LIVRE DIXIÈME. LA VIE CHRÉTIENNE
d'un cœur humble livré à l'inquiétude? Jamais, à moins qu'une tempête de douleur passagère n'ait éclaté sur ce cœur. L'humilité, c'est le repos, repos plein de douceur et de ?écurité, qui ne laisse derrière lui ni regrets ni arrièrepensées, et que le plu* petit d'entre mms voit à sa portée.
Il est une septième sorte de repos, dont il est difficile de parler, parce que les mots ne peuvent l'exprimer; ce sont seulement des signes qui peuvent à peine en donner une faible idée. Ce repos, c'est relui qui vient de la simple pensée de Dieu, ou plutôt c'est la simple pensée de Dieu elle-même. Parfois, les magnifiques climats du midi nous offrent des scènes dont la beauté ravissante captive tellement notre esprit, notre cœur et nos sens, que nous tombons dans une sorte d'extase, et que, sans chercher à comprendre ce qui fait l'objet de notre admiration, nous jouissons en silence de ce beau spectacle. C'est ainsi qu'un homme, errant sur les flancs de l'Etna, peut s'asseoir sur la délicieuse colline de Taormina, à l'ombre d'un arbre touffu, et jeter les yeux sur le panorama qui se déroule à ses pieds. Tout ce que les bois et l'eau, les rochers et Jes montagnes, un ciel étincelant et une atmosphère transparente possèdent de puissance, de magie, tout est là, avec les grands souvenirs de l'histoire qui planent sur cette belle nature. C'est une sensation dont on ne se rend pas compte et qu'on ne peut expliquer ; nous sommes captivés par une beauté qui nous maîtrise : et il suffit d'y penser pour nous sentir inondés de bonheur et de joie pendant des heures entières. C'est là une bien faible imase du repos qu'on trouve dans la glorieuse pensée de Dieu, cette pensée qui efface toutes les autres pensées. C'est un repos qui suffit en luimême, non-seulement parce que Dieu est tout-puissant, parce qu'il est la Sainteté même, la sagesse par excellence, non parce qu'il est notre Père et qu'il se rapproche de nous, mais purement et simplement parce qu'il est Dieu. Un plus long dis-
cours ne rendrait pas nia pensée plus claire. Dieu nous accorde quelquefois ce repos, et alors nous savons combien il est doux. A travers cette céleste atmosphère, plus claire que l'air de Sicile, plus limpide que la fontaine d'Aréthuse, nos luttes et nos fatigues nous paraissent douces et délicieuses. Mais, quelle que soit la mesure dans laquelle Dieu nous envoie cette espèce de lumière, il est constant que voici l'état normal de notre vie spirituelle : lutte et fatigue. Et non-seulement après ces épreuves, mais alors même qu'on les subit, vient le jour du sabbat pour le peuple de Dieu : car il se repose dans les langueurs de l'amour ici-bas, en attendant qu'il se repose a jamais dans le sein du Père-éternel....
(Progrès de L'âme dans la vie spiriLuellc, 6e édit., pp. 121-126.)