‹ Esprit du p. FaberChapitre 287 sur 435 · LIVRE DOUZIÈME. — L 'ÉTERNITÉ · texte numérisé non relu

LIVRE DOUZIÈME. — L 'ÉTERNITÉ

A quoi bon ? Il vaut mieux nous hâter, l'arracher aux flammes de cette vision et le réclamer comme une chose qui nous appartient. En effet, il est plus à nous que sa gloire, et nous tremblons de le perdre quand nous voyons où il est. Et pourtant c'est lui-même : contemplez ses traits. Évidemment ce sont les traits d'un homme, et ils ressemblent à ceux que nous avons vus quand nous avons levé un regard timide sur cell • qui est à la fois notre Mère et notre Reine. Voici sa chevelure : elle est semblable à celle des autres hommes, et les flammes l'ont respectée. Voici cette face jadis si bien connue des pêcheurs de Génésareth, et dont l'aspect était si propre à inspirer la pitié quand il traversa les rues de Jérusalem au jour de sa Passion. Voici ce regard mêlé de respect et de crainte qui faisait rayonner son visage lorsqu'il priait dans les* bruyères de la montagneuse Judée. Voici la voix de Celui qui prêchait et qui racontait des paraboles, qui chassait les démons et remettait les péchés, qui sept fois laissa tomber des paroles d'amour du haut de ce trône ignominieux de la Croix où nos péchés l'ont attaché, et qui, enfin, répète encore plusieurs fois à chaque heure du jour ces mots si doux : «Entrez, « âme bénie, entrez dans le royaume qui a été préparé pour « vous avant la création du monde. » C'est lui-même.

Voir Dieu face a face tel qu'il est ; contempler sans être ébloui les trois divines Personnes, reconnaissables et distinctes dans le foyer enflammé de leur inaccessible splendeur ; jouir de la vue si longtemps désirée de l'éternelle génération du Fils; en posséder les joies dans notre cœur sans mourir ; admirer dans le ravissement de l'adoration les merveilles ineffables que révèle sans cesse le Saint-Esprit dans sa procession du Père et du Fils; participer à cette joie des joies; en boire à longs traits les délices, en savourer les beautés distinctes de celles de la génération du Fils ; nous sentir, avec une crainte extatique et la confiance intime des Séraphins, dominés et couverts par la personne du Père non engendré, du Père dont

nous avons tant parlé sur la terre, que nous avons si souvent invoqué, la Source de la Divinité, qui est véritablement notre Père, comme il est le Père du Fils éternel ; scruter avec une liberté triomphante attribut après attribut ; pénétrer dans des océans sans lin de beautés divines'; rester avec un bonheur inexprimable dans l'étonnement et la stupeur devant la vision de l'Unité de Dieu, si longtemps notre mystère de prédilection et pour toutel'éternité, mystère nous apparaissant toujours plus brillant de jeunesse et de nouveauté ! — 0 ma pauvre âme ! que peux-tu connaître de ces merveilles qui, seules, pourront satisfaire ton amour en d'éternelles alternatives de silence respectueux et de cantiques de reconnaissance !

Telles sont les récompenses de Dieu ; telle est la manière •dont il paye notre amour.

( Le saint-sacrement t. 2. pp. 174-185)

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