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LIVRE DIXIÈME. — LA VIE CHRÉTIENNE

en patience, en prière, en douce et tranquille espérance, alors seulement on a trouvé le repos.

La conséquence de toutes ces dispositions, c'est de nous tenir toujours prêts à mourir : ce qui constitue la quatrième source du repos. Qui peut nous retenir iei-bas? Pourquoi y languir davantage ? Osons-nous, avec saint Martin, demander à Dieu de nous laisser sur la terre pour travailler, si nous sommes nécessaires à son peuple ? Sommes-nous assez insensés pour croire que nous avons une mission qui doit nous retenir sur la terre, comme Marie après l'Ascension, comme l'évangéliste saint Jean jusqu'à la fin du premier siècle? Quand nous allons partir pour un voyage, et que nous ne sommes pas prêts, nous nous agitons dans tous les sens, pleins d'activité et d'ardeur. Nous avons nos préparatifs à achever, nos derniers ordres à donner, nos adieux à faire ; et quand tout est terminé, et que l'heure du départ n'a pas encore sonné, nous nous asseyons pour nous reposer. Les appartements ne ressemblent plus à notre demeure, parce que nous allons partir, et les objets qui nous attachaient sont emballés, comme les œuvres, les mérites et les péchés pardonnes d'un mourant. S'il y a en nous quelque autre sentiment que la paix dont nous jouissons, c'est peut-être l'impatience ; mais, dans un homme spirituel, l'impatience de mourir ne serait pas simplement une légère immortification. C'est pourquoi, pour jouir du repos, il faut être prêt à mourir, mais sans impatience. L'animal qui se couche au pied d'un, arbre et s'eûdort à l'ombre, au milieu des ardeurs du jour, ne trouve pas dans son repos une jouissance plus sensible que l'âme immor telle qui a eu le courage de se détacher des choses du monde.

Notre nature aime à s'arrêter à la fin et non aux moyens. Ceci nous ouvre une cinquième source de repos; car toute chose, quelque transitoire qu'elle puisse être, devient une fin dès qu'on la rapporte a Dieu. C'est véritablement une fin, et

dans un sens qui n'appartient pas aux choses purement terrestres ; car elle participe à la fin de toutes les fins, à l'être dans lequel toute créature trouve son repos suprême, à Dieu lui-même. C'est pourquoi nous trouverons le repos jusque dans la lutte et jusque dans la fatigue, parce que l'une et l'autre se composent d'une multitude de choses dont chacune est en soi un lieu de repos, une lin. Chacun de nous n'a-t-il pas senti quelquefois dans sa vie, (seulement à de trop rares intervalles), une joie secrète s'emparer de lui à la pensée qu'il n'avait ni désir ni volonté à lui? Tout est rempli, parce que Dieu est partout. On aime Dieu, on l'a trouvé; on n'a plus rien à chercher, plus rien à désirer. Les maux possibles ne se présentent à l'imagination que pour faire sentir d'une manière plus vive le bonheur d'en être exempt; on jouit du repos, et la terre ne fait plus vibrer les cordes du cœur. Chaque chose dans le monde offre une lin à remplir. On peut se reposer partout: tout devient un lit de repos, parce qu'on rapporte tout à Dieu Si seulement cette aimable tranquillité pouvait durer un peu plus longtemps ! Mais Dieu sait ce qui nous convient le mieux : un seul désir troublerait les délices de ce céleste repos.

L'humilité nous offre une sixième source de repos, et cela de deux manières différentes. D'abord, elle nous rend salisfaits ; nous sommes contents de nos infirmités, quoique mécontents de nous-mêmes. A Dieu ne plaise qu'il en soit autrement ! Ainsi notre cœur délivré de toute inquiétude et exempt de toute ambition possède le calme et la simplicité des enfants; et le repos se trouve même dans le son de chacun de ces mots. Ensuite, l'humilité nous donne encore la paix d'une autre manière. Non-seulement elle nous tient dans la soumission en nous écrasant sous le sentiment de notre néant, mais elle nous réjouit aussi en répandant autour de nous les pures clartés de la grâce, et en nous faisant sentir jusqu'à quel point nous dépendons de Dieu. Vit-on jamais un exemple

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