SECOND REGARD SUR ADAM
Adam, le maître nouvellement créé de cet Éden que Dieu avait planté de sa main, brillait de toute la splendeur des mille dons que son Créateur avait répandus sur lui. L'étincelante armure de sa justice originelle jette un éclat trop vif pour nos faibles yeux. Mais toute cette grandeur venait de Jésus, du Verbe incarné, de l'Agneau immolé avant que les fondements du monde fussent posés. Toute la gloire dont Adam jouit aujourd'hui dans le ciel, il la doit aux mérites de Jésus-Christ. Cela est de foi. Ainsi, chaque degré de grâce, chaque mérite auquel correspond un degré de gloire, découle des mérites du Rédempteur. Ceux mêmes qui enseignent que les mérites d'Adam, dans l'état d'innocence, dérivaient de la seule libéralité de Dieu, et non de Jésus, admettent qu'après sa chute, ils furent vivifiés par la grâce de Jésus-Christ et sont maintenant récompensés en vue des mérites du Sauveur. D'ailleurs, tous les mérites d'Adam dans l'état d'innocence étaient les effets de sa prédestination, qui, comme nous l'avons vu, était postérieure et subordonnée à la prédestination de Jésus, type de tous les prédestinés. Puis, Tertuliien, saint Jérôme, saint Augustin, saint Épiphane et saint Bernard nous disent (et cela est admis par les disciples de Vasquez) que l'Incarnation fut révélée à Adam dans l'état d'innocence, de sorte que, semblable aux anges, il possédait la foi avant sa chute et ne la perdit point
quand il eut failli. Hustado lui-même, attaquant l'opinion de Scot touchant l'incarnation, admet que cette révélation faite à Adam dans l'état d'innocence est indubitable, et qu'elle ne lui lit pas voir un rédempteur dans la personne de No Ire- Seigneur incarné, parce que le péché d'Adam n'avait pas encore donné une raison d'être à la rédemption. Certes, nous avons bien le droit de refuser au premier Adam toute grâce qui ne découlerait pas des mérites de Celui qui a daigné être appelé le second
Adam et qui est le Seigneur descendu des cieux
(Le Saint- Sacrement, II, pp. 148-149.)