‹ Esprit du p. FaberChapitre 224 sur 435 · LIVRE DIXIÈME. — LA VIE CHRÉTIENNE · texte numérisé non relu

LIVRE DIXIÈME. — LA VIE CHRÉTIENNE

Ainsi, la vie do prière, qui est le signe distinctif de l'homme surnaturel, consiste à prier toujours. Mais, qu'est ce que prier toujours ? Qu'est-ce que Notre-Seigneur a voulu dire par là ? Prier toujours ; c'est toujours sentir le besoin si doux de prier; c'est avoir soif de la prière. La prière rendia grâce palpable; elle la fait sentir, ellela fait toucher; c'est ainsi qu'elle affermit notre foi et qu'elle enflamme notre amour. L'épreuve la plus pénible à laquelle nous soumet un rude labeur, c'est qu'il nous empêche de prier; c'est qu'avant que nous ayons le temps de vaquer à la prière, il a consumé la plus belle partie de nos forces, et la force physique est essentiellement nécessaire pour bien prier. Par suite de cet attrait pour la prière, nous finissons par en acquérir l'habitude, en nous marquant des heures fixes pour vaquer soit à l'oraison, soit à la prière vocale. Je ne prétends pas que l'habitude de prier suffise pour faire un homme de prière, mais Dieu n'enverra pas le feu du ciel, si nous ne commençons par ériger le bûcher du sacrifice. Ne négligeons pas non plus l'oraison jaculatoire . Il est bon d'avoir certaines invocations régulières ; mais, ce qui vaut mieux encore, c'est de faire monter vers le ciel, dans le cours de la journée, des aspirations fréquentes et spontanées, qui s'exhalent librement d'un cœur rempli d'une ferveur exubérante. D'ailleurs il résulte de l'habitude de prier une certaine gravitation de l'âme vers Dieu, qui provient de l'amour et de la pratique de la présence divine, et qui passe tour à tour de l'intercession à l'action de grâces, de l'action de grâces à la louange, de la louange à la demande, selon les différentes dispositions de notre esprit, sans qu'il nous en coûte aucune peine, sans presque que nous ayons conscience de ce qui se passe en nous. Prier toujours, c'est encore renouveler nos actes de pure intention pour la gloire de Dieu, et communiquer ainsi la vie de la prière à nos actions, à nos conversations, à nos études et à nos souffrances.

Voilà ce que j'entends par prier toujours : voyez maintenant

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quels sont les heureux, résultats de cette prière perpétuelle. Elle jette tout à coup un homme dans un état surnaturel. Il vit dans un autre monde que les autres hommes. Son entourage n'est pas le môme que le leur; c'est dans la société de Dieu, de Jésus, de Marie, des Anges et des Saints que s'écoulesa vie. Ils sont le courant qui entraîne sou intelligence, et souvent môme ils président à l'expression de ses pensées. Ses intérêts, ses espérances, ses tendances ne ressemblent en rien à ceux des autres hommes. Désire-t-il entreprendre quelque chose, il se met à l'œuvre d'une manière toute différente des autres, et, s'il réussit, sa joie n'éclate pas comme la leur. Que dis-je? c'est alors surtout qu'il s'éloigne des hommes du monde, dans la jouissance d'un succès purement surnaturel et rempli de l'esprit céleste de l'Incarnation. Les idées qu'il a du monde sont étranges, bien qu'elles soient claires et parfaitement définies, mais c'est que le monde lui apparaît à travers la vision de l'Église. Il juge de la distance des différentes choses, et de leurs rapports entre elles seloû qu'elles sont plus ou moins éloignées du centre de sa foi. Il est parvenu à tellement concentrer ses affections, qu'il passe, aux yeux mômes de ceux qui l'entourent, pour un être impassible, et que ceux qui ne le connaissent point ne voient en lui qu'un cœur froid, étranger aux affections naturelles et aux douces sympathies de la famille. D'ailleurs la tendance au repos, que la prière développe en nous, est peu favorable au succès et à l'avancement dans le sens que le monde attache à ces mots, parce qu'elle nous empêche de les désirer avec avidité et de les rechercher avec trop d'ardeur.

Cette influence de la prière se fait sentir dans les opinions d'un homme, dans les jugements qu'il porte sur les individus, dans son appréciation des choses. Elle dicte ses discours, elle se fait voir à travers son calme ; elle perce dans ses rapports avec ses semblables ; elle est la véritable cause de ce manque apparent de sympathie pour les autres qu'on remarque quel-

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