LIVRE DIXIÈME. — LA VIE CHRÉTIENNE
gneur : l'histoire du jeune homme qui n'avait pas le courage de renoncer à ses richesses, et celle de la conversion de saint Pierre, font voir tout ce que la douceur des regards du Sauveur pouvait faire.— L'amabilité nous porte encore à louer tout le bien que nous pouvons découvrir daDS les autres, lors même que nous le trouvons mêlé à ce qui n'est pas bien. Un homme qui loue librement, mais sans extravagance, exerce toujours dans la conversation une certaine influence qu'il peut toujours mettre au service de la cause de Dieu, Un esprit frondeur, au contraire, amuse peut-être par ses traits piquants, ou se fait craindre par sa malignité, mais il ne saurait jamais adoucir, attirer, persuader ni commander.— L'habitude d'interpréter dans un sens favorable une action équivoque est une autre manière d'imiter la douceur de Jésus-Christ. Cette pratique ne doit jamais être forcée, ni surtout servir à excuser un véritable péché ; mais en dehors de ces cas exceptionnels, votre charité trouvera un vaste champ pour s'exercer ; et chaque fois que vous agirez ainsi, vous aurez servi d'apôtre à la gloire de Dieu, quoique souvent vous ne le sachiez pas. — ■ Il faut aussi veiller sur nos reganls, sur nos manières, et surtout nous mettre en garde contre un certain silence qui donne à penser aux autres que nous les censurons intérieurement. Il n'est rien qui irrite davantage. Lorsque les saints demeurent silencieux en présence du péché, il y a dans leur silence un mélange de tristesse et de douceur qui montre qu'ils pleurent sur le pécheur lui-même, et qu'ils s'efforcent de l'aimer malgré son péché. Le silence réprobateur, si contraire à la douceur de Jésus, irrite les autres qui se mettent intérieurement en état de défense. Us achèvent ainsi de bannir de leur cœur le peu de grâce qui y restait, et ■ n ferment l'entrée à celle que Dieu y aurait fait descendre plus tard. Un pareil silence est véritablement la correction fraternelle la plus sensible, et nul n'a le droit de l'exercer, s'il ci' s'est préalablement assuré de sa vocation, selon la méthode prescrite plus haut . Et alors même c'est encore la plus dange-
reuse manière de s'acquitter de la plus dangereuse des obligations.
(Progrès de Vâme dans la vie spirituelle, pp. 83-85.)