‹ Esprit du p. FaberChapitre 286 sur 435 · LIVRE DOUZIÈME. — l'ÈTERMTÉ · texte numérisé non relu

LIVRE DOUZIÈME. — l'ÈTERMTÉ

représentent les apôtres. Qui pourra dire les merveilles de sa gloire ? Elle est trop brillante pour qu'on puisse la voir, et elle reste pour nous un mystère et une énigme. Un abîme appelle un autre abîme. Sommes-nous capables de mesurer la munificence de Dieu, la libéralité du Verbe, l'étendue de ce qui peut nous être communiqué par la très-sainte Trinité? Alors, mais seulement alors, nous pourrions nous faire une idée de la gloire de Marie, la mesurer dans toutes ses dimen sions et dans ses moindres détails. Elle est le premier fruit de la prédestination de Jésus ; que dis-je ? elle en forme une partie intégrante. Elle partage avec lui, à un degré inférieur, la gloire d'être la cause finale, le modèle et le type de toute création. Jésus partage avec elle son sceptre, et la dignité de reine est dévolue à Marie clans cbacun des trois empires de la nature, de la grâce et de la gloire. La ressemblance est si grande entre la Mère et le Fils, que, lorsque nous décrivons l'une, il semble que nous fassions le portrait de l'autre. Bossuet l'appelait le Christ commencé ; et de même que Notre-Seigneur commença par elle, ce fut par elle aussi qu'il daigna terminer la longue série de ses admirables mystères, en la couronnant dans le ciel. La justice de Dieu s'est retirée d'elle, afin qu'en elle on retrouve exclusivement l'esprit de miséricorde de l'incarnation. Car, en vérité, la miséricorde divine coule en elle avec tant d'abondance, qu'elle semble elle-même en être devenue une source, et que son nom n'est plus seulement Mère de Dieu, mais aussi Mère de miséricorde.- Et pourquoi en est-il ainsi ? C'est afin qu'elle brille à nos yeux d'un éclat qui se rapproche davantage de celui des créatures et de la race humaine. Chaque espèce de grâce dans l'âme de Jésus réclame à son tour le droit de couronner Marie et de lui conférer quelque prérogative particulière. La grâce d'union couronne en elle la Mère de Dieu (Dcipara). La grâce habituelle du Sauveur la couronne d'une sainteté en présence de laquelle toutes les perfections réunies des Anges et de Saints sont comme des vers

luisants au soleil de midi. La grâce d'union et la grâce habituelle combinées p lacent sur son front le triple diadème de l'Immaculée Conception, de la Virginité perpétuelle et de sa glorieuse Assomption. La grâce actuelle répand comme une pluie de perles et de pierres précieuses sur la robe royale de la Reine des cieux. Les dons qui ornent l'âme de Jésus couronnent leur propre image dans l'âme de Marie ; et les merveilleuses facultés de la Mère sembleraient rivaliser avec celles du Fils, si elles n'en étaient les reflets, et si elle ne tenait de lui ce qu'il ne tient de nul autre que de lui-même. La grâce de la suprématie dans Jésus couronne Marie reine du ciel, des anges et des saints, et lui attribue l'empire du purgatoire et de la terre. Puis, outre ces dons qui viennent de lui, qui peut dire ce que Notre- Seigneur permet à sa Mère de revendiquer en son propre nom ? Car il est des titres et des droits, en dehors des siens, qui n'en sont pas moins légitimes, parce que sans lui ils n'existeraient point. Tout ce que j'ai dit n'est rien, et il en doit être ainsi. L'amour peut deviner, mais la science ne peut exprimer la gloire de la Mère de Celui qui est là dans le Saint-Sacrement.

Montons encore. Le but où nous tendons est proche, si nous comptons les distances selon la mesure du ciel, mais bien plus haut que le vol de l'aigle, si nous prenons notre pensée humaine pour terme de comparaison. Là, au cœur même du grand mystère, servant en quelque sorte de cuirasse à la sainte Trinité, se trouve la sainte humanité de Jésus, toute radieuse des feux que répand sur elle la Divinité, revêtue de ses grâces, de ses formes et de ses dons créés qui subsistent sans se consumer au sein de cette lumière et de cette beauté inaccessibles. Accumulerons- nous de grands mots pour décrire sa gloire ? Irons-nous emprunter les images d'Ézéchiel et de l'Apocalypse pour dépeindre le Fils de l'Homme exalté et assis sur son trône ? Dirons-nous de lui qu'il porte écrit sur son vêtement : Le Roi des rois et te Seigneur des seigneurs!

Page 1