‹ Esprit du p. FaberChapitre 201 sur 435 · LIVRE NEUVIÈME. — L ÉGLISE · texte numérisé non relu

LIVRE NEUVIÈME. — L ÉGLISE

»;t composé après celui de saint Thomas ? Personne ne peut l'étudier sans y apprendre chaque l'ois de nouvelle? vérités. Il découvre lentement et par degrés à l'œil aimant les riches trésors d'un esprit de premier ordre, plein de profondeur, de tendresse et de vérité, et tout nourri d'ua idéal Céleste. C'est un moyen de grâce qui nous sanctifie lorsque nous le considérons, et qui amène notre cœur à se fondre en prière. L'Art est véritablement une révélation du ciel et une puissante ressource pour nous faire connaître Dieu. C'est une manifestation miséricordieuse faite aux hommes des Beautés divines pins cachées. Il fait apparaître en Dieu des choses trop profondes pour que la parole puisse les exprimer, des choses dont la parole neferait nécessairement que des hérésies, si elle essayaitde les redire. En vertu de son origine céleste, l'Art possède une grâce spéciale pour purifier les âmes des hommes et pour les unir à Dieu en commençant par les élever au-dessus de la terre. Si l'art dégradé est la plus terrestre des choses d'icibas, l'Art véritable, l'Art qui n'oublie j as qu'il est né comme Notre-Seigneur à Bethléem et qu'il y a été bercé avec lui, possède sur l'âme une influence tellement céleste qu'elle semble presque toucher à la Grâce.

L'Art est un Culte aussi bien qu'une Théologie. De quels abîmes, sinon des profondeurs de la prière, sont sorties ces formes merveilleuses qui sont venues se révéler â l'œil de Jean de Fiésole"? N'avons-nous pas vu souvent la divine Mère et son Enfant béni tellement réprésentés qu'il était évident pour nous que jamais de pareilles figures n'avaient été le résultat de la prière, et ne les condamnons-nous pas instinctivement, même au point de vue de l'Art, sans avoir égard directement au sentiment religieux? Le caractère de l'Art est un caractère d'adoration. Il n'y a qu'un homme humble qui puisse rendre les choses divines granden ent. De tels types sont délicats, il est facile de les manquer, ils s'altèrent sous la moiudre pression, et ils se courbent lorsqu'ils ne sont pas maniés avec précaution.

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Un artiste éloigné de Dieu pourra produire des merveilles de génie à l'aide de ses pinceaux et de ses couleurs; mais le souffle céleste, essence de l'art chrétien, manquera à ses œuvres. Elles pourront rester comme des modèles d'anatomie pour les générations futures ou comme des chefs-d'œuvre d'un coloris particulier ; mais elles ne resteront pas comme sources de saintes inspirations pour les intelligences chrétiennes, et Dieu n'y puisera pas pour abreuver sa gloire. Elles pourront être admirées dans les galeries ; elles blesseraient sur l'Autel.

La théologieet ladévotion doivent beaucoup à l'Art, mais elles doivent comme des parents doivent à des enfants affectueux. Elles reçoivent comme présents ce qui est sorti d'elles-mêmes, et elles se plaisent à ne voir, dans ce qui leur est dû en toute justice que l'offrande généreuse et spontanée de l'Amour.

(Bethléem, i, pp. 326-329.)

dévotion a l'Eglise.

Tous les amants du Précieux Sang doivent avoir une dévotion sincère envers l'Église, professer une haute estime pour les Sacrements : ils doivent leur rendre l'honneur et le respect qui leur sont dus. L'Écriture appelle l'Église le corps de Jésus-Chrisi, et le plus grand des Sacrements est précisément aussi le corps de Jésus-Christ; et saint Paul nous dit des choses merveilleuses sur l'union mystérieuse qu'il y a entre Jésus- Christ et l'Eglise. L'un des plus grands dangers pour nous à l'époque où nous vivons, c'est de faire peu de cas de l'Église. Maintenant que l'hérésie recouvre la surface du monde, et que dans la vie sociale il reste à peine quelques distinctions entre

