LIVRE NEUVIÈME. — LÉGL1SE
Nous devons porter notre loyauté à l'égard de l'Église jusque dans les moindres pensées que nous en avons, et ne devons même pas parler légèrement de sa majesté. Nous devons avoir foi en elle dans tous ses rapports, dans tous ses embarras avec le monde comme dans toutes ses contradictions avec la prétendue grandeur de ce dix-neuvième siècle, qui est déjà plus d'àmoitié écoulé et qui n'a encore rien fait pour justifier sa jactance. Nous ne devons pas mesurer l'Église avec une mesure qui ne serait pas surnaturelle, ce que le monde tiendrait tant à nous faire faire. Nous ne devons pas. rougir d'elle, parce qu'elle setienten arrière lorsqu'il semblerait plus noble de marcher en avant. Nous ne devons pas en être mécontents, lorsque son action contrarie quelques idées favorites que nous nous étions formées d'avance. Nous devons nous plonger nous-mêmes et nos propres vues danssa politique, laquelle est toujours guidée par le Saint-Esprit, qu'elle en ait ou non la conscience. Lorsque nous sommes embarrassés, nous devons nous tenir tranquilles et croire. Le silence élargira notre cœur, et le jugement ferait de nous de petits esprits. Nous devons faire tout notre possible pour nous pénétrer des « instincts » de l'Église. Nous devons aimer ses voies, aussi bien qu'obéir à ses préceptes et croire ses doctrines. Nous devons nous garder des théories : car, si une fois nous commençons à nous y laisser aller, nous ne tarderons pas à en venir à la raillerie. LTn esprit qui n'est pas soumis à l'autorité devient nécessairement impertinent. Nous devons estimer tout ce que l'Église bénit, tout ce que l'Église recherche Lorsque l'Église souffre, ou lorsque les âmes souffrent, nous ne devons pas nous contenter de cette consolation égoïste, qu'après tout l'Église est éternelle et qu'à la longue elle finira toujours pur triompher; mais nous devons éprouver une sympathie active pour toutes ses vicissitudes présentes, et en même temps une soif insatiable des âmes et un zèle infatigable pour leur salut. Et le salut des âmes est une affaire du présentât ne peut pas attendre l'avenir : car les hommes meurent tous les jours.
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Nous devons même craindre l'Église avec un respect filial. Si nous avons été autrefois hors de son sein, nous ne devons jamais cesser de redouter l'action sourde des habitudes hérétiques de notre intelligence et des méthodes de controverse que l'hérésie a implantées en nous. Il y a un- levain inhérent de licence en tout homme qui a été une fois hérétique. Nous devons craindre tout cela, autant que nous devons craindre, selon l'Écriture, le péché pardonné. En certains cas, afin de nous arrêter avant d'aller trop loin nous devrions nous abstenir d'user de toute la liberté de spéculation que l'Église nous accorde, parce qu'il faut nous défier humblement de la force ou de la sincérité du principe d'obéissance qui est en nous. Nous ne devons pas nous permettre non plus d'être mécontents de l'état des choses en aucun lieu, ni en aucun temps. Le mécontentement nourrit en nous l'esprit morose et acerbe des réformateurs. Le principal mécontentement des Saints existait à l'égard d'eux-mêmes. Ainsi devrait-il en être de nous. Nous lisons que des Saints étaient tristes et abattus à la vue du Péché qui régnait dans le monde. Nous lisons même que quelques-uns voyaient avec peine les aflaires politiques, lorsqu'il s'agissait de la libre action et de l'exercice indépendant de la souveraineté du Saint-Siège. Mais nous ne lisons nulle part qu'aucun Saint ait été mécontent de l'état intellectuel, philosophique ou littéraire des choses dans l'Église. Je doute qu'un pareil mécontentement soit compatible avec la véritable loyauté à son égard.
Notre attitude doit toujours être pleine de soumission, et nous devons éviter toute critique. Celui qui se trouve déçu dans ses rapports avec l'Église, doit être en train de perdre la foi, quand même il ne s'en apercevrait pas. J'entends dire qu'il y a de certaines contrées étrangères où les commandements de l'Église sont traités très -légèrement, et où il y a une distinction marquée entre les obligations .qu'ils imposent et celles qui viennent d'ailleurs ; je suis persuadé que la foi de