RELIGION
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De Dieu.
Ieu est intelligent ; mais comment l'est* si ? Toutes les vérités ne sont pour lui qu'une seule idés , comme tous les lieux un
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seul point , et tous ies temps un seul moment. 11 est tout- puissant ; sa puissance agit par elle-même ; il peut parce qu'il veut ; sa volonté fait son pouvoir. Dieu est bon ; rien n'est plus manifeste : de tous les attributs de la divinité toute- puissante , la bonté
est celui sans lequel on la peut le moins concevoir.
r Quand les anciens appeloient Optimus 'JMaximus le Dieu suprême , ils disoient trèsvrai : mais en disant , Maxim us Optimus , ils auroient parlé plus exactement , puisque sa bonté vient de sa puissance : il est bon , parce qu'il est grand,
Dieu est juste , j'en suis convaincu ; c'est une suite de sa bonté ; l'injustice des hommes est leur œuvre et non pas la sienne : le désordre moral qui dépose contre Ja providence aux yeux des philosophes , ne fait que la démontrer aux miens. C'est ainsi que je découvre et que j'affirme les attributs de la divinité , mais sans les comprendre. J'ai I>eau me dire , Dieu est ainsi ', ja le sens ,
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je me le prouve : je n'en conçois pas mieux comment Dieu peut être ainsi.
L'Être éternel ne se voit , ni ne s'entend ; il se fait sentir ; il ne parle ni au* yeux , ni aux oreilles , mais au cœur. Nous pouvons bien disputer contre son essence infinie , mais non pas le méconnoître de bonne foi.
Moins je le conçois , plus je l'adore. Je m'humilie et lui dis : Etre des êtres , je suis parce que tu es; c'est m'élever à ma source , que de méditer sans cesse. Le plus digne usage* de ma raison est de s'anéantir devant toi : c'est mon ravissement d'esprit , c'est le charme de ma foiblesse de me sentir accablé de ta grandeur.
Ceiui qui adore l'Être éternel , détruit d'un souffle ces phamômes de raison , qui n'ont qu'une vaine apparence , & qui fuient comme une ombre devant l'immortelle vérité. Rien n'existe que par celui qui est. C'est lui qui donne un but à la justice, une base à la vertu , un prix à cette courte vie employée à lui plaire ; c'est lui qui ne cesse
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de crier aux coupables , que leurs crimes secrets ont été vus , et qui fait dire au juste oublié ; tes venus ont un témoin. C'est lui , c'est sa subftance inaltérable , qui est le vrai modèle des perfections dont nous portons une image en nous-mêmes. Nos passions ont beau la défigurer ; tous ses traits , liés à l'essence infinie , se représentent toujours à la raison , & lui servent à établir ce que l'imposture et l'erreur en ont altéré. Toufjce qu'on ne peut séparer de l'idée de cette essence , est Dieu.
C'est à la contemplation de ce divin modèle , que l'ame s'épure et s'élève ; qu'elle apprend à mépriser ses inclinations basses , et à surmonter ses vils penchans. Un cœur pénétré de ces sublimes vérités , se refuse I aux petites passions d s hommes ; cette grandeur infinie le dégoûte de leur orgueil ; le charme de la méditation l'arrache aux idées terrestres.
Où chercher la saine raison , sinon dans celui qui en est la soutcc .? Et que penser
D îv erses; f
de ceux qui consacrent à peîdre les hommes , ce flambeau divin qu'il leur donna pour les guider ? Le meilleur moyen de trou-n ver ce qui est bien , est de le chercher sincèrement , et Ton ne peut long-temps le chercher ainsi , sans remonter à l'auteur de tout fcien. 4
Celui qui reconnoît et sert le père commun des hommes , se croit une haute destination ; l'ardeur de la remplir anime son zèle ; et suivant une règle plus sûre que celle de ses penchans , il sait faire le bien qui lui coûte , et sacrifier les désirs de son cœur à la loi du devoir.
Tenez votre ame en état de désirer toujours qu'il y ait un Dieu , et vous n'en douterez jamais.
Ce qui m'intéresse , moi et tous mes semblables , c'est que chacun sache qu'il existe un arbitre du sort des humains , duquel nous sommes tous les enfans , qui nous prescrit à tous d'être justes . de nous aimes les uns les autres , d'être bienfaisans et
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miséricordieux , de tenir nos engagemens envers tout le monde , même envers nos ennemis er les siens ; que l'apparent bonheur de cette vie n'est rien ; qu'il en est une autre après elle , dans laquelle cet Etre suprême sera le rémunérateur des bons , et le juge des méchsns.
Si la divinité n'est pas , il n'y a que le méchant qui raisonne ; le bon n'est qu'un insensé.
