‹ Esprit du p. FaberChapitre 35 sur 435 · LIVRE PREMIER. — DIEU · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER. — DIEU

nières de notre part de le considérer, de parler de lui et de l'adorer. Ses perfections ne sont ni distinctes de lui-même, ni distinctes l'une de l'autre. Il nous est impossible de comprendre une Simplicité si simple. Notre intelligence n'est pas assez pure pour saisir une idée d'une Pureté aussi infinie : c'est pourquoi nous séparons l'idée de Dieu en-plusieurs parties pour la faire pénétrer dans nos esprits ; c'est pourquoi nous le contemplons, nous l'aimons et nous l'adorons sous tant d'aspects différents. Telle est pour nous la seule manière d'agir avec ce qui est incompréhensible. Parlant donc en ce sens des divines perfections, il me semble que, de tous ses attributs, celui qui fait naître en moi le sentiment d'adoration le plus profond, c'est sa Vie. Je ne la contemple qu'avec étonnement, et cependant elle fait fondre mon cœur d'amour. Il me parait moins ressembler à une créature infiniment parfaite, lorsque je le considère comme Vie. Et lorsqu'il ressemble le moins à une créature parfaite, c'est alors qu'il m'apparaît le mieux comme le Dieu qui surpasse toute description. Ce point de vue, sous lequel nous le considérons, est moins clair que beaucoup d'autres ; mais c'est précisément pour cela qu'il me paraît plus vrai.

La Vie de Dieu est immense. C'est sa félicité en lui-même : c'est la joie de son Unité, le fait de sa Simplicité. Pendant un temps, Dieu a existé sans créatures, et le bonheur de sa vie immuable allait toujours continuant dans son éternelle tranquillité. Il ne pouvait pas y avoir de mouvement dans ce qui n'a pas eu de commencement. Sa vie ne partait pas d'un point , et n'avait pas à atteindre un autre point. C'est pourquoi il ne pouvait y avoir aucune impulsion, c'est-à-dire aucune idée créée. Dieu était son propre bonheur, et rien ne pouvait le troubler. Que peut-il y avoir de plus recueilli en soi-même que l'Immensité ? C'est de son Immutabilité que découle sa tendresse infinie, quoique, au premier abord, il semble qu'il y ait contradiction entre ces deux attributs. Lors-

qu'il existait sans créature, la création n'était pas un besoin de son existence. Son éternelle Vie était concentrée en lui-même d'une manière ineffable, et ainsi elle se continuait. Il devint ce qu'il n'avait pas été d'abord : il deviut créateur ; mais il ne se fit en lui aucun CHANGEMENT. D'abord tous ses actes s'étaient produits en lui-même : il agit alors eu dehors de lui-même ;

MAIS IL NE SE FIT EN LUI AUCUN CHANGEMENT. Jusque là tOUS

ses actes, la génération du Fils et la procession du Saint- Esprit, avaient été nécessaires : ses actes créateurs furent libres;

MAIS IL NE SE FIT EN LUI AUCUN CHANGEMENT. Cependant le

bonheur de sa vie immuable allait toujours continuant dans son éternelle tranquillité. Après comme avant la création, c'était une vie de félicité dans sa simplicité ineffable. Toutes ces choses ne peuvent s'apprendre que par l'amour ; sans amour ce ne sont que des mots secs et arides. Dieu a opéré et ensuite il s'est reposé: cependant, la création n'avait pas interrompu son éternel repos. Pourtant, ce « sabbat de Dieu » dont nous parle l'Écriture est un mystère prodigieux, un mystère plein de repos pour nous, pauvres créatures, qui sommes toujours dans les peines, toujours à la recherche de. quelque chose, toujours dans la nécessité de faire de nouveaux efforts. Quel était donc le repos de ce septième jour ? Pour le Créateur auquel rien ne coûte, la préservation demande autant d'efforts que la création, et Tune est un mystère tout aussi grand que l'autre. Mais la création elle-même, l'acte de faire sortir l'être du néant, ne fut pas suspendue. Des âmes humaines tous les jours sont créées, réellement créées de rieu. Peut-être de nouveaux genres d'animaux sont-ils aussi appelés à l'existence. Qu'était-ce donc que le repos de Dieu ? Peutêtre n'est-ce qu'un autre nom pour exprimer cet amour si plein d'expansion, qui, dans son bonheur et avec une ineffable complaisance, s'arrêta pour bénir l'œuvre si belle qu'il venait de créer.

Cependant l'immense Vie de Dieu continue. Il était libre de

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