‹ Esprit du p. FaberChapitre 214 sur 435 · I. DÉFINITION DE LÀ BONTÉ · texte numérisé non relu

I. DÉFINITION DE LÀ BONTÉ

La Bonté consiste dans le débordement de soi-même dans les autres : c'est « mettre les autres à la place de soi, et les traiter comme on voudrait être traité soi même. » Nous nous transvasons dans autrui, et pour le moment nous nous voyons en lui et lui en nous. Notre amour-propre se dépouille de sa forme et se plaît à s'oublier. Mais nous ne pouvons parler de venu sans que cela ne nous ramène à la pensée de Dieu. Que serait-ce' donc pour l'Être souverainement heureux et éternel que ce débordement de soi-même dans les autres ? que serait-ce, si ce n'est l'acte de création ? La création fut une bonté divine. De là découle, comme de sa source, toute bonté créée, avec ses influences, ses douceurs et tous ses développements réels ou possibles. Voilà, certes, une honorable généalogie pour la vertu qui nous occupe. Ensuite, la bonté est le sentiment qui nous fait aller au secours de nos semblables qui sont dans le besoin, pour les aider selon notre pouvoir. Or, telle est l'œuvre des Attributs divins envers les créatures : la Toute-puissance est sans cesse occupée à réparer nos faiblesses; la Justice à corriger nos erreurs ; la Miséricorde à consoler les cœurs que nous avons brisés ; constamment la Vérité répare les suites de notre fausseté, et la Science infinie tire parti de notre ignorance comme d'un profond calcul. En un mol, on pourrait définir la Providence, l'aide constante que les divines Perfections prêtent à nos imperfections. Et la bonté est notre manière d'imiter celte action divine.

La boulé esl aussi semblable à la divine grâce: car elle

donne aux hommes ce que ni leur nature, ni leurs ressources personnelles ne peuvent leur donner. Ce qu'elle leur donne, c'est quelque chose qui leur manque, quelque chose qui doit venir d'un autre, comme, par exemple, une consolation. De plus, la manière dont elle donne est un bienfait réel, beaucoup plus précieux que le don même. Or, n'est-ce pas là un emblème de la grâce? La bonté adoucit tout. C'est la bonté qui fait tourner en fleurs la sève de la vie, c'est elle qui lui donne ses couleurs délicieuses et ses parfums balsamiques. Qu'elle soit attentive envers les supérieurs, qu'elle devienne la servante des inférieurs, ou qu'elle se joue avec des égaux, ses procédés sont marqués par une prodigalité" que la plus stricte discrétion ne saurait blâmer. Ce qu'elle fait de superflu, une fois accompli, paraît ce qu'il y avait de plus nécessaire au monde. Si elle console une peine, elle fait plus que de la calmer ; si elle soulage une nécessité, elle ne peut s'empêcher d'aller encore plus loin. Sa manière défaire est un «par-dessus le marché» inappréciable. Elle peut mettre de l'économie dans ses dons, mais elle n'en met pas dans sa gracieuseté à donner. Or, tout cela, qu'est-ce autre chose qu'une image de la profusion du gouvernement divin? Tant il est vrai que, n'importe où nous nous tournions, nous trouverons partout la bonté enlacée avec la pensée de Dieu. En dernier lieu, l'impulsion secrète, l'instinct qui nous fait agir par bonté, est la portion la plus noble de nous-mêmes, le vestige le. plus incontestable de cette image de Dieu qui nous avait été donnée dans l'origine. Nous ne devons donc point regarder la bonté comme un développement commun et vulgaire de notre nature : c'est la grande noblesse de l'humanité qui laisse de toutes parts entrevoir son type célesle et ses ramifications avec les mystères éternels; c'est quelque chose qui tient plus de Dieu que de l'homme, ou du moins qui sort de l'âme humaine justement à l'endroit où l'image divine a été le plus profondément gravée.

(Conférences spirituelles, pp. 2-4 )

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