LIVJRE DIXIÈME. LA VIE CHRÉTIENNE
des examens de conscience trop approfondis, pour ne pas exaspérer une sensibilité déjà trop vive à l'égard de leurs fautes, ni dans la mortification : leur penchant vers les macérations n'est déjà que trop développé. Leurs arrangements de société, ce sont elles qui les font. Cependant le devoir en est tellement impérieux, qu'il réclame nos plus tendres ménagements, à l'égal des œuvres d'un Xavier ou d'un Vincent de Paul, qui avaient a peine le temps nécessaire pour prier. En elles, la mondanité n'est qu'une épreuve intérieure qui doit être traitée à grand renfort de rhétorique nuageuse. Elles doivent éviter de se tourmenter: car des grâces privilégiées, comme les leurs, ne peuvent croître que dans le calme et la tranquillité... Par bonheur, il nous reste le pauvre buveur d'Irlandais, dont nous pouvons agiter la conscience et sauver l'âme ; mais avons-nous grande chance pour ces âmes à la grande mode ? Il y a tel vieux saint du moyen-âge, un saint Bernard, par exemple, « le saint à la langue de miel, " qui, s'il eût vu sur son chemin et examiné à loisir quelques-unes de ces perfections modernes, leur eût probablement servi de son miel à peu près de cette manière : * Monsieur ou madame, faites tous vos efforts pour échapper à l'enfer, dont il me semble que vous n'évitez pas le chemin. Faites usage de votre sens commun pour un moment, et souvenez-vous qu'on ne doit pas se moquer de Dieu, mais traiter sérieusement avec lui. » Eu un mot, il leur eût adressé un discours apostolique assez brusque et assez propre à donner des attaques de nerfs, dont on se vengerait plus tard par un dégoût raisonnable et une condamnation sommaire. L'embarras après tout est de savoir si nos voies modernes sont la droite voie ; car, si la route a un bout, et que la porte du ciel ne soit pas à ce bout, avec tout leur étlier et leur fleur d'orange, le sort de ces âmes si sensibles et si délicates devieudrafort entique, si ce n'est irréparable...
(Conférences spirituelles, pp 153-155)
Un Saint n'est autre chose qu'un homme qui aime Dieu plus que le commun des hommes vertueux, et qui a reçu en récompense des grâces extraordinaires.
(Tout pour Jésus, p. 57.)
On dirait que nous venons au monde sans peau, tant les moindres frottements nous causent de souffrances. Quel champ ouvert pour notre sanctification !
(Conférences spirituelles, p. 53.)
Les Saints sont les maîtres les plus indulgents, et cela vient de ce qu'ils ressemhlent plus à Jésus que les autres.
(Conférences spirituelles, p. 178.)
Quelques auteurs nous disent qu'accorder au sens de l'odorat la jouissance d'une bonne odeur est une horrible marque d'immorlification. Et pourtant sainte Marie-Madeleine de Pazzi, en parcourant le jardin du couvent, cueille une fleur, en respire le parfum avec délices, et s'écrie : « 0 Dieu de bonté , qui « avez de toute éternité destiné cette fleur à procurer cette « jouissance à une pécheresse telle que moi ! »
{Tout pour Jésus, p. 177.)
Si vous venez à examiner de près quelqu'un des Bienheureux, vous découvrirez que sa sainteté consiste en six points : l'obéissance aux commandements de Dieu et aux préceptes de son Église ; une passion aussi forte qu'ardente pour la gloire de Dieu: les intérêts de Jésus ; le salut des âmes; un violent amour des souffrances et des austérités volontaires, accompagné de 'terribles épreuves intérieures et de ce que les