LITRE DOUZIÈME. — [/ÉTERNITÉ
entière sur les deux passages dont il t'ait partie. Dans ie vingtième chapitre de saint Matthieu, le royaume du ciel est comparé à un père de famille qui appelle des ouvriers à sa vigne à différentes heures du jour. Quand le soir arrive, tous sont récompensés, et tous reçoivent la même récompense, quoiqu'ils n'aient pas également travaillé. Ceux qui sont venus dès le matin se plaignent, et le maître répond qu'il leur a donné ce dont il était convenu avec eux; qu'il a le droit d'user à son gré de ce qui lui appartient; que les premiers seront les derniers, et les derniers les premiers; et que beaucoup sont appelés, mais peu sont élus. Maintenant, il est clair que la difficulté de celte parabole consiste, non dans le petit nombre de ceux qui sont récompensés puisque tous reçoivent, mais dans 1 inégalité de la récompense. « La conséquence qu'on en voudrait tirer qu'il y aura peu d'élus » n'a aucune connexion avec la parole, dont le sens parait plutôt être: « que beaucoup;qui sont appelés par une commune grâce deviennent les derniers après avoir été les premiers, tandis qu'un petit nombre, appelés par unegrâce spéciale, deviennent les premiers après avoir été les derniers. » Dans le vingt-deuxième chapitre du même Évangile, le royaume du ciel est comparé à un roi qui célèbre par un festin le mariage de son fils. Les invités refusent de venir. Alors le roi envoie ses serviteurs sur les routes et dans les rarrefours ramasser une multitude de gens de toute espèce, qu'ils introduisent dans la salle du banquet. Un seul parmi tous est rejeté, et cela parce qu'il n'a pas la robe nuptiale: «Jetez-le dehors, dit le roi, dans « les ténèbres où il y a des larmes et des grincements de dents « car beaucoup sont appelés, mais peu sont élus. » Ici encore la difficulté de la parabole ne peut consister dans le petit nombre de ceux qui sont définitivement admis dans la salle du festin: car de cette foule si mêlée qui y est entrée, il n'y en a qu'un d'exclu. Si, dans de telles circonstances, il est dit qu'il y a beaucoup d'appelés, mais peu d'élus, que peuvent signifier ces paroles, sinon que peu reçoivent une grâce assez spéciale pour
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leur permettre de traiter les choses divines avec plus de familiarité que les autres, ou pour leur faire compter sur des faveurs exceptionnelles de la part de Dieu ?» C'est, dit l'illustre Dominicain, la tentation de quelques-uns qui sont appelés comme par hasard sur le grand chemin de la vie, pour en remplacer d'autres qui étaient appelés et ne sont pas venus, de se persuader qu'ils sont l'objet d'une spéciale prédilection de Dieu . De là vient qu'ils négligent d'assurer leur vocation par une exacte fidélité. Et le but de Notre-Seigneur, dans cette parabole, est de leur apprendre que si, d'une part, il pn est qui des derniers deviennent les premiers, il en est d'autre part, qui des premiers deviennent les derniers... »
(Le Créateu • et la Créature, pp. 310-318.)