FEVRIER
je viens vous lire ce soir. Les pages suivantes sont consacrées à retracer la noble vie et la mort héroïque d’un de ces martyrs de 4 39 *” dont les noms rayonnent dans le sang et la gloire.
Les vies de ces compatriotes, pleines de vertus intimes, de grandeur modeste, de saintes affectious, de foi en Dieu, de dévouement à la patrie, d'amour pour le bien; douces et pures au foyer, patriotiques et ardentes au forum, sont plus belles et plus parfaites que les existences honorées et bruyantes des citoyens antiques. Leurs morts que la foi a bénies, que la certitude d’une vie meilleure a consolées, que l’héroïsme a immortalisées, que le contact de l’échafaud a éclaboussées de sang et de rloire, rappellent les plus vaillans, les meilleurs trépas,
Agenouillé sur les tombes de pareils hommes, on est fier d’être Canadiens-français,on se sent le droit de lever le front à la hauteur de lorgueil des autres peuples.
| ls sont nos héros, à nous à qui la France a légué, il y a quelques siècles, le sang avec lequel ils se font grands et nombreux, Leur histoire ruisselante de larmes et de patriotisme, de vaillance et de fierté, est la page la plus pathétique de nos annales. Les écha- | fauds et les gibets où ils succombèrent sont nos champs d'honneur ; les obscures cimetières où gisent leurs corps mutilés sont nos | Panthéon et nos St. Denis, Pour mausolée {nous leur avons donné une simple croix de | bois, le symbole du Golgotha ; le symbole | qui depuis 18 cents ans couvre de son ombre sacrée, guide de sa lumière, sauve ou créc par sa divine influcace les civilisations chré- (tiennes el les grands peuples, les nobles
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cœurs et les idées généreuses, les progrès et les libertés; le symbole qui protège nos berceaux, qui sanctifie nos vies, qui sacre nos tombes et que baisait en mourant, avec une suprême félicité, l’homme dont je vais raconter les œuvres.
Nos cœurs et nos souvenirs, notre deuil et notre admiration sont les orateurs et les bistoriens émus et attendris qui perpétueront leur mémoire.
L'heure fatale qui verra l'oubli remplacer la reconnaissance dans le cœur de notre peuple, ne doit jamais sonner. Car alors le cœur de ce peuple sera bien près de cesser | de battre ; la fusion et l’Angleterre seront à
| preigne de la vaillance, du patriotisme, de la
foi qu’on y respire pour conserver le coin de sol que Dieu et la France nous ont donné.
Il faut qu’elle se fasse la chaste et fidèle amante de ces mémoires, qu’elle les aime, les honore, les préserve et, enfin, les dépose intactes et pures dans le cœur de ceux qui nous remplaceront dans le service de la patrie.
C'est parce que je sais que fa jeunesse actuelle est fidèle à ces souvenirs sacrés, c’est parce que je sais qu’elle garde religieusement dans son cœur la mémoire de toutes les grandeurs et de toutes les tristesses de la race française en Canada, que
quelques moiuens de leur triomphe impie.!ine trouvant le premier de ses membres à La voix française, qui depuis des siècles, | parler de cette tribune, j'ai choisi pour sujet parle des bords du St. Laurent de liberté,| de ma lecture la vie et la mort d’un des de France, de catholicisme, à toutes les races! martyrs de notre cause nationale,
étrangères, s'éteindra d’épuisement aux stu-| Il m’a semblé encore qu’il appartenait à pides applaudissemens de ceux qui ne com-| ceux qui ont vu la mort frapper ce qu’on a
prennent pas quel reflet de gloire notre existence jette sur l'Amérique, et combien tous ceux qui ont le sentiment des grandes choses doivent tenir à la conserver.
