‹ Esprit du p. FaberChapitre 68 sur 435 · LIVRE SECOND. — LA CRÉATION · texte numérisé non relu

LIVRE SECOND. — LA CRÉATION

dont il était revêtu au premier moment où il eut conscience de son glorieux état, son premier acte respira un amour incommensurable pour ce Dieu qu'il connaissait, qu'il voyait, qu'il aimait et qu'il possédait, comme pouvait le faire un être chez lequel les sens du corps, les affections du cœur et les facultés de l'esprit atteignaient à une perfection que nul autre de ses enfants n'a jamais connue, si ce n'est Marie, sa fille immaculée. Quelle imagination pourrait se faire un tableau exact des sentiments qui s'élancèrent hors de ce cœur à son premier battement ? qui pourrait sonder les secrets de cette vie nouvelle et palpitante d'innocence ? qui pourrait mesurer la joie qui remplissait ce souffle vivant de Dieu, exhalé comme un jet de feu de la bouche féconde de son amour : car c'est la seule mesure que nous puissions appliquer à l'âme d'Adam abîmée dans son adoration ? Cet acte d'amour ne devait-il pas contribuer en grande partie à dissiper le nuage que les anges déchus avaient jeté sur le passé? Quel heureux avenir ne promettait pas cette création nouvelle et si tendrement aimée? Il suffit de dire que l'acte d'amour d'Adam fut le premier acte qui, sinon par sa grandeur, du moins par son espèce et sa forme humaine, ressemblât à ces actes suprêmes et parfaits que la gloire de Dieu devait un jour recueillir par milliers du sacré cœur de Jésus. Tel fut le premier acte d'Adam nouvellement justifié par le don de la justice originelle qui lui fut conféré au moment de sa création, et par cet amour surnaturel qui produisit la première copie de l'humanité prédestinée de Jésus-Christ, non dans l'état de nature, mais dans l'état de grâce. Nous nous souvenons assez souvent de la chute d'Adam : oublierons-nous toujours son amour, le premier exemple de cet amour humain que la bonté de Dieu a daigné rechercher avec tant d'ardeur et auquel elle a attaché un si grand prix.

Dieu devint-il moins merveilleux, moins désirable, moins incompréhensible aux yeux d'Adam, lorsque celui-ci eut appris à connaître son Créateur et qu'il eut senti les bienfaits du

ciel se multiplier sur sa tête ? Certes, les trésors inépuisables de Dieu, l'intelligence si puissante d'Adam et les grâces sans cesse croissantes dont il fut comblé jusqu'au malheureux moment où il pécha, répondent suffisamment à cette question. Mais il succomba. Or, si jamais un homme dut connaître combien le péché est odieux, ce fut Adam, qui jadis avait été sans péché. Si jamais il fut donné à un cœur humain de ressentir quelque chose approchant de l'agonie du Sacré Cœur qui versa son sang d'une manière si miraculeuse sous les oliviers de Gethsemani, c'était le cœur plein de sagesse et jusque-là immaculé d'Adam. Savait-il que Dieu était miséricordieux ? Oui, car il savait que la création est la fille aînée de la miséricorde de Dieu au dedans de lui-même, et en dehors ce Dieu ne saurait être autre chose que miséricordieux. Mais il n'avait sous les yeux aucun exemple de miséricorde montrée au péché. Au contraire, tout tendait à éloigner de lui une telle pensée. Adam n'était pas le premier pécheur ; les anges avaient péché avant lui ; et la justice de Dieu avait éclaté sur eux d'une manière terrible. Il ne leur fut point accordé un seul instant pour revenir sur leur première pensée. L'acte de la rébellion et l'éclair que lança la face de Dieu semblèrent se confondre en un seul et même acte, tant ils se succédèrent rapidement. Il y avait dans chacun de ces anges tout un monde resplendissant de beauté intellectuelle, une création remplie de magnificence spirituelle, un abîme de sagesse, de science et de bonheur, une forteresse où résidait une puissance majestueuse, une source inépuisable de gloire, d'adoration, d'amour pour le Créateur ; et le Créateur brûlait d'un désir ardent de conserver chacun de ces innombrables Esprits, de les embellir et de les chérir. Et pourtant il n'hésite pas, il ne supporte point un seul moment l'offense faite à sa majesté sainte : il renverse, il flétrit, il détruit les rebelles, et précipite du haut du ciel au fond des enfers ce merveilleux océan d'intelligence et de vie. Les auges zélés qui demeurèrent fidèles n'intercédèrent point

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