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Esprit, maximes, et principes /

il L est des hommes célèbres , que leurs disgrâces rendent plus célèbres encore ; il en est d'autres qu'elles obscurcissent , et qu'elles font oublier. Ceux-ci n'avoient apparemment que des talens factices , des vertus empruntées, et le mérite des enluminures.

L'illusion seule leur avoit prêté cet éclat théâtral , qui varie d'abord selon les décorations de la scène , et qui s'éteint eafio avec les lustres

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du spectacle. Ils n'étoient qu'acteurs; ils ont disparu avec leur rôle.

I l n'en est pas ainsi des premiers : leurs vertus , leurs talens sont à eux ; la réputation dont ils jouissent leur appartient ; c'est Tappanag»

naturel de leur sagesse , de leur génie ; en vain les moeurs de la frivolité du siècle voudroient-elîes jeter quelque équivoque sur leur gloire ; la vertu solide , le mérite réel triomphe toujours tôt ou tard des dédains de l'amour - propre. Au milieu même des revers , tandis que le sage paroît enseveli sous les ruines de sa réputation , ses disgrâces lui assurent l'estime publique et un nom immortel.

Sa philosophie , ses vertus , ses talens paroissent alors sur leur propre base ; et il est d'autant plus gmiti»

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que , pour l'être , il n'a besoin que de lui-même.

Tel est le fruit consolant que M. J. J. Rousseau recueille aujourd'hui des disgrâces qu'il éprouve En condamnant l'auteur d'Emile , ses juges n'ont pas cessé d'estimer son cœur , et de rendre justice à son génie.

Les sages , qui blâment les excès de sa sincérité : l'admirent et le plaignent en même temps. Sa patrie ne souscrit qu'a regret à son exil volontaire; le public le nomme , dans sa retraite le Socrate d« son siècle. Il y jouira , comme à Montmorency, et de l'aveu de toute 1 Europe , de ses titres si Bien acquis d'homme de génie , de penseur , d'ami de l'humanité. Une disgrac© , aussi glorieusement compensée , en est-elle une en effet peur

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M. Rousseau ? C'est assurément le sceau de sa célébrité ; et ce seroit peut-être recueil d'une vertu moins solide que la sienne.

N É à Genève , en 1708 d'un père , vrai citoyen , M Rousseau passa sa jeunesse , même en voyageant , dans une espèce d'obscurité. Il se sentoit cependant cet esprit, ces talens, qu'il n'a déployés que dans un âge mûr ; mais // préférait son repos et des amis , les seuls biens dont son cœur fut avide* au nom qu'il pouvoit se faire de bonne heure , et qu'en quelque façon > il ne s'est effectivement fait que malgré lui.

L'Allée de Sylvie est le premier ouvrage qui l'ait fait connoîtrc ; et il approcboit déjà de son septième lustre , lorsqu'il le composa. Mais ce n'est

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pas le premier fruit de f n esprit, ni de l'étude qu'il a toujours faite âss mœurs et des hommes , même pendant sa jeunesse. A dix- huit ans, il avoit fait la petite comédie de Narcisse ou V Amant de lui-même , qui n'a été représentée que sur la fin de 1752, et qui , comme il s'y attendoit , ne réussit point , quoiqu'elle soit d'ailleurs bien écrite. C'est à l'occasion de la chute de cette comédie , qu'il a dit avec la franchise la plus vertueuse :

Je m'estimerais trop heureux d'avoir tous les jours une pièce a faire siffler , si je pouvais , a ce prix 7 contenir pendant deux heures Us mauvais desseins d'un seul des spectateurs, et sauver Vhonneur de U file ou de la femme de son ami } le secret de son confident , ou U fortune de son créancier,

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V Allée de Sylvie n'a aucun rapport aux grands principes de vertu , auxquels son auteur s'est livré depuis avec tant de réflexion et de courage.

]Vh Rousseau badinoit encore alors avec l'amour ; il aimoit encore à promener ses tendres rêveries le long des flots argentés d'un rmjfeiu qui murmure. Une chose remarquable dans ce petit ouvrage , c'est qu'il y prévoit , qu après ses beaux purs , certaines circonstances le mettront dans la nécessité de philosopher en public ; et l'événement , en justifiant Ja prédiction , a fait un honneur infini au prophète.

Cette question , si le rétablisse* ment des Sciences et des Arts a contribué à épurer l.s mœurs , est l'époque de l'apparition brillante de M. Rou$.

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seau sur la scène littéraire et philosophique. Ce sujet Fintéressa ; il crut y trouver l'occasion de rendre un hommage public à la vertu aux dépens des sciences : il la saisit ; son discours parut à l'Académie de Dijon , de tous ceux qui avoient concouru , le mieux écrit et le plus profondément pensé , et il triompha.

Ce succès lui fit beaucoup d'admirateurs ; le public sentit tout le prix de ce premier essor , et souhaita qu'une plume aussi éloquente se fît un plaisir de l'éclairer et de l'instruire.

Séduit lui-même par les attraits de ion triomphe , M. Rousseau , l'œil toujours fixe sur ses principes , et toujours dans le même suie et avec

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Je même nerf, fît des observations sur la réponse dont un Roi philosophe avoit honoré son discours , et une réplique à M. Borde , académicien de Lyon , dont les deux dvcoms sur les avantages des sciences et des arts , sont d'ailleurs très-dignes d'être comparés â celui qui les a occasionnés.

Avec M. Gautier , académicien de Nancy, et un pseudonyme , qui s'étoit intitulé de l'académie de Dijon , et que cette sage société a formellement désavoué , M. Rousseau usa d'un laconisme aussi plaisant que tranchant , qui les immola l'un et l'autre à la risée du public. C'est ainsi , comme il l'avoue lui-même , que de dispute en dispute , se sentant engagé dans la carrière , fresque stns y avoir pensé' > il se trouva devenu auteur à

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Vage eu l'on cesse de l'être , et homme de lettres , quoiqu'il fit professioa d'écrire contre elles.

L'Intermède du Devin du Vil»

lage , représenté devant le Roi à Fontainebleau , avec le succès le plus brillant , et à Paris , par l'académie royale de musique ^ avec de nouveaux applaudissemens toujours mérités , Je fit connoître et fêter à la Cour , et rechercher des personnes les plus distinguées. Très-peu de temps après , sa lettre sur la musique française > écrite avec autant de liberté que de feu , donna un nouvel éclat à sa réputation ; mais , il faut en convenir , il l'acheta un peu cher. L'apologie de la musique française % par M. l'Abbé Laugier , est presque la seule réponse à sa lettre , dont

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M. Rousseau n'ait pas eu sujet de prendre de l'humeur. Les partisans outrés de notre opéra le traitèrent en prose et en vers , sans ménagement. \Jn visigot lui répondit par des personnalités indécente? ; une ioule imbécille s'exhala contre lui en clameurs séditieuses , il en fut insulté' , menacé même : le fanatisme harmonique alla enfin jusqu'à le pendre en effigie.

C E qu'il y a encore d'étonnant , c'est que , tandis que les gens sensés ïioient de la colère frénétique de la plupart de nos musiciens , ce que M.

Rousseau auroit dû faire le premier , Topera , qui s'enrichissoit des représentations du Devin du Village , s'érigeant en vengeur public du goût national , ©ta à l'auteur de est In-

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îermède charmant ses entrées a son spectacle. M. Rousseau fe plaignit de cet affront , 8c avec d'autant pîas de raison , que ses entrées libres à l'opéra étoient d'ailleurs l'une des conditions auxquelles il avoit donné son drame lyrique. Six ans après , oa voulut les lui rendre ; mais cette espèce de réparation , qu'il regardait même comme une raillerie , venoit trop tard , puiiqu'ii s'étoit retiré à Montmorency.

A u reste , quoique M. Rousseau ait conclu , en finissant sa lettre , que les François n'ont pas de musique , qu'ils tien peuvent avoir 3 & que fi jamais ils en ont une , ce sera tant pis pour eux , il ne laisse pas d'applaudir sincèrement aux grands talens de M.

Rameau , de le reconnaître supérieur

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mem a Lulli du côté de l'expression , &/de penser quil faudrait que U Jyatïen lui rendît bien des honneurs 9 'our lui accorder ce qu'elle lui doit» Jamais M. Rameau n'a reçu de louanges moins suspectes.

Dans le discours sur V origine & les fondemens de l'inégalité parmi les hommes , 3VL Rousseau a ofé courir le risque de renouveler , aux yeux du vulgaire , YAlcefie de Molière : peu s'en est fallu en effet qu'il n'ait été déclaré l'ennemi du genre humain. Presque tous ces hommes , qui se croient légitimement au-dessus des autres , parce qu'ils ont un nom £c des richesses, ont traité ce difcours de libelle diffamatoire. Quelques critiques lettrés n'y ont vu que le panégyrique des Karaïhes , 6c la satyre des Européens ;

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d'autres , comme le P. Cafiel , en prétendant le réfuter , l'ont pris à contre-sens , et n'ont fait que batt-.e » les buissons. M. de Castillon est k seul qui eût mérité une réplique. Le public sans préjugés a regardé le discours de M. Rousseau comme un chef-d'œuvre , et le regardera toujours comme l'ouvrage d'un génie qui réunit à la fois la fécondité des pensées , la force des raisonnemens 9 l'étendue des connoissances , le sentiment le plus vif, et l'éloquence du stile la plus nerveuse.

La lettre à M. d' 'Jlembert sur les spectacles , écrite dans les principes de ses discours , du même ton de sincérité , et avec le même coloris d'expression , eut aussi le même sort ; elle essuya les mêmes critiques. Que

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de/brochures , et presque toutes éphéères , cette lettre n'a-t-elle pas fait laître ? Le comédien Laval osa entrer en lice avec M. Rousseau , et crut le terrasser par des injures. M.

Villaret répondit aussi à la Itttre sur les spectacles , mais avec un ton de décence et d'honnêteté 3 qui prouve son estime pour l'auteur qu'il crut devoir contredire ; d'autres prirent le ton plaisant et badin , et crurent le tourner en ridicule , en écrivant qu'il n'avoit dit du mal des femmes dans sa lettre , que parce qu'il étoit malade : d'autres enon s'amusèrent à l'ac* câbler de sarcasmes , tandis que les personnes pieuses le noramoient le défenseur de la morale chrétienne.

MM. d'Alembert et Marmontel ne l'ont pas décoré de ce beau titre ;

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mais leurs réponses , également pleines d'esprit et de solidité , d'égards et de politesse , lui font d'ailleurs , comme à eux-mêmes , beaucoup d'honneur. Jusqu'ici M. Rousseau a gardé le silence avec tous les critiques de sa lettre sur les spectacles ; à moins qu'on ne regarde son Essai sur l'Imitation théâtrale , et surtout la Nouvelle Héloise 3 comme la meilleure réponse qu'il pût leur faire , selon leur différente façon de penser. En effet ^ on ne peut lire ce roman moral , sans se persuader de plus en plus que 1er. spectacles et le théâtre ne sont nullement l'école des bonnes mœurs , et que les personnes religieusement chrétiennes sont bien fondées à applaudir à îa morale inexorable du citoyen dé Genève. Quoi qu'il en

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soit , la Nouvelle Heloïse est peutêtre le meilleur ouvrage que nous ayons en ce genre , même à côté de JWisS'CUrice. La vertu y est peinte avec tous ses traits les plus touchans et les plus propres à se soumettre les âmes honnêtes. Il est aisé cTy appercevoir le caractère essentiel de son auteur ; et cet excellent roman eût suffi seul pour le faire estimer, et lui donner la célébrité dont il jouit à tant de titres. La Nouvelle Héloise a sans doute des défauts ; mais ils sont compensés par tant de beautés , qu'à peine on les aperçoit : ils prouvent seulement , que l'esprit le plus sublime et le cœur le plus vertueux ne sont pas toujours à l'épreuve de la qualité d'auteur et de philosophe.

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Il seroit à souhaiter que les magistrats n'en eussent pas trouvé de pius grands dans le Contrat Social et dans Emile, En se faisant un système d'être sincère , c'est - à - dire , de révéler au public toutes ses pensées ainsi que ses sentimens , NI. Rousseau ne pouvoit guère éviter de t©mber dans les excès qu'on lui reproche. Mais s'il a prévu qu'on les lui reprocheroit , et qu'ils attireroient sur son Emile et sur lui-même les rigueurs de l'autorité civile et ecclésiastique , comment un homme aussi sage n'a-t-il pas craint de s'y livrer ? Sans trahir ses sentimens , il pouvoit s'en tenir , sur la matière du droit politique , à ce qu'il en avoit dit dans son admirable discours sur lœconomie tique , et dans celui sur Y origine

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de £ inégalité parmi les hommes : il n'en eût pas moins été un esprit profond , un cœur sincère ; on n'eût pas moins admiré ses îaîens et estimé ses mœurs.

Son Emile pouvait être aussi un ex»

cellent traité d'éducation , sans qu'il fût besoin d'y discuter des articles délicats , auxquels il est difficile de toucher curieusement , et d'éviter en même temps le sort d'Oza , et qui d'ailleurs ne sont jamais mieux expliqués que par un silence religieux.

Dans sa lettre à M- l'Archevêque de Paris , si M. Rousseau s'est exprimé avec la même liberté sur ces articles si délicats ; c est , dit-il, qu'il ne pouvoit presque pas s'en dispenser y sans paroître convenir de sa ressemblance avec le portrait qu'on avoit fait de lui , et que , d'ailleurs , tout

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homme accusé a le droit de se justifier , ou du moins d'essayer de le faire. Sa vertu sembloit lui imposer elle-même la nécessité de se défendre , mais avec la modération d'un sage.

Quelle douloureuse fatalité ! cet Emile , l'enfant chéri de son père , est devenu l'instrument des disgrâces qu'il essuie aujonrd'hui : c'est cet ouvrage qui répand sur ses jours îa^ tristesse et l'amertume , et qui l'exile du sein de sa patrie et de ses amis.

Les magistrats des Provinces-unies, à l'exemple du parlement de Paris , ont sévi contre Emile , et la République de Genève elle-même i'est cru obligée de le proscrire avec le Contrat Social. Ce dernier coup a été le plus sensible su cœur de M. Rousseau. Après avoir

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honoré le nom Genevois , et s'être montré si digne de l'estime et des égards de ses concitoyens , le procédé du conseil de Genève l'a pénétré de douleur. Plusieurs citoyens et bourgeois de cette ville , frappés d'un jugement , où les formalités prescrites par les constitutions du gouvernement ne leur paroissoient point observées, crurent devoir reclamer contre cette nouveauté. M. Rousseau attendit longtemps l'effet de leurs représentations au premier Syndic ; et croyant enfin n'être que trop convaincu que le conseil refusoit d'y avoir égard , sa douleur lui suggéra de renoncer solennellement à ses titres de bourgeois et de citoyen de Genève. Flétri publiquement dans ma patrie , dit-il à un de ses amis , j'ai dû prendre le nul

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parti propre à conserver mon honneur , si cruellement offensé. Cest avec la plus vive douleur que je ni y suis déterminé: mais que pouvois-je faire ? Demeurer volontairement membre de l'Etat après ce qui s^étoit passé , nétolt-ce pas consentir à mon déshonneur ? Les amis de M. Rousseau ont blâmé sa démarche , ils l'ont trouvée au moins trop précipitée. Plusieurs sont encore persuadés qu'il n'a pas eu même le droit de le faire.

Quoi q u1 i l en soit , sa lettre au premier magistrat de Genève fut lue dans l'assemblée du conseil. Ott délibéra si Ton devoit accepter l'abdication qu'il y fait a perpétuité de son drêit de bourgeoisie et de cité ; les sentiïiïens se partagèrent. Quelques - uns regardoient cette abdication comme

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une insulte faîte à la République , et ©soient en demander vengeance :

mais , après avoir recueilli les voix , on se contenta d'enregistrer la lettre , et chacun se retira en silence.

Depuis ce fatal instant , M. Rousseau , quoiqu'adopté par un grand Roi au nombre de ses sujets , et glorieusement dédommagé , par cette naturalisation , des pertes volontaires qu'il a faites à Genève ; M. Rousseau , dis - je , infiniment sensible , d'ailleurs , à ce témoignage de bienveillance et d'estime de la part du Rc$i de Prusse , semble cependant avoir dit un adieu éternel à la société. Mais la société , qui l'admire toujours , qui ne prétend pas imiter la république de Genève , ne reçoit point cet adieu. Elle attend au çoa-

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traire de lui , qu'il lui prouve de plus en plus que soa ame est au-dessus de ses adversités , et que ses talens , comme sa sagesse , sont à l'épreuve de l'instabilité des choses humaines. Le portrait si bien colorié qu'il a fait de lui-même dans sa retraite , ne fait peur à personne ; on aimera toujours à le reconnoître à des traits si rares , et à le voir le même. » Plus ardent 9 dit-il , qu'éclairé dans » mes recherches , mais sincère en » tout , même contre moi ; simple et x> bon , mais sensible et foibîe ; fai- » sant souvent le mal , et tou;ours » aimant le bien ; lié par l'amitié , >; jamais par les choses , et tenant w plus à mes sentimens qu'à mes in- » térêts ; n'exigeant rien des hommes )) et n'en voulant point dépendre ; n© Tome l* B

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» cédant pas plus à leurs préjugés » qu'à leurs volontés , et gardant la i> mienne aussi libre que ma raifon ; » craignant Dieu sans peur de i'en- » fer ; raisonnant sur la religion sans » libertinage ; n'aimant ni l'impiété » ni le fanatisme ; mais haïssant les » intolérans encore plus que les es- » prits forts ; ne voulant cacher mes » façons de penser à personne ; sans » fard , sans artifices en toute chose , » disant mes fautes à mes amis , mes » sentimens à tout le monde , au » public ses vérités , sans flatterie et » sans fiel , et me souciant aussi peu » de le fâcher que de lui plaire : voi- » là mes crimes et mes vertus.

L E public auroit tort de se fâcher des vérités que lui dira M. Rousseau ; il les assaisonne de tant ds

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pensées utiles , vertueuses et admirables ; il les exprime avec tant d'esprit , d'éloquence et de persuasion, qu'on ne peut , au contraire , trop désirer qu'il continue de lui parler le même langage : mais on l'estime aussi trop sincèrement , pour ne pas souhaiter en même temps qu'il épargne à son cœur et à sa santé de nouvelles disgrâces : on voudroit qu'il fût aussi heureux qu'il mérite de être.

Pour répondre , autant au'il dépend de nous , à ce désir , à cet empressement du public , que nous venons d'exprimer , pour les ouvrages de cet écrivain cclèbre , nous lui donnons aujourd'hui son Esprit , ses Maximes , et ses Principes ; et nous osons nous flatter que M. Rousseau

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s'y recocnoîtra avec plaisir sous ses véritables traits , en même temps que le lecteur se les rendra utiles.

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