Le meurtre ou le suicide de notre nationalité suivra de près l’oubli de nos gloires. Car une mation qui a de la sève et de l’a- | venir ne saurait ainsi flétrir ses lauriers, | briser sa couronne d’immortalité, déchirer | les pages de son martyrologe, ensevelir son | passé dans le silence de l’ingratitude, détruire son panthéon, abandonner son patri- | moine national, user pour ainsi dire avec de | l’infamie ou laisser effacer par la main du | temps son now de toutes les grandes choses | qui doivent le porter en triomphe à la pos- | térité.
Ce n’est que lorsqu’unc nationalité ago- | aise qu’elle souffre de telles profanations ; | ce n’est que lorsque le sang français se sera | misérablement appauvri dans nos veines qu'on les verra sur ce sol.
Pour que le souvenir des Chénier et des |
de plus cher après Dieu, jeter nn voile de deuil sur leur foyer, éteindre leurs plus douces joies domestiques, de raconter les drames du malheur, de parcourir le sentier des grandes infortunes historiques.
loi espéré aussi que le pieux devoir qui m'amenait à cette tribune, m’obtiendrait l’induigence de mon auditoire.
C’est donc, mesdames et messieurs, pour raviver en nous tous le souvenir béni de nos martyrs politiques, et pour déposer mon modeste hommage, rehaussé par votre concours, sur leurs tombes, que j’ai écrit la vie et la mort d'un des plus braves de ces braves, d’un des meilleurs de ces bons, de Chevalier de Lorimier.
Francois MARIE THomMAs CHEVALIER DE LORIMIER naquit à St. Cuthbert, comté de Berthier, le 26 décembre 1803.
Après avoir fait un cours d'études classiques, De Lorimier commença sa .cléricature
Perrault, morts au champ d’honneur, des sous M. Pierre Ritchot, notaire, en 1824. Duquette, des Cardinal et des DeLorimier, | Dans les abords de la profession, il rencontra morts sur l’échafaud, soit toujours vivace ; les aridités légales que tous les étudiants en il faut souvent parler d'eux dans nos réu-| droits savent par cœur, mais qui n’ôtent pas
nions publiques, comme au foyer des familles | Von s’entretient de parens qui ne sont plus.
Il faut présenter leurs histoires comme de |
à cette portion de la vie le charme qu’y répandent la jeunesse et l'espérance. Caractère ferme et droit, nature loyale et pure,
atriotiques reliques aux larmes et à l’admi- | ilsut éviter les amolissemens, les oublis du P q q
ration de nos compatriotes: enseignement pour les générations qui commencent, sou-
venir pour celles qui s’en vont.
Il faut surtout que la jeunesse, que la jeunesse actuelle étudie et vénère ces histoires pour se préparer à l’avenie; qu'elle s’im-
devoir, les désordres qui souillent ou gaspillent que trop de Jeunes intelligences et de nobles cœurs. Il ne fut pas de ceux pour qui le séjour des villes est malsain et qui voient leurs facultés qu’auraient rigoureusement développé la sahtude, la méditation,
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la vie austère des champs, se rétrécir, so
existence, à la jouissance du sol, au gouver-
ranetisser, se fermer à l’ardent contact des | nement de leurs affaires,
influences urbaines, 1l sut résister aux entraînemens d’une exubérante jeunesse et se préparer sérieusement, énergiquement aux devoirs de la vie.
Admis notaire en août 1829, De Lorimier apporta dans l'exercice de sa profession une haute probité, des lumières, de l’assiduité et un jugement solide. Fidèle aux lois de la reconnaissance et de l’amitié, il rendit plus tard d’importans services à la famille de celui dont i! avait été d’abord le clere, puis l'associé.
En 1832, il épousa la fille de J. M. Cadieux, notaire ; la compagne de son choix, qui le .pleure depuis 17 ans dans le deuil et le veuvage, était digne de lui aider à supporter les terribles douleurs que lui préparait la Providence.
Comme tous les hommes qui aiment leur pays, non avec la langueur et la malle insouciance d’un asiatique, mais avec l’ardeur des cœurs jeunes et enthousiustes, De Lorimier se mêla de bonne heure de politique et d’affaires publiques.
