III. PENSÉE CONSOLANTE
Dans presque tous les hommes, il y a plus de bien que les rapports ordinaires de société ne nous permettent d'en apercevoir. En réalité, nous pouvons juger, par quelques échappées çà et là, que la plupart des hommes emportent dans la tombe beaucoup de noblesse qui n'a pas trouvé à se développer. Il est rare que la vie soit assez variée et assez aventureuse pour permettre à l'homme de dérouler tout ce qu'il y a en lui. Une créature dont le partage embrasse la vie éternelle doit n'avoir dans une soixantaine d'années que juste assez d'espace pour donner des échantillons de ce qu'elle peut être et devenir. Mais, de plus, qui ne sait combien de caractères, même vicieux ou désagréables, sont capables de s'épanouir sous l'influence de quelques rayons de bonté? Alors on voit la générosité, jeune et vigoureuse, se dégager dune masse de petitesses qui l'étouflaienl; des sentiments de pudeur, survivant à des années de péché, sortent tout à coup de leurs secrets retranchements; diverses vertus prennent vie, et, dès le berceau, leur étreinte suffit pour étouffer des habitudes formées depuis vingt ans. Il y a de quoi s'étonner en voyant les
ressources que la grâce peut découvrir dans les sujets qui promettent le moins. Si on y réfléchissait autant que la chose le mérite, cela suffirait pour changer nos idées sur le monde.
[Conférences spirituelles, p. 7.j