LIVRE DIXIÈME. — LA VIE CHRÉTIENNE
rachetées grossirait de jour en jour jusqu'à ce que le bon Pasteur succombât, pour ainsi dire, sous le poids des -fruits de sa féconde Passion. Parfois le ciel s'ouvre, et dans un rayon de lumière nous laisse apercevoir la puissance de la Prière : ainsi il s'ouvrit pour sainte Gertrude Bieu lui révéla que, toutes les fois qu'un fidèle sur la terre récite avec dévotion la Salutation angélique, trois ruisseaux de grâces découlent du Père, du Fils, du Saint-Esprit, et vont doucement se perdre dans le sein de la bienheureuse Vierge Marie. Ensuite, avec une nouvelle impétuosité, ils en rejaillissent pour retourner à leur source et venir se diviser au pied du trône de Dieu, comme une vague d'eau limpide qui se brise contre un roche-r- Du Père sort la puissance ; du Fils, la sagesse; de l'Esprit. Saint, l'amour. Taudis qu'on récite Y Ave Maria, ces ruisseaux coulent abondamment autour de la sainte Vierge, l'inondent et reviennent avec impétuosité retomber sur son cœur. Ainsi, pour nous servir de l'expression de sainte Gertrude, par un merveilleux instinct, ils remontent d'abord vers leur source et ensuite, semblables aux gouttes brillantes de la rosée, ils répandent en féconde pluie la joie, le bonheur et le salut éternel sur les Anges, sur les Saints, que dis-je? sur tous ceux qui récitent sur la terre cetle môme Salutation : chacun sent par là renouveler en soi les grâces qu'il a reçues en vertu de la salutaire incarnation du Verbe. Et pourtant, quoi de plus aisé que de dire une fois avec dévotion : « Je vous- salue, Marie ! » Et si cela est vrai de l'Ave, que dirons-nous du Pater, du Credo et des autres prières de la Messe? Savons- nous ce que nous faisons, où nous vivons, ce qui nous environne, jusqu'où va notre influence, enfin où se termine notre responsabilité? Avons-nous conçu la mesure de nos privilèges ? avons-nous considéré la grandeur de notre dignité? avon -nous sondé les profondeurs de la grâce? Nous succombons sous le poids de notre propre grandeur. Nous opérons des miracles, et nous ne le savons pas. Nous remuons les cieux, et cependant nous nous
endormons sur la terre, ignorant nous mêmes les grandes choses que nous accomplissons. C'est là trop de mystère pour nous ; le problème est au dessus de nos forces, et là, le surnaturel nous écrase. Mais une consolation nous est laissée : nous ferons bien toute chose, nous userons de toutes nos ressources, nous satisferons à tous nos devoirs, nous serons à la hauteur de toutes nos dignités, nous épuiserons toutes les bénédictions, si nous voulons seulement servir Jésus avec une pure intention et par amour. Durant notre séjour sur la terre, que notre vie, nos mouvements, notre respiration, nos paroles, nos actions et nos pensées, nos joies et nos peines, nos fatigues et notre repos, notre bien être et nos souffrances, que tout soit pour Jésus; et cette régie nous dispensera de songer à aucune autre. Rien de ce que nous sommes, de ce que nous avons reçu, ou de ce que nous avons fait, ne sera perdu ; tous les actes dont nous aurons conscience seront pour Jésus; tous ceux que nous accomplirons à notre insu seront aussi pour Jésus; toutes les choses possibles seront pour Jésus ; et s'il était quelque chose d'impossible à un serviteur du Christ, cette chose impossible devrait encore être pour Jésus !
(Tout pour Jésus, làcédit pp. 107-108;.
Lorsque l'alouette monte vers le ciel pour chanter son hymne du matin, le bruit du travail, et les cris de la terre, le mugissement des troupeaux, le murmure des eaux et le frémisse-* ment des feuilles deviennent de plus en plus faibles à mesure que l'oiseau s'élève dans les airs. Le vent fait balancer les branches des arbres ; mais pour elle c'est sans bruit qu'elles s'agitent. La brise du matin fait plier les feuilles argentées du gazon sous lequel est caché son nid, de manière que toute la