La race canadienne française n’était pas alors divisée en deux camps comme elle l’est malheureusement aujourd’hui. A la voix puissante d’un illustre tribun, nous étions unis sur le même terrain, dans 11 même cause ; nous marchions avec un admirable accord vers le même but. Nous faisions
ensemble les luttes du forum ; un seul dra- |
peau ombrageait nos rangs ; les victoires et les défaites étaient communes, toutes Îles âmes, toutes les voix françaises à l’unisson acclamaient les unes ou déploraient les autres.
Quelques traitres à l'ambition perverse ou au courage défaillant avaient seuls, à différents intervalles, déserté la phalange nationale ; mais ces désertions avaient été plus que compensées par l’adjonetion importante des homines d’élite de l’émigration irlandaise,tels que les Waller,les Tracey et les O’Callaghan. Nous avions reconnu les éminens services que nous rendraient ces hommes distingués en chargeant quelques-uns d’eutr’eux de représonter au parlement des comtés canadiens-français. Nous voulions aussi prouver à l’Angleterre que dans le malheur nous pouvions faire ce qu’elle n’ôsait pas dans sa puissance : se dépouiller des préjugés aveugles et violens et reconnaître le mérite, la vertu, l'intelligence partout où ils se trouvaient :—tout en maintenant les droits de nos compatriotes à la libre
La politique d'alors si simple et en même tems si grande pouvait se résumer en deux mots : Liberté et nationalité.” Nous demandions la liberté pour le Canada français; puis nous élevant au-dessus de tout ressentiment quelque juste qu'il fut, nous la réclamions même pour ceux qui jouissaient de nos souffrances et qui foulaient aux pieds tout ce que nous aimians,
Aimant notre nationalité d’un amour qu’avait passionné plutôt qu’affaibli les persécutions et les malheurs, nous voulions qu’on en respectât l’existence comme une chose sacrée, Nous désirions les mêmes droits, le même respect pour les autres, voulant non proscrire mais vivre. Nous étions prêts à tendre la main de la fraternité à n’importe quelle race, qu’elle fut heureuse ou infortunée, pourvu qu’elle n’atteutât pas à nos droits et à nos libertés,
Hors de cette politique il n’y avait alors pour notre race que honte et ruine. La forme de la position a changé depuis, mais le fonds est resté le même. Notre salut et notre gloire veulent toujours et voudront toujours la permanence de notre nationalité, la possession de la liberté. ‘Toutes nos luttes politiques pour n’être pas stériles ou nuisibles doivent avoir ce double but, protéger la nationalité française, étendre ou sauver la liberté. Si jamais nous voulons bri- | ser l’uuion sainte qui les relie, si jamais nous voulons sauver l’une, la liberté, et rejeter | l’autre, la nationalité ; nous les perdrons tou- |tes deux. Dieu ne permettra jamais que nos compatriotes soient heureux et libres lars- {qu’ils auront renié la langue, les lois, les mœurs, le sang que nous tenons de lui et de la France. La servitude et l’abaissement seront le deuil de notre nationalité. Morte, la génération parricide ne laissera qu’une mémoire ignominieuse et un héritage dévoré par l'étranger,
De Lorimier ne put donc hésiter, il embrassa comme tous les hommes de patriotisme, la cause française et libérale. Ille fit avec tant d’ardeur que lors de l’élection du Dr.'Tracey par le Quartier Ouest de Montréal, en 1832, il faillit être blessé et une halle brisa dans sa main son manche de parapluie, au moment où Billet tombait mortellement frappé à quelques pas de lui. On sait qu’à la fin de cette élection, le 21 mai, trois Canadiens, ouvriers paisibles, furent tués par les troupes anglaises qui, avec une sauvage brutalité, tirèrent sur les citoyens.
