'y est multiplié, et qu'il s'est caché dans ses tabernacles comme l'oiseau se plait à se cacher au milieu des forêts et des bois.

Tout cela, ce n'est qu'un simple exposé de l'Église; ce sont les principales choses que l'on peut en dire ; mais ce n'est pas tout. L'Église reflète les hiérarchies des Anges aussi bien que la magnificence de Dieu. Non-seulement elle reproduit leurs Ordres, et elle imite leurs opérations, mais elle fournit encore de nouvelles sphères à leur activité, et elle est pour eux la cause de joies toujours nouvelles. Sa vie est intimement liée avec la leur ; ses enfants se mêlent avec eux et ils deviennent des membres de leurs Chœurs célestes. Quant aux hommes, elle les initie à une vie divine : elle explique leurs destinées, elle ennoblit leurs incapacités; elle hâte le moment où ils jouiront de la gloire ; elle donne de la valeur à leurs peines et une signification à leurs joies ; elle les arrache à leur petitesse; elle les amène à Dieu pour recevoir de lui le pardon de leurs péchés, et elle les conduit sur les contins du ciel pour y demeurer, lors même qu'ils font encore soumis aux épreuves de la terre.

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