OU CIEL ET TOUT D'ABORO DE LA GLORIFICATION
Il nous faudrait trop de temps pour examiner comme elle le mérite cette autre œuvre de Dieu, si pleine de magnificence, qu'on appelle la glorification, et qui découle de la justification. Sans doute elle est inférieure à l'Incarnation, parce que, comme le dit saint Bonaventure, il vaut mieux que Jésus-Christ soit incarné qu'un homme soit glorifié. Toutefois, bien qu'elle suppose la justification et qu'elle en soit la conséquence, la glorification possède une triple excellence qui lui est propre et lui assure la supériorité sur le mystère précédent. D'abord les fruits de la glorification l'emportent sur ceux de la justification : celle-ci produit les commencements de la grâce ; celle-là en est la consommation ; la glorification est constante et indestructible, tandisquela durée delà grâce est incertaine, et qu'en réalité elle se perd souvent ; enfin, la justification n'exclut pas le progrès et le perfectionnement, tandis que la glorification est un état fixe et une couronne immuable de perfection im-
mortelle, selon ces paroles de l'Apôtre : » Lorsque ce oui est « parfait sera venu, ce qui est imparfait cessera de subsister. » Quelques théologiens anciens, réfutés par saint Bonavenlure, ont même osé placer ce mystère au-dessus de l'Incarnation, comme si l'un était le principal et l'autre un pur accessoire. Il y a dans la glorification comme trois abîmes au fond desquels on distingue l'action de D.eu. D'abord c'est la vision béati tique elle-même, cette intuition inaltérable, directe, simple et dégagée de tout nuage de la très-sainte et indivisible Trinité ; Vision si précieuse, privilège si gra^d, qu'il n'existe rien dans les limites de la création possible à quoi on puisse l'assimiler par sa nature. La théologie catholique traite au sujet de la Vision béatifique une foule de questions profondes, variées, sublimes et pleines d'intérêt, qui entretiennent en nous le plus tendre amour pour Dieu et un respect intelligent pour sa glorieuse majesté.
Toutefois, lorsque l'esprit humain, conduit par l'Église et assisté par l'Esprit-Saint, est arrivé à ses dernières limites, c'est alors que se vérifient à l'endroit delà Vision béatifique les paroles de l'Apôtre : « L'œil n'a point vu, l'oreille n'a point entendu, le cœur humain ne saurait concevoir ce que Dieu a préparé à ceux qui l'aiment. » Une autre profondeur que nous ne pouvons sonder tandis que nos âmes se nourrissent de la substance spirituelle que lui offrent ces grandes vérités, c'est la lumière de gloire, c'est-à dire ce milieu mystérieux, ce seul milieu où l'intelligence créée peut voir Dieu intuitivement, et dont parle l'Écriture quand elle dit : « Dans ta lumière nous verrons la lumière. » Mais quelle espèce de lumière ? s'écriesaint Augustin dans le livre des Soliloques. Une lumière immense, une lumière incorporelle, incorruptible, incompréhensible, infaillible, inextinguible, inaccessible, incréée, véritable, divine; une lumière qui éclaire les yeux des Anges, qui réjouit la jeunesse des Saints, qui est la lumière des lumières et la source de la vie, la lumière qui est vous-même,