Plus tard dans une de ces assemblées ou élections que la minorité tory troublait par la violence, il fut assez grièvement blessé à la jambe,
De Lorimier fut fidèle à un tel début Dans la marche du parti populaire vers des mesures de plus en plus énergiques pour te-!
air l'attitude du pays à la hauteur de la tyrannie croissante, on ne le compta jamais parmi les retardataires, les patriotes timides. | Son patriotisme ardent était inaccessible | aux faiblesses des cœurs pusillanimes, et il ignorait les prétextes et les détours dont | certains hommes savent couvrir leur retraite | du chemin du devoir. |
Il prit une part active aux mouvemens politiques et aux assemblées publiques qui!
organisèrent la résistance pacifique aux em-| piétemens croissants de nos persécuteurs.
Il fut le secrétaire de la grande assemblée | du comté de Montréal, tenue le 15 mai!
1837, et de l’assemblée des citoyens de la | ville de Montréal du 29 juin 1837. A la!
première de ces assemblées, un comité cen- | tral de résistance fut nommé, qui choisit De Lorimier pour secrétaire. En cette qua- | lité il fit preuve d’une vigilance et d’un dévouément remarquables. En un mot, ami de son pays, loin de fuir il recherchait avec avidité les occasions de le servir, Prodiguant volontiers son tems et ses labeurs, il
ne demandait :ien en retour de ses sacrifices | | veler les drames héroïques qui avaient com-
patriotiques que la satisfaction d’un devoir
C'est ce que nos tyrans comprirent area une terrible sagacité. Par des mesures d'une illégalité évidente et d’une outrageante ty-
| rannie, ils nous poussèrent à l'insurrection.
Le système adopté a: début par le parti national avait été d’opposer à toutes les oppressions une résistance pacifique et tôt ou tard efficace, “en tarissant, comme disait une résolution adoptée par l’assemblée du cointé de Montréal, la source du revenu que les mesures du ministère anglais avaient pour but de nous dérober.”?
Ce sage système qui nous donnait l’invincibie force de la modération, n’allait pas pour cela à nos oppresseurs qui redoublèrent d'insolence pour nous nousser au désespoir et à l'insurrection. Notre situation était telle, qu'un membre éminent de la chambre des communes d'Angleterre s'était écrié en face des ministres : “ Oui! si rous prétendez consommer votre œuvre d’iniquité, c’est pour les Canadiens une obligation morale que de nous résister, Oui ! si le même sang coulait dans leurs veines que celui qui a produit les Washington, les Franklin, les Jefferson, ils vous chusseraient de leur pays, comme vous avez êté justement chassés des anciennes colonies.”
Poussés au désespoir, les jeunes hommes, les têtes ardentes voulurent prouver que le sang qui coulait dans les veines du Canadafrançais était digne, était capable de renou-
noblement accompli et la certitude d’un peu | mencé la grandeur de la nation américaine.
de bien fait à ses compatriotes. Sa grande | | cause n’avaient pu obtenir d’un pouvoir im-
âme était inaccessibles à ses puérils accès
de vanité qui font croire à certains hommes |
que leur moindre démarche politique sauve la patrie qu'une démarche <emblable de la
part d’un adversaire avait mis en danger la!
veille,
Ce que les remontrances, la justice de la
pitoyable, on essaya de le conquérir par la | force des armes. On s’eu remit aux hasards de la guerre, on en appela à l’épée; la tribune fut abandonnée pour le champ de ba- | taille,
IIL, La tourmente de novembre et décembre
De Lorimier qui, comme Je l'ai déjà dit, |avait pris une part active dans l’organisation de la résistance pacifique, fut entraîné dans
1837 approchait. On commençait à en-|le parti de l’insurrection, T1 se je:a résolutendre dans les campagnes les sinistres pré- | ment dans les rangs de l’armée patriote. Ii ludes desinsurrections et des orages. Comme | était de ceux qui ne savent pas refuser une un souflle ardent passait sur les âmes pour large part dans les périls de leur race, et qui les exciter, sur les courages pour