FACILITÉ DE LA MORT
Les dernières paroles du grand théologien Suarez me touchent toujours profondément II lève les yeux au dernier moment et dit, comme dans une agréable surprise : « Je n'eusse jamais cru qu'il fût si doux de mourir ! » Songeons un peu à ses vingt et un in-folios, à double colonne, impression serrée, pleins d'onction et de tranquille majesté, débordant de pensées aussi sages que profondes et variées, sur Dieu et les choses de Dieu Mais il manquait une pensée, une pensée qu'il était de la plus grande importance aux hommes de connaître, et qu'il n'avait pas encore mûrie ni'formulée ; une pensée d'une signification plus profonde que mille autres de ses réflexions dont nous aurions cependant bien de la peine à nous passer ; il manquait sa pensée dernière, celle qui devait couronner toutes les autres, son sentiment au moment où il laisait le premier pas dans l'éternité : « Je n'eusse jamais cru qu'il fût si doux de mourir ! «
{Conférences spirituelles, p. 73.)