LIVRE SECOND. — LA CRÉATION
dons surnaturels qui l'ont orné, le seul fait qui, mieux que des milliers de volumes, nous indique les voies ordinaires de Dieu, à savoir qu'il a été créé non dans l'état de nature, mais dans l'état de grâce, la beauté des lieux où devaient s'écouler ses jours sur la terre, la sublimité de son intelligence, son empire sur les forces et les lois de la nature* sa mystérieuse intimité avec son Créateur, ses rapports avec les Anges, son union avec Eve immaculée, sa cbute et tout ce qu'elle lui révéla sur lui-même, sur Eve, sur la nature de l'homme, sur la malice de Satan, sur les perfections de Dieu, ses neuf cents ans d'expiation héroïque, sa justification par la foi, par la pénitence et par les mérites de Jésus-Christ, et enfin la mort qu'il subit et qui était comme sa propre création : — voilà autant de mystères qui feront le sujet des plus salutaires méditations. Il était la cause de la mort, et il trembla à la vue de son ouvrage quand il aperçut le cadavre de son fils. Il faudrait des années entières de méditation pour épuiser les mystères que renferme la vie du premier des fils mortels de Dieu. C'est à lui que nous devons d'être venus dans la vie, de connaître Dieu et Jésus-Christ qu'il a envoyé, d'aimer notre Créateur, notre Rédempteur et notre Sanctificateur, de nous réjouir dans l'immensité de notre foi, de nous reposer sur les assurances que l'espérance nous donne, de vivre de la vie forte de la Grâce et de l'Amour.
J'ai à parler d'une grande œuvre, de la justification d'un pécheur, et Adam a été le premier être sur lequel Dieu a fait luire la lumière et la splendeur de cette nouvelle création, le premier qu'il a justifié par le sang de Jésus-Chrisl.
Sans parler dy. premier acte d'amour que fit Marie dans le sein d'Anne, ni de cet ineffable moment où l'âme de Jésus fut pour la première "fois unie à son corps dans l'incarnation, il y a dans la vie mystérieuse d'Adam deux actes d'amour que les âmes pieuses aiment à méditer, parce que, tout en étant très-élevés, ils paraissent se rapprocher de ces âmes au point d'être à la portée de leur capacité...
L'un est le premier acte d'amour que fit Adam quand Dieu, soufflant sur son corps, l'anima d'une âme toute rayonnante de gloire. Pour nous faire une idée exacte de cet acte d'amour, il faut considérer les dons sublimes dont Adam a été revêtu. Le cœur des Saints eux-mêmes est-il aussi vaste qu'était le sien, alors qu'il, n'existait ni péché, ni amour-propre, ni aucune de ces petites imperfections dont l'égoïsme fait la base ? Immaculé comme Marie, à qui seule, parmi tous ses descendants, on peut le comparer, il s'élevait devant Dieu sur la terre vierge encore de toute souillure. La création n'était pas assez belle pour lui. Il fallut que Dieu plantât de sa main un paradis pour en faire le séjour du premier homme.. Adam fut le résultat d'une délibération solennelle de la très-sainte Trinité. Sa nature était belle dans sa perfection, mais elle était revêtue de la beauté plus brillante encore de la grâce primitive et de l'éclat radieux de la justice originelle. Telle était la profondeur de sa science, que nous ne pouvons point nous en former une idée, et les plus étonnants miracles des Saints ne sont que de faibles indices ou des recouvrements partiels de cette puissance légitime et surnaturelle qu'il possédait et exerçait sur la nature entière. Les Anges avaient failli, un tiers de leur nombre était déchu, et Adam avait été appelé à prendre leur place, bien que son existence eût été décrétée avant la leur dans la personne de Jésus. Cette nature humaine était celle que de toute éternité le Verbe divin avait résolu de revêtir. Adam fut façonné sur LE modèle de Jésus, et Adam devait être l'ancêtre de Jésus quand la plénitude des temps serait venue. Adam, comme toutes les œuvres de Dieu, était au niveau de ses hautes destinées. Il était digne de la position éminente où il était placé. Mais, un moment avant d'y être élevé, il n'était rien. L'obscurité, le silence, l'insensibilité la plus complète ne sont que de faibles emblèmes de ce néant d'où, sur un signe du Très-Haut, jaillit l'âme du premier homme. Et alors, dans toute la splendeur de la force, de la santé, de la magnificence