‹ Esprit du p. FaberChapitre 235 sur 435 · LA VRAIE SAINTETÉ · texte numérisé non relu

LA VRAIE SAINTETÉ

Nous nous attachons avec une ardeur maladive aux pratiques exceptionnelles des Saints. Les singularités ont une sorte de charme à nos yeux. Nous tâchons de nous forcer à la soif des souffrances, quand nous avons à peine la grâce d'endurer tranquillement un mal de tête; nous consultons notre directeur pour savoir si nous pouvons demander des calomnies clans nos

prières, quand une riposte maligne suffit pour nous mettre hors des gonds. Nous laissons là la méditation des quatre (in s dernières, comme un sujet qui n'est pas à la hauteur de notre amour désintéressé. Nous ne faisons qu'un bond de gazelle par-dessus la voie purgative, comme s'il n'y avait que les pâturages de la vie illuminative ou les fleurs du désert de la vie unitive qui pussent nous fournir une nourriture assez délicate. Il nous faut le P. Baker, parce que Rodriguez est trop sec. En un mot, notre commerce repose plutôt sur des exceptions que sur des règles. En résultat, les vertus morales ordinaires, les motifs habituels de religion, les devoirs de notre état, nos obligations envers le prochain, l'enseignement commun des sermons et des livres spirituels, tout cela est laissé de côté. Nous sommes trop bien appris pour en dire du mal ou pour en témoigner du mépris : mais seulement, nous négligeons avec respect. Ainsi notre vie spirituelle devient une sorte de solitude élégante, où l'égoïsme se fait un temple plein d'agréables illusions et s>y livre exclusivement à un culte d'autant plus éhonté qu'il est plus raffiné. Jamais saint n'a passé par cette voie ; et nous ne pouvons arriver aux vérités délicates du mysticisme, qu'en traversant les lieux communs et les sincérités de la vie ascétique. Nous n'avons jamais tant de chance de nous élever dans la vie spirituelle que quand nous ressemblons à tout le monde. La grâce de n'avoir r.en qui nous distingue des braves gens qui sont autour de nous est plus grande que celle qui en fait de pratiques ou de privilèges, nous donne quelque chose de tranché.

Ainsi des dames qui vont au bal et au théâtre ; qui vont passer leur saison aux eaux les plus à la mode ; qui, en un mot, ne se refusent rien des agréments et des superfluités du dix-neuvième siècle; des dames qui ne savent comment faire pour loger leur piété au milieu du mouvement d'une saison pass e à la capitale, voudraient toutes passer pour des Gertrudes et des Thérèses en herbe. Il ne faut pas les lancer dans

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