‹ Esprit du p. FaberChapitre 277 sur 435 · LIVRE DOUZIÈME. — L'ÉTERNITÉ · texte numérisé non relu

LIVRE DOUZIÈME. — L'ÉTERNITÉ

ne sont pas des certitudes,': ce sont des inductions, des espérances, des théories qui, bien certainement, sont, plus que l'opinion opposée, en harmonie avec ce que nous savons de noire Créateur infiniment juste et infiniment compatissant. Et quand même nous serions dans l'erreur, (te que seul le dernier jour fera voir,) nous aimerions mieux avoir cherché à inspirer sur Dieu des pensées qui le fassent plus honorer parmi les hommes, et nous portent à l'aimer davantage. Seul, il sait son secret. Béni soit son inscrutahle jugement ; ne cherchons pas à le pénétrer. Le doute vaut mieux pour nous que la connaissance, puisque lui, qui est pur amour, a voulu nous cacher ce qui est.

Nous avons parlé des catholiques. Que si notre pensée sort de ces limites et va s'égarer hors de l'Église, rappelons-nous que rien de ce qui a été dit ne l'a été en vue de ceux qui ne sont pas des nôtres. Je n'ai pas de profession de foi à faire à leur sujet, sinon que Dieu est infiniment miséricordieux pour chaque âme, que nul n'a jamais été ni ne sera jamais perdu par surprise, ou victime de son ignorance. Et quant à ceux qui peuvent être perdus, je crois avec confiance que Dieu, pressant pour ainsi dire chaque esprit créé dans ses bras, a, parmi les ténèbres de sa vie mortelle, fixé sur lui ses yeux brillants de la lumière de l'amour, et que, si la créature ne possède pas son Créateur, ce n'est que par un acte délibéré de sa volonté. (Le Créateur et la Créature, pp. 358-359.)

Le P. Lacordaire a traité ce sujet avec sa force ordinaire, et en même temps avec une grande délicatesse, dans son discours sur les résultats du divin gouvernement, qui fait partie de ses conférences de 1851. Il incline à croire que la majorité du genre humain est sauvée, et s'appuie spécialement sur les enfant?, les femmes et les pauvres. Son exposition des preuves

empruntées de l'Écriture est tout à fait remarquable et ingénieuse ; il a surtout lire un admirable parti du contexte des deux passages où se trouve le fameux texte pauci vero electi, pour l'éclairer d'une nouvelle lumière. Bergier, parlant du nombre des élus, dit : « Un esprit solide et suffisamment instruit ne se laissera pas ébranler par une opinion problématique. » Et plus loin, après avoir exposé les dissentiments des Pères et des commentateurs sur ce point, il ajoute: «Si les paraboles de l'Évangile peuvent être admises comme des preuves, nous devrions conclure que c'est le grand nombre, et non le petit, qui sera sauvé. Jésus-Christ compare la séparation des bons et des mauvais, au jugement dernier, au bon grain séparé de l'ivraie; or, dans un champ cultivé avec soin, l'ivraie n'est jamais plus abondante que le froment. Il la compare encore au choix entre les bons poissons et les mauvais ; or, à quel pêcheur est-il arrivé jamais de prendre moins de bons poissons que de mauvais ? Des dix vierges invitées aux noces, cinq sont admises à entrer avec l'Époux. Dans la parabole des talents, deux serviteurs sont récompensés, un seul est puni ; dans celle du festin, un seul des invités est rejeté1. » Louis Du Pont, dans son Traité de la perfection chrétienne, parait aussi pencher vers le sentiment le plus doux, et Lipsin, de l'ordre de saint François, soutient dans son Catéchisme que l'opinion favorable au salut de la majeure partie des catholiques est « la plus probable », celle « qui répond le mieux à la gloire de Dieu, aux mérites de Jésus-Christ, aux espérances des hommes i. » Et il ajoute expressément qu'il ne parle que des adultes.

L'interprétation donnée par le P. Lacordaire au texte : « Beaucoup sont appelés, mais peu sont élus, » repose tout

1 Bergier, Dictionn. ihéolog., au mot Élus. — Traité de la vraie Religion, t. X, p. 355. — Lacordaire, Conf. IV, p. 168.

2 Du Pont, de Perfect. christ., tr. I. — Lipsin, Catéchisme histor. lliéolog., dogmat., p. 446. De numéro salvandorum.

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