LIVRE DOUZIEME. — L'ÉTERNITÉ
verrons cependant couler en nous, de chacune des perfections du Tout-Puissant, de chacun des ahimes du Dieu de sainteté et de joie, des torrents intarissables de l'amour le plus enivrant, et nous serons là, vaincus, palpitants, sous la puissance de cette immense vie, respirant à peine et- suspendant toutes les facultés de notre âme, en nous sentant transportés dans des régions inimaginables de lumière, ravis dans des extases de béatitude qui n'ont rien de semblable que la béatitude de Dieu même, éternellement absorbés dans l'éternel Amour.
Le contentement du ciel, dans son imperturbable perfection, est un autre trait de celte vie. Toutes les joies, prises à part ou en masse, dépassent l'attente dans la satisfaction qu'elles procurent. Que notre nature soit agrandie ou fortifiée tant qu'elle pourra, chacune des joies la remplit jusqu'au bord. Et, cependant, il n'y a pas plus de satiété qu'il n'y a de besoin. C'est une faim délicieuse qui nous possède, et qui nous fait désirer, désirer, et désirer encore ; mais c'est seulement ce qu'il y a de joyeux, de neuf et de vital dans la faim, sans qu'il y ait rien qui rappelle l'absence du nécessaire. Chaque joie semble, à tout moment, dépasser toute joie ; mais le moment qui vient rapporte quelque autre excès, qui dépasse encore toute joie. Pour que l'immortalité même puisse supporter de si violentes émotions de bonheur, il ne faut rien moins qu'un miracle éternel. L'éternité!... c'est là le dernier trait de cette bienheureuse vie. L'éternité !... est-ce un nom? est-ce une harmonie? La pensée ne s'en représente qu'un rêve, même quand elle est le plus attentive. C'est un bonheur qui n'a pas de fin, parce qu'il sort du bonheur decelui qui n'a pas commencé. C'est une gloire qui déborde toujours sans cesser d'être égale : immuable sans monotonie; récréante sans sortir de son calcul immortel; infiniment variée sans rien perdre de la simplicité; incroyable extase, se retrouvant toujours, et à jamais, dans son premier étonnement !
Quelle vie ! Mais est-ce bien là le Ciel ? Oui et non. Au-
moins, c'est la partie pauvre, la partie des accessoires. C'est le ciel sans le ciel, le ciel sans sa grande joie réelle, le ciel sans la béatifique vision de notre grand Dieu. Je n'ai pas même insisté sur les béatitudes de l'esprit, parce que la Vision se fût présentée partout. Et, malgré cela, quelle vie que celle qui est offerte à nos esprits, même dans cette écorce inférieure et obscure du ciel ! Si nous ia méditions jusqu'à nous la rendre familière, ne suffirait-elle pas pour nous attirer merveilleusement à Dieu, et pour exorciser plus d'un esprit de mondanité qui est maintenant à se repaître tranquillement des mensonges de notre vie spirituelle? Surtout, n'imprimerait -elle pas à notre âme une plus profonde horreur du péché,un esprit de pénitence intérieure plus véritable, un regret plus constant des lâchetés déplorables du passé? Car, qui sont ceux qui ont atteint ce port de la céleste paix? Ce sont ceux et ceux-là seulement qui, sur la terre, ont embrassé la Croix, et l'ont portée chaque jour, et qui ont ainsi, et toujours ainsi, suivi le Christ.
{Conférences spirituelles, pp. 372-378.)
Quelle est cette brillante multitude d'âmes resplendissantes de gloire qui forment comme le cercle extérieur de cette merveilleuse cour? C'est cette portion de l'empire de la grâce que les eaux du baptême seules ont arrosée. Les petits enfants sont devenus semblables àdesjiommes de trente-trois ans, comme Jésus-Christ lui-même, et leur âme, sans avoir passé par les épreuves ni par les tentations, est devenue aussi blanche que la neige, quand elle a été lavée dans son précieux sang. Les hommes les plus savants dans ce monde sont moins instruits qu'eux, bien que le cœur des Saints sur la terre ait parfois brûlé d'un amour aussi ardent que le leur, et peut-être même plus intense encore. Les pins grandes joies de la terre sont moins qu'une ombre en comparaison du ravissement béatifique