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les fidèles el ceux qui ne le sont pas, il est bien moins gênant pour les hommes el bien plus facile à leur lâcheté de ne regarder la loi que comme une des nombreuses opinions qui peuvent les sauver, et l'Église comme une.des nombreuses institutions destinées à leur rendre le même service. Les hommes font peu de cas des immenses privilèges et des droits exclusifs de l'Église, ou bien par respect humain, ou bien parce que il leur devient facile de diminuer par là les difficultés d'un problème qu'ils sont incapable- de résoudre et qu'ils n'aiment pas à regarder en face. Puis, vient immédiatement, avec une prompte et désastreuse logique, le manque d'estime pour les Sacrements, et les conséquences pratiques ne tardent pas à se développer. Ces hommes détruisent les âmes des autres en les décourageant dans la fréquentation des sacrements, et ils détruisent la leur propre par ce relâchement de vie mondaine et amie de ses aises qui, dans presque tous les cas, se trouve unie avec des opinions rigoureuses. Ces hommes, ou bien se reposent sur la rigueur même de leur opinion, (comme si leur rigorisme était assez méritoire de lui-même pour les sauver $ ou bien ils mettent les sentiments et les dévotions sensibles à la place de la mortification, et ainsi toute leur spiritualité n'est qu'une illusion. La louange, des Sacrements les trouvera mécontents et opiniâtres, el cela montre combien ils se sont éloignés des instincts de l'Église. Ils considèrent les chances de salut pour les pauvres , presque inférieures , même en ce qui regarde le détachement du monde , à celles des riches, et cela montre combien ils se sont éloignés de l'esprit dp Notre-Seigneur qui déclarait les pauvres heureux, précisément parce qu'ils entrent dans le Royaume du ciel plus facilement que les riches. Un homme qui estime peu les privilèges si précieux de l'Église, laisse tout, aller au hasard, et il doit, en dernier lieu, ou bien finir par l'hérésie, ou bien tomber dans l'irréligion et le dégoût. L'Église est un royaume, et non pas une littérature; elle est une vie, et non pas

un assemblage de doctrines ; elle est une règle, une souveraineté, et une royauté qui fait partie de la royauté du Précieux Sang.

Nourrissons donc, avec un soin jaloux, une fervente dévotion envers l'Église. L'amour de l'Église a eu une place, et une grande place dans le sacré cœur de Jésus. Les jansénistes, qui faisaient si peu de cas de l'autorité maternelle de l'Église, se sont détournés, avec un dégoût instinctif, de la dévotion au Sacré Cœur. Nous devons habituellement regarder l'Église comme la seule Arche dans le déluge du monde, la seule Maltresse du salut. Certes nous ite voulons pas lier Dieu d'une manière plus étroite qu'il ne lui a plu de se lier lui-même. Nous ne voulons pas limiter les excès si vastes de sa miséricorde. Mais n'oublions pas la loi générale qu'il a posée : c'est qu'en dehors de l'Église romaine, il ne peut y avoir de salut, et il a établi encore comme règle ordinaire, qu'il n'y aurait pas de croyances si exactes, pas de sympathies si légitimes, pas de vues si généreuses, pas de proximité si grande, pas de dévotions si sensibles, pas de grâces actuelles si senties, qui puissent rendre un homme membre vivant de Jésus-Christ en dehors de la communion avec le Saint-Siège. Nous devons être jaloux de la simplicité et de la sûreté de cette ancienne doctrine. Nous devons nous défier de toutes les belles paroles, des théories spécieuses et des ingénieux retranchements que l'esprit du jour voudrait suggérer. Nous ne devons nous laisser égarer, en aucun cas, ni par les circonstances de temps et de lieu, ni par la supériorité de l'hérésie, ni par les arguments tirés de conséquences qui sont l'affaire du gouvernement de Dieu dans le monde, et non pas la nôtre. Les péchés des hommes ne peuvent pas changer la Vérité de Dieu. Les hommes sont à sa merci, et ce n'est pas lui qui est à leur disposition. Aux jours de l'Antéchrist, lorsque les deux tiers même des fidèles s'éloigneront de l'Église, leur apostasie ne fera pas qu'elle soit moins pour cela la maîtresse exclusive du Salut.

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