DIEU CONSIDÉRÉ COMME L'AMOUR INFINI
La création tout entière flotte dans l'océan de l'Amour de Dieu tout-puissant. Son Amour est la cause de tout ce qui existe: il en est la fin, le repos et le bien. Sans lui rien n'au-
rait reçu l'existence, sans lui rien ne la conserverait une heure seulement. L'Amour explique toutes les énigmes de la nature, de la grâce et de la gloire, et la réprobation est, en pratique, le refus positif qu'une créature libre fait de partager l'amour du Créateur. L'amour est la lumière des mystères les plus obscurs, la sublime consommation de toutes les espérances, de tous les dé sirs, de toutes les sagesses, et la merveilleuse interprétation de Dieu. La lumière n'est pas aussi universelle que l'Amour : car l'Amour est dans l'obscurité aussi bien que dans la lumière. Lavie est moins forte que l'Amour : car l'Amour est la victoire sur la mort, et est lui-même une vie immortelle.
S'il plaisait à Dieu maintenant d'anéantir l'atmosphère, notre planète n'aurait pas longtemps à continuer son mouvement sans devenir un séjour de mort universelle et de désolation. Des myriades d'existences vives et joyeuses s'éteindraient dans une courte et hideuse agonie ; les routes et les champs seraient couverts de cadavres suffoqués ; les oiseaux tomberaient sans vie sur le sol, et les profonds abîmes de la mer ne pourraient soustraire leurs tribus innombrables à la rigueur de la loi de destruction. Les créatures souterraines périraient étouffées dans les crevasses des rochers, dans les eaux des cavernes ou dans leurs voies tortueuses sous le sol. Bientôt la mort, pénétrantpar les soupiraux de la terre, aurait atteint les étranges poissons que nous amènent les puits artésiens, et les oiseaux pêcheurs des cavernes de la Garniole. La parure verdoyante de la terre sécherait et le globe, naguère si charmant, ne roulerait plus dans l'espace qu'une masse grossière de matière décolorée.
Ce tableau de destruction n'est qu'une faible image de ce qui arriverait si Dieu se retirait dans la gloire qui suffit aux joies divines et rappelait à lui l'océan d'amour qu'il épanche gratuitement sur toute la création. La décomposition de l'air, en effet, ne produirait qu'une désolation matérielle : elle n'attaquerait pas les vastes régions de la beauté morale, de la vie