‹ Esprit du p. FaberChapitre 60 sur 435 · DE LA CRÉATION EN GÉNÉRAL · texte numérisé non relu

DE LA CRÉATION EN GÉNÉRAL

Il n'est peut-être point de mystère dont l'étude soit plus profitable à l'âme et à l'intelligence que celui de la Création ; et cependant c'est à peine s'il reçoit de la généralité des chrétiens le tribut de considération qui lui est dû.

Dieu donc était, et il n'y avait point d'autre être que Dieu. Toutefois, il n'était point dans la solitude, car les trois personnes divines s'aimaient d'un amour incommunicable : le Père était de toute éternité la source de la Divinité, le Fils était engendré de toute éternité, et le Saint-Esprit de toute éternité procédait de l'un et de l'autre. Ce qui existait au matin de la création a toujours existé, existe encore maintenant et existera à jamais dans son immutabilité.

Dieu n'avait aucun avantage à recueillir de la création. Sa majesté infinie n'en pouvait recevoir un plus grand lustre. Sa gloire essentielle n'était point susceptible d'augmentation. L'obéissance de ses créatures était aussi incapable d'ajouter quoi que ce soit à son bonheur, que leur révolte de le troubler en rien. Il prévit le mal. Néanmoins il créa. Dans l'esprit de Dieu, l'Agneau du Calvaire fut immolé avant que les fondements du monde fussent posés.

De quoi Dieu pouvait-il donc avoir besoin? Besoin ! ce mot ne saurait être rapproché de l'idée du Très- Haut. Pourtant, telle est

la pauvreté et Ja faiblesse de notre langage Immain que, faute d'un terme plus convenable, j'ose dire que Dieu avait besoin de quelque cbose, ou du moins qu'il condescendait à paraître avoir besoin de quelque cbose que l'objet de la création était de suppléer. Sa puissance était sans bornes : ainsi sous ce rapport rien ne lui manquait. Il ne possédait pas la justice ; mais à quoi lui aurait-elle servi, dans le sens que nous attachons à ce mot, lorsqu'il était le seul être qui existât ? La vie, la joie, la majesté, la gloire, la sagesse, l'éternité, voilà des attributs que la création ne pouvait affecter en aucune façon, bonne ou mauvaise. Mais la Miséricorde, la Miséricorde n'existait pas en Dieu. Elle ne pouvait exister, selon l'idée que nous nous en formons ; car il n'y avait pas de créatures sur lesquelles elle pût s'exercer. Le Père ne pouvait faire preuve de miséricorde envers son Fils ou envers son Esprit qui sont égaux à lui, ni eux envers leur Source et leur Principe consubstantiel. La création donc (je me sers d'une expression hardie qui représente une vérité, bien que, comme tous les mots qu'on veut appliquer à la Divinité, elle soit inexacte et d'une trop faible portée), la création, dis-je, donne à Dieu un nouvel attribut, la Miséricorde.

Son amour se trouvait resserré, il avait besoin de s'épancher, ou paraissait éprouver ce besoin, ou s'abaissait pour paraître l'éprouver. La génération éternelle du Fils dans le sein de la Divinité était un acte nécessaire : ce n'était pas un mouvement libre. Il en était de même de la procession du Saint-Esprit. Mais l'amour de la sainte Trinité (j'implore encore ici l'indulgence du lecteur en faveur des termes dont je me sers), l'amour de la sainte Trinité surabondait. Il déborda, et le résultat fut la création.

Au premier abord, cette découverte ne semble-t-elle pas lever un voile, et nous permettre de plonger un regard dans la vie adorable de Dieu ? Béni soit son nom à la fois terrible et saint ! Bénie soit sa condescendance dans le mystère de la création I

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