‹ Esprit du p. FaberChapitre 38 sur 435 · BEAUTÉ DE DIEU · texte numérisé non relu

BEAUTÉ DE DIEU

Comment sonder l'insondable amabilité de Dieu? Un éclair momentané de sa Beauté nous jetterait dans une extase qui séparerait l'âme du corps : il faut que nous soyons revêtus de la mystérieuse force de la lumière de gloire avant que, dans la vigoureuse jeunesse de notre immortalité, nous en puissions soutenir la présence et la vue, sans être anéantis. Nous verrons dans sa splendeur vivante, dans l'éclat de son Incompréhen-

sibilit6, dans la beauté de son Immensité, l'infinie Lumière et la Puissance infinie, la Sagesse infinie et l'infinie Beauté, le Bonheur infini et la Gloire infinie, l'infinie Majesté et la Sainteté infinie, l'infinie Richesse et l'océan d'Être infini : nous le verrons nôn-seulement renfermant tous les biens réels, concevables et possibles, mais les renfermant de la manière la plus éminente et la plus inexprimable, les renfermant (ô manifestation de la plus ravissante Beauté !) dans l'unité de la plus noble et majestueuse simplicité. Et cette vision sans limites est, dans sa totalité, la Beauté de la nature divine. Et ce que nous verrons, quoique nous le désignions par un mot, n'est pas une chose à part, mais Lui, l'Être ; Lui, notre Créateur ; trois Personnes, un Dieu. Cette Beauté, c'est Dieu; Dieu infiniment bon. Oh ! comme, en pensant à cela, nous comprenons que nous sommes cendre et poussière, mort et corruption ! Nous allions dire que Dieu a sa beauté par lui-même, et que la notre vient de lui ; que la sienne est sans bornes, et la nôtre presque imperceptible; que la sienne est intérieure, et la nôtre empruntée du dehors ; que la sienne ne peut ni croître ni diminuer, et que la nôtre est une ombre vague, incertaine, flottante. Mais n'est-il pas plus vrai de dire que nous n'avons aucune sorte de beauté? O mon cœur, mon cœur, tu me cries qu'il est temps que je m'arrête : car l'infinie Beauté, à moins d'être infiniment trompée, ne peut avoir que de la répulsion pour tes crimes et ta misère....

(Le Créateur et la Créature, p. 167, 1G8).

Page 1