DIEU CONNU PAR DES FIGURES
Les Écrivains inspirés ont souvent attribué des passions et des émotions humaines au Tout-Puissant, afin qu'à l'aide de cette économie et de cette condescendance, nous puissions nous pénétrer de l'esprit et de la volonté de Celui dont procèdent la vie et la mort. Notre-Seigneur se représente lui-même sous un aspect dramatique dans les Paraboles. Il nous y montre, par exemple, les tentatives infructueuses que Dieu, en sa miséricorde, fait depuis l'origine du monde auprès des pécheurs, et ces tentatives sont figurées par le traitement que les différents messagers et enfin le fils même du Maître de la vigne reçoivent de ses méchants fermiers. Peut-être saisirons nous mieux la vérité mystérieuse dont nous nous occupons, si nous essayons de décrire Dieu, tel que nous le découvrons dans le monde, par une série de figures. C'est toujours le même Être que nous avons contemplé dans l'éclat de sa Beauté et dans sa Majesté inaccessible ; c'est toujours l'objet ineffable des adorations de la cour céleste ; c'est toujours la très-sainte et indivisible Trinité.
Les yeux remplis de la lumière de cette éblouissante vision, pendant qu'à nos oreilles retentissent les hymnes des Anges et les chants de triomphe des Ames rachetées; pendant surtout qu'un saint effroi glace nos cœurs et nous porte presque à souhaiter quelque châtiment qui nous fasse sentir notre néant de peur que nous ne soyons assez insensés pour l'oublier, tournons-nous vers d'autres régions : allons explorer les champs de l'action créée et parcourons les nombreux domaines de la société humaine.
Comment l'ineffable majesté de la très-sainte Trinité s'y otiïe-t-elle à nous?
Nous l'apercevons d'abord sous les traits d'un Père et d'un Père outragé, qui néanmoins conserve pour ses enfants un amour excessif, un amour au-delà de toute expression et de toute pensée. Il les attend tout le jour, en leur tendant les bras, mais ils ne veulent point revenir à lui. Pour eux il fait tuer le veau gras, et ils regardent sa bonté comme une chose qui leur est due. Ils se servent de lui et de tout ce qui lui appartient selon leurs besoins, mais leurs cœurs ne sentent rien pour lui, et ils se détournent froidement pour éviter les caresses que son ardent amour voudrait leur prodiguer, pour ainsi dire malgré eux. Serait-ce trop hardi de notre part de songer au ro Léaraumilieudesangoissesquelui causent ses filles dénaturées, comme si Dieu ne pouvait retrouver que dans la nature physique un retour proportionné à ses bontés. Car les éléments, eux, ne refusent point de lui obéir, et s'ils n'éprouvent point pour lui un amour raisonnable, du moins, « il ne les accuse « point de manquer à leurs devoirs envers lui. » En effet, il « ne leur a point donné de royaume et ne les a point ap- « pelés ses enfants. »
Dieu apparaît encore comme un Bienfaiteur qui prodigue ses bontés à des ingrats, et des mains duquel les hommes reçoivent à toute heure du jour des faveurs abondantes, sans qu'un mot, sans qu'un geste lui témoigne jamais leur reconnaissance. Ils acceptent les largesses et les aumônes de sa munificence, je ne dirai pas même comme des choses auxquelles ils ont droit, mais comme si on ne leur donnait pas tout ce qui leur est dû, comme si une main avare retenait encore une partie de ce qui leur revient légitimement. Ils demandent davantage, toujours davantage, sans s'inquiéter comment ils le demandent, sans peser leurs paroles, sans que le respect tempère leur importunité. Ne dirait-on pas, en vérité, que Dieu est une sorte de machine qui, lorsqu'on vient à presser un ressort ou à tourner une roue, doit immédiatement fonctionner, sous peine d'être jetée de côté et brisée ?