GRANDEUR DE L'HOMME ; AMOUR DE DIEU POUR LUI
Nous ne pouvons pas concevoir Dieu créateur, s'il n'attache pas de prix à sa création. Mais comment nous imaginer qu'il prenne pour objet de sa complaisance ces quelques millions de globes, ou la rapidité de leur course, ou leur fidélité à leur orbite, ou leurs excentricités, ou les espaces du ciel sidéral, ou les combinaisons diverses de la matière, ou les filons des métaux cachés dans le sein des montagnes, ou la vertu vivifiante des rayons du soleil, ou les jeux gigantesques de l'électricité partout présente, ou la beauté des arbres, ou la limpidité des lacs, ou les vallées ombreuses, ou la découpure des côtes de la mer, ou la splendeur des couchers du soleil, ou la magnificence des tempêtes, ou quoi que ce soit de ce genre? Nousmêmes, faibles créatures, nous sentons que ce serait l'abaisser que de supposer qu'il accorde à ces objets son estime, ses soins, son intérêt. Mais on nous apprend qu'il fait un cas tout particulier des esprits angéliques et des cœurs des hommes. L'homme est la fin du monde matériel, mais Dieu seul est la fin de l'homme. Les couches des terrains, la classification des plantes, la faune d'une contrée, les occultations des planètes, la géographie physique de la mer, les secrets de la chimie, peuvent offrir aux physiciens plus d'intérêt que les cœurs des hommes, les esclaves de l'Afrique ou les pensionaaires d'un hôpital. Il n'en est pas ainsi de Dieu. A ses yeux, toute la création matérielle n'est rien en comparaison du cœur d'un
paysan, ou de la première prière d'un enfant. IJ a généreusement donné tout le reste de la création avec l'indifférence d'une inépuisable richesse; mais il a gardé pour lui les cœurs, et, loin 'd'y renoncer, il ne veut même pas, non, il ne veut pas les partager.
(Le Créateur et la Créature, p. 120.)
POURQUOI DIEU N'A-T-IL PAS CRÉÉ LES ASGES ET LES HOMMES DANS L'ÉTAT DE PURE NATURE.
Dieu n'a voulu créer ni les anges ni les hommes dans un état de pure nature. Cette conduite de Dieu est, de tout ce que nous connaissons de lui, ce qui me parait le plus merveilleux, ce qui me donne le plus à réfléchir. Dieu n'a pas voulu, même dès le commencement, qu'il y eût une nature raisonnable qui ne participât pas à sa nature divine. Voilà ce qui nous révèle l'état de grâce. Dieu s'unissait, pour ainsi dire, à sa création, à mesure qu'il l'appelait à l'existence. Il n'a pas voulu la laisser respirer un seul instant dans un état purement naturel. L'acte même de la création était plein de la tendresse jalouse d'une mère. Pour parler d'une manière humaine, il semble que Dieu craignait que sa création ne voulut s'éloigner de lui, et que ses attraits ne fussent trop puissants pour la petitesse des êtres finis qu'elle renferme. Il Ta faite libre ; cependant il l'a environnée de telle façon qu'il était presque impossible qu'elle l'abandonnât. Il lui a donné la liberté ; cependant les caresses dont il l'a comblée, au moment môme où il la lui donnait, lui ont à peine laissé la faculté d'en jouir. 0 majesté de Dieu ! Elle nous apparaît adorable dans le calme si tranquille de l'éternité qui a précédé la création. Mais dans