LA VRAIE LIBERTÉ
L'esprit de Jésus est un esprit de liberté. L'Écriture a proclamé, dans un proverbe chrétien, que là où est l'esprit de Dieu, là aussi est la liberté. Quand cet esprit apparut pour la première fois dans le monde, il venait d'abord l'affranchir de cet esclavage de la crainte et des sombres superstitions qui jusque-là avait opprimé les païens, et qui avait sa raison d'être dans l'esprit étroit, le scepticisme et les passions grossières des adorateurs des faux dieux de Rome et de la Grèce ; il venait ensuite renverser la tyrannie du cérémonial et des préceptes positifs qui avaient préparé les Juifs à la venue du Sauveur. L'esprit de Jésus respire la liberté parce qu'il est amour, et de plus une loi d'amour. Cette liberté découle de la généreuse surabondance du grand sacrifice, et surtout de la divinité de Jésus-Christ.
Nous pourrions naturellement conclure de là que la même liberté doit respirer jusque dans nos rapports les plus intimes avec Notre-Seigneur, et donner un caractère à chaque phase de la vie spirituelle. Et véritablement il en est ainsi; car la liberté chrétienne consiste à s'affranchir du péché, qui dégrade notre nature et nous ôte tout respect pour nous-mêmes, du péché qui ne traine après soi que misère, qui est la plus cruelle de toutes les tyrannies, et que nous devons surtout haïr parce
qu'il offense un Dieu infiniment bon. Elle consiste encore dans l'exemption des peines dues au péché, telles que la colère de Dieu, l'enfer, et la mort dans l'endurcissement. Mais elle consiste aussi à nous affranchir du monde, à en détacher notre cœur, à élever notre esprit au-dessus de ses vues étroites, et à nous épargner cette série de déceptions successives, partage de ceux qui y cherchent leur consolation. La liberté chrétienne nous affranchit de l'esclavage, de la dépendance à l'égard des autres hommes : car elle fait de la persécution un nouveau moyen de mérites, et de la calomnie une douce ressemblance avec Jésus. En d'autres termes elle commence pour nous l'œuvre qui ne s'achèvera qu'avec notre dernier soupir ; elle nous délivre du respect humain. Mais le plus grand des avantages de la liberté d'esprit, c'est qu'elle nous détache de nousmêmes. En effet, comment l'affranchi du Christ pourrait-il s'abaisser jusqu'à devenir l'esclave de soi-même? Être libre de la tyrannie de l'amour-propre, des pensées basses et étroites, du souvenir toujours présent de notre propre honte, n'est-ce pas là être vraiment libre. Et est-il une autre liberté qui mérite ce nom ?
En résumé, la liberté d'esprit ne consiste pas à être moins respectueux envers Dieu ou à montrer moins de zèle dans l'accomplissement de ses devoirs religieux, mais uniquement à se détacher des créatures. La liberté et le détachement sont une seule et même chose. L'homme qui n a point d'attachement est libre, et nul autre que lui ne l'est véritablement. Il est inutile d'ajouter que l'on ne saurait être détaché, si l'on n'est en même temps généreux : car la générosité consiste à nous détacher des créatures pour l'amour du Créateur, au prix des sacrifices les plus pénibles.
Oh ! qui nous donnera de jouir de cette céleste liberté ? car il n'y a rien de comparable à la gloire d'une âme libre, sinon l'adorable magnificence de Dieu même. L'âme détachée habite sur les hauteurs et respire l'air du ciel. La création s'étend