Il est un livre ouvert à tous les yeux, c'est celui de la nature. C'est dans ce grand et sublime livre que j'apprends à servir et adorer son divin auteur. Nul n'est excusable de n'y pas lire , parce qu'il parle à tous les hommes une langue intelligible à tous les esprits. Si j'exerce jna raison , si je la cultive , si j'use bien des facultés immédiates que Dieu me donne , j'apprendrai de moi-même à le connoître , à l'aimer , à aimer ses œuvres , à vouloir le bien qu'il veut , et à remplir , pour lui plaire , tous mes devoirs sur la
terre. Qu'est - ce que tout le savoir des hommes m'apprendra de plus ?
Le philosophe , qui se flatte de pénétrer dans les secrets de Dieu , ose associer sa sa^ gesse à la sagesse éternelle ; il approuve, il blâme , il corrige , il prescrit des ioix à la nature , et des bornes à la diviniié ; et tandis qu'occupé de ses vains systèmes, il se donne mille peines pour arranger la machine du monde , le laboureur qui voit la pluie et le soleil tour - tour fertiliser son champ , admire , loue et bénit la main dont il reçoit ces grâces , sans se mêler de la manière dont elles lui parviennent. Il ne cherche point à iustttier son iguoiance ou ses vices par son incrédulité. Il ne censure point les œuvres de Dieu , et ne s'attaque point à son maître pour faire briller sa suffisance. Jamais le mot impie d'Alphonse X. ne * tombera dans l'esprit d'un homme vulgaire ; c'est à une bouche savante que ce blasphème «toit réservé.
Les premiers qui ont gâté la canse ^d%
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Dieu , sont les prêtres et les dévots , qui ne souffrent pas qae rien se fasse selon l'ordre établi , mais font toujours intervenir la justice divine à des événernens purement naturels ; et , pour être sûrs de leur fait , punissent et châtient les méchans , éprouvent t>u récompensent les bons indifféremment avec des biens ou des maux , selon l'événement. Je ne sais , pour moi , si c'est une bonne théologie ; mais je trouve que c'est une mauvaise manière de raisonner , que de fonder indifféremment , sur le pour et le contre , les preuves de la providence , et de lui attribuer , sans choix , tout ce qui se feroit également sans elle.
Les philosophes , à leur tour , ne me paroissent guères plus raisonnables , quand je les vois s'en prendre au ciel , de ce qu*iîs ne sont pas impassibles ; crier que tout est perdu , quand ils ont mai aux dents , ou qu'ils sont pauvres , ou qu'on les vole ; et charger Dieu , comme dit Sénéque , de la
^arde de leur valise. Ainsi, quelque part
qu'aie
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qu'ait pris la nature , la providence a toujours raison chez les dévots , et toujours tort chez les philosophes.
Source de justice et de vérité , Dien^ clément et bon ! dans ma confiance en toi , le suprême vœu de mon cœur est que ta volonté soit faite ; en y joignant la mienne , je fais ce que tu fais ; j'acquiesce à ta bonté : je crois partager d'avance la suprême félicité qui en est le prix. *
Un homme qui craint Dieu n'est guère1 à craindre ; son parti n'est pas redoutable , il est seul ou à- peu- près ; et l'on est sur de pouvoir lui faire beaucoup de mal, avant qu'il songe à ie rendre.
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De la Spiritualité de l'Ame.
t. Lus je réfléchis sur la pensée et sur la nature ée l'esprit humain , plus je trouve que le raisonnement des Matérialistes ressemble à celui d'un sourd qui nie l'exis» Totns L c
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tence des sons , parce qu'ils n'ont jamais frappé son oreille. Us sont sourds, en effet , à la voix intérieure qui leur crie d'un ion difficile à méconnoitre : une machine ne pense point , il n'y a ni mouvement, nt figure qui produise la réflexion : quelque chose en toi cherche à briser les liens qui le compriment : l'espace n'est pas ta mesure; l'univers entier n'est pas assez grand pour toi ; tes sentimens , tes désiîs , ton inquiétude , ton orgueil même , ont un autre principe que ce corps étroit dans lequel tu te sens enchaîné.
