LIVRE DOUZIÈME. — i/ÉTERNITÉ
à cette distraction paisible et délicieuse que l'odeur des fleurs ou des parfums nous fait éprouver quand, se glissant inaperçue, elle chasse les ennuis, rafraîchit l'àme abattue, et nous verse une nouvelle vie, un charme de douceur et d'amour. Tout cela se retrouvera au ciel, et s'y -retrouvera sans interruption, à des degrés qui surpassent infiniment tout ce qui est possible sur terre. Tout cela n'est que peu de chose sur la somme de jouissance du corps glorifié. D'innombrables sources de nouveaux plaisirs, dont nous n'avons pas idée, s'ouvriront, toutes surpassant les joies de la terre, toutes dignes des extases du ciel et de la magnificence de Dieu. Non-seulement nous pourrons nous y livrer avec l'abandon sans réserve de l'innocence, mais nous irons bien plus loin: car tout en eux sera un nouvel exercice de la sainteté la plus sublime. Quelle féerie a jamais rêvé chose semblable ?
Mais la plus douce des joies terrestres, c'est l'amour, et la vie du ciel est une vie d'amour. L'amour, plus que toutes les autres passions humaines, a contrôlé les destinées du monde; il a été, d'après l'histoire, le plus grand moteur naturel sur la lerre. Et vraiment d'où vient ce qu'il y a de vif et de coloré dans la vie, même ici bas, si ce n'est de l'amour ? Que serionsnous en ce moment si nous n'avions personne à aimer ? Combien tout nous deviendrait sombre jusqu'au moment où nos yeux pourront supporter la lumière de Dieu ! N'avoir pas Dieu à aimer... c'est l'enfer, Eh bien! l'amour de tous les amants les plus passionnés sur la terre, réuni en un seul, ne peut égaler l'amour le plus calme de la dernière des âmes dans le ciel. L'éternité nous donnera de nouvelles facultés d'aimer, et ce sera d'un amour sans nom sur la terre, et dont nos diverses sortes d'amour, paternel, filial, conjugal ou fraternel, ne représentent que de faibles fractions, des éléments épars. La joie de cet immense amour est inconcevable; les objets en seront mille fois centuplés, et cela sans que la multiplicité d'objets lasse autre chose qu'aviver l'intensité. Et considérez que tout
cet océan d'affection s'épanchera constamment dans un courant immortel d'amour pur et sans tache, indiciblement heureux de son indicible sainteté.
S'il nous fallait dire ce qui donne le plus de bonheur, d'aimer ou d'être aimé, nous serions en peine de répondre. Tous, nous avons soif d'amour; toute notre nature s'épanouit sous son influence ; il change notre caractère; il transforme la plus profonde misère en bonheur, et la lâcheté en héroïsme. Notre capacité de recevoir de l'amour et d'en jouir semble illimitée, même dès ici-bas, quoique nos âmes soient si peu développées, nos cœurs si superficiels, nos vies si étroites, en comparaison de ce qu'ils seront un jour. Sûrement, dans le ciel, nos puissances ne seront point en défaut quand nous trouverons des océans d'amour où tous nos désirs seront satisfaits. Chacun des Bienheureux nous aimera avec une puissance au delà de tout amour terrestre, et les Bienheureux sont sans nombre. Les natures angéliques nous verseront aussi les torrents enflammés de cet immense amour que nous ne pouvons définir autrement, si ce n'est qu'il est plus profond, plus puissant et plus charmant que l'amour des hommes ; et les lésions de ces anges sont innombrables ; et la Mère de Dieu..., qui peut penser au bonheur de l'amour sans tache qu'elle nous prodiguera? Jamais une mère terrestre, dans la passion d'une tendresse sans bornes pour son fils unique, n'a prodigué à cet objet exclusif de ses affections un amour comme celui que la Mère de Jésus montrera à chacun des hommes rachetés. Oserai-je parler de 1 adorable humanité de Jésus, et dire comment nous aurons part à cet amour dont autrefois jouissait saint Pierre sur les bords du lac de Génézareth, et saint Jean, lorsqu'il pouvait compter les battements du Sacré-Cœur? Nous n'avons pas de mesures pour' un pareil bonheur. Et encore, tout cela mis ensemble, Anges, Saints, Cœur de Marie, Cœur humain de Jésus, tout cela est encore surpassé par un autre amour qui bous attend encore. Petits, finis, faibles encore, malgré notre nature glorifiée, nous