LA MORTIFICATION ET LA JOIE
....On commence souvent par diverses mortifications, et on les abandonne. Od est toujours sur le point de les reprendre,
sans jamais exécuter sa résolution. On saisit la discipline, mais le bras frappe mollement. On attache autour du corps une petite chaîne hérissée de piquants, mais voilà qu'on se trouve légèrement indisposé, ou bien on découvre fort à propos qu'il est difficile de la cacher aux yeux du prochain, ou enfin on la dédaigne comme une trop Faible pénitence; bref, à peine l'a-t-on mise, qu'elle est déjà détachée. Une autre fois, on compte le nombre d'années qu'on sert Dieu, et si l'on peut s'en rapportei aux auteurs ascétiques, le temps où les mortifications corporelles sont d'une nécessité absolue est passé pour nous ; nous sommes entrés dans une phase de mortifications purement intérieures, et dans laquelle celles du corps subsistent encore, moins par nécessité que par habitude, par humilité et par amour. 0 pauvres auteurs ! pauvres écrits ! quelle responsabilité on fait peser sur vous ! Comme si la vie spirituelle était morcelée en tant d'états séparés, et divisée en un certain nombre de phases que nous devons parcourir dans un temps donné, de sorte que nos directeurs et nous pouvions consulter nos livres comme un voyageur consulte son itinéraire, et dire: « Maintenant nous sommes arrivés à tel point, voici notre po- « sition sur la carte : tant de kilomètres encore devant nous, tant « de minutes ; nous avons obtenu précisément les résultats que « nous promettait la vitesse que nous avions adoptée. » Dans cette manière d'agir on fait bon marché du vrai progrès. En attendant, on a perdu la joie du cœur, et on sent maintenant qu'elle est indispensable à son avancement. L'amour-propre a repris le dessus, et le mordant intérieur demeure sans effet. Le re mède est bien simple. Revenons à nos mortifications corporelles. Meurtrissons notre chair, faisons couler quelques gouttes de notre sang, et nous serons heureux comme jamais- Si l'esprit des Saints respire la joie, si les moines et les religieuses sont des créatures animées d'une gaieté franche que le monde ne s'explique pas, c'est uniquement parce que leurs corps, comme celui de saint Paul, sont châtiés et tenus dans