‹ Esprit du p. FaberChapitre 36 sur 435 · LIVRE PREMIER. — DIEU · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER. — DIEU

créer, et il a fait aussi sa création libre. Peut-être ces deux choses ont-elles beaucoup de rapport l'une avec l'autre. Dieu a élevé un empire en dehors de lui-même ; il s'en est établi le chef et, comme tel, il s'est couronné lui-môme, lui, le plusroyal de tous les rois. GarDieuest véritablement royal. LaRoyauté estlesceau qui se trouve apposé à toutes ses perfections, et qui nous montre comment elles sont une. Il a donné la liberté à son empire, et alors il a commencé à régner. Cependant il ne se fit en lui aucun changement. Son peuple libre l'a détrôné. Bien des fois maintenant, dans les profondeurs de la prière, l'amour de ses Saints le contemple assis sur la cendre et dans la poussière comme un roi dépouillé de sa couronne, et, pour ainsi dire, digne de notre compassion. Mais tout cela est renfermé au dedans ;de l'immensité de sa Vie, sans qu'il y ait l'ombre d'un changement.

Il entrait dans l'idée éternelle de la création que l'une des Personnes divines prendrait une nature créée. C'est le Verbe, la seconde Personne, qui l'a prise. Il l'a transportée au ciel et l'a placée dans le sein de la sainte Trinité pour la faire adorera jamais; mais cela n'a rien changé. L'immense Vie continue toujours ; pour elle, pas de pulsation, pas de nouveauté, pas de succession. Le Précieux Sang de la nature humaine du Fils aurait été une beauté, un trésor de Dieu, une vie créée inimaginable, s'il n'y avait pas eu de péché. Mais le péché est venu, et la destinée du Précieux Sang a été changée. Toutefois il ne se fit aucun changement dans la vie divine. Le Précieux Sang devint la rançon du péché; le Précieux Sang dût reconquérir pour Dieu son empire révolté. Il dût le couronner de nouveau, et faire reconnaître les droits de sa royale autorité. Quelle suite d'événements prodigieux ! Cependant ILNE SE FIT AUCUN CHANGEMENT DANS L'IMMENSE VIE DE

Dieu; son immensité même la rend immuable. L'expérience lui est impossible; la vie de Dieu n'a rien à traverser; elle ne peut ni commencer, ni finir, ni souffrir; elle agit dans son repos, et

elle se repose dans son action, ou plutôt elle n'agit ni ne se repose, mais simplement et uniquement elle vit, elle est. 0 Vie adorable de Dieu, bénie sois-tu mille et mille fois dans l'obscurité de ta gloire, dans la douceur incompréhensible de ton mystère !

Le Précieux sang, 5e édition, pp, 99-104. )

Une pensée qui devrait nous faire bien réfléchir, c'est que la Vie de Dieu nous tient comme une puissante main, nous pénètre comme une épée acérée et ne connaît rien de l'espace dans lequel nous nous remuons, ni du temps qui coule audessus de nos têtes. Telle elle a été de toute éternité, telle elle est actuellement. Pour elle il n'y a eu rien de nouveau. La création ne l'a pas déplacée. Elle n'a subi aucune modification. Elle n'a rien acquis, et elle n'a pu rien apprendre par l'expérience. Sa magnificence stationnaire est toujours aussi fraîche que l'aurore, aussi nouvelle que la première création. Elle est toujours la même, et cependant elle n'est jamais monotone. Répandue sans limites au delà de tous les espaces imaginaires, elle est pleine, complète, intense dans chacun des points de l'espace, à chacun des instants du temps. Paradis de délices intellectuelles, flamme sans bornes d'amours incréées, océan d'existence heureuse, sage et toute-puissante, elle est glorieuse dans sa liberté, glorieuse dans la grandeur de ses nécessités. Elle est un silence de colloques merveilleux, un sanctuaire de joie éternelle, une vie de simplicité toute puissante et immense, une unité adorable de trois Personnes distinctes

(Bethléem, l*e édit. i, p. 35.)

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