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IL BONTÉ EN PENSÉES ET EN PAROLES

Quand un homme est habituellement occupé de pensées de bonté, la beauté intérieure de son âme est inexprimable. Sa vie est un beau soir. C'est le calme, le parfum, le repos de ce temps de la journée. La poussière est tombée ; la chaleur fiévreuse a fait place à la fraîcheur ; tous les braits sont plus doux, toutes les perspectives plus délicieuses, tandis que la umière dorée transforme nos jouissances de la terre en préparation pour le Ciel.

{Conférences spirituelles, pp. 30-31.)

Les bonnes paroles sont la musique céleste de ce monde. Elles ont un pouvoir qui semble dépasser la nature. C'est comme la voix d'un ange qui se serait fourvoyé sur notre terre, et dont les accents immortels blesseraient suavement les cœurs et déposeraient en nous quelque chose de la nature des anges.

{Conférences spirituelles, pp 30-31.;

L'homme desprit a plus à faire pour être charitable en paroles : Il a une de ces tentations qui semblent presque irrésistibles, celle de faire de l'esprit. Or, les paroles spirituelles sont rarement bonnes, dans toute la force du mot, rarement sans une goutte d'acide ou d'amer qui en fait le montant. Je crois que si nous voulions renoncer une bonne fois à faire de l'esprit, nous avancerions bien plus vite dans la route du ciel.

Que les paroles de Notre-Seigoeur dans les Évangiles nous

servent de modèles. Soit dit en tout respect, si nous considérons leur genre sentencieux et proverbial, nous serons frappés de l'absence de tout ce qui sent la pointe ou l'épigramme. Sans doute, les paroles du Verbe éternel sont toutes des mystères divins, toutes marquées du sceau de la divinité, éclatantes de sa lumière ; mais que cela ne nous empêche pas de nous modeler sur elles. Tout bien pesé, il est rare que l'on puisse sans péché briller en parlant d'autrui. L'esprit est un véritable dard avec sa pointe, sa promptitude, sa finesse, son caprice, ses douleurs et son poison : il n'y manque rien. C'est cependant, pour un grand nombre d'hommes une espèce de profession sociale que d'amuser en conversation. Quelle affliction que d'assister à un tel travail, vrai cauchemar de la conversation. Mais pour ce qui regarde notre point de vue, de telles gens peuvent-ils prétendre à être des hommes religieux ? Un homme qui se dépense à amuser son monde ne sera jamais l'ami sûr, sur qui l'on peut se fier, l'être que chacun aime, respecte. Pas d'innocence pour lui ; toujours il est à tourmenter la charité par des coups de dent, ou à blesser la justice par des indiscrétions. Aussi, dit la Bruyère, il n'est pas ordinaire que « celui qui fait rire se fasse estimer. »

(Conférences spirituelles, p. 37.)

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