Nui être matériel n'est actif par lui- même , et moi je le suis. On a beau me disputer cela , je le sens ; et ce sentiment qui me parle est plus fort que la raison qui le combat. J'ai un corps sur lequel les autres agissent et qui agit sur eux ; cette action réciproque n'est pas douteuse :
mais ma volonté est indépendante de mes sens ; je consens ou je résiste ; je succombe ou je suis vainqueur , et je sens
Diverses. ? t
parfaitement en moi-même quand je fais ce que j'ai voulu faire , ou quand je ne fais que céder à mes passions. J'ai toujours la puissance de vouloir , non la force d'exécuter. Quand je me livre aux tentations , j'agis selon l'impulsion des objets externes : quand je me reproche cette foiblesse , je n'écoute que ma volonté ; je suis esclave par mes vices , et libre par mes remords : le sentiment de ma liberté ne s'efface en moi que quand je me déprave , et que j'empêche enfin la voix de l'ame de s'élever contre la loi du corps. L'homme est donc libre dans ses actions , et comme tel , animé d'une substance immatérielle.
La nature commande à tout animal , et la bête obéit. L'homme éprouve la même impression ; mais il se reconnoît libre d'acquiescer *u de résister ; et c'est sur-tout dans la conscience de cette liberté , que se montre la spiritualité de son ame» Car la physique explique çn
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quelque manière le méchanisfne des sens et la formation des idées ; mais dans la puissance de vouloir , ou plutôt de cnoï<* sir , et dans le sentiment de cette puissance , on ne trouve que des actes purement spirituels , dont on n'explique lisa par les loix de la méchanique..
Plus je rentre en moi j plus je me consulte , et plus je lis ces mots écrits dans mon ame ; sois juste et tu seras heures*» 11 n'en est rien pourtant , à considérer l'état présent des choses. Le méchant prospère , et le juste reste opprimé. Voy^s aussi quelle indignation s'allume en nous quand cette attente est frustrée ! La conscience s'élève et murmure contre son auteur ; elle lui crie en gémissant : m m'as trompé. Je t'ai trompé, téméraire, et qui te l'a dit ? Ton ame est- elle anéantie? As- tu cessé d'exister ? O Brutus l ô mon fils 1 ne souille point ta noble vie en la finissant ; ne laisse point ton espoir et ta gloire avec ton corps aux champs
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*cfe Philippes. Pourquoi dis-tu ? la vertu n'est rien , quand tu vas jouir du prix de la tienne ? Tu vas mourir , penses-tu. Non , to vas vivre : et c'est alors que je tiendrai tout ce que je t'ai promis»
Si l'ame est immatérielle , elle peut socvivre au corps ; et si elle lui survit , la providence est justifiée. Quand je n'aurais d'autre preuve de l'immortalité de Famé , que le triomphe du méchant et Foppression du juste en ce monde , cela seul m'empêcheroit d'en douter. Une si choquante dissonnance dans l'harmonie universelle me feroit chercher à la résoudre. Je me dirois : tout ne finit pas pour nous avec la vie , tout rentre dans l'ordre à la mort.
Quand l'union du corps et de l'ame est Kwiipue , je conçois que l'un peut se dissoudre et l'autre se conserver. Pourquoi la destruction de l'un entraînerait - elle la destruction de l'autre ? Au contraire , étant de nature si différente , ils étoient , par leur
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union , dans un état violent ; et quand cette union cesse , ils rentrent tous deux dans leur état naturel. La substance active regagne toute la force qu'elle employoit à mouvoir la substance passive et morte. Hélas ! je le sens trop par mes vices : l'homme ne vit qu'à mohié durant sa vie ; et la vie de l'ame ne commence qu'à la mort du corps.
De l'É
VANGILE,
JLj 'Évangile , ce divin livre , le seul nécessaire à un chrétien , et le plus utile de tous à quiconque ne le seroit pas , n'a besoin que d'être médité , pour porter dans l'ame l'amour de son auteur , et la volonté d'accomplir ses préceptes. Jamais la vertu n'a parlé un si doux langage ; jamais Ja plus profonde sagesse ne s'est exprimée avec tant d'énergie et de siropli-
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cité. On n'en quitte point îa lecture , sans se sentir meilleur qu'auparavant.
Voyez les livres des philosophes avec toute leur pompe : qu'ils sont petits auprès de celui-là l Se peut- il qu'un livre , à la fois si sublime et si sage , soit l'ouvrage des hommes ? Se peut- il que celui dont il fait l'histoire , ne soit qu'un homme luimême ? Est-ce là le ton d'un enthousiaste ou d'un ambitieux sectaire ? Quelle douceur , quelle pureté dans ses mœurs !
quelle grâce touchante dans ses instructions 1 quelle élévation dans ses maximes î quelle profonde sagesse dans ses discours l quelle présence d'esprit , quelle finesse et quelle justesse dans ses réponses ! quel empire sur ses passions ! où est l'homme f <jù est le sage qui sait agir , sourfrîr et mourir sans faiblesse et sans ostentation ? Quand Platon peint son juste imaginaire , couvert de tout l'opprobre du crime , et digne de tous les pris de la y-ertu , il peint trait pour trait Jésus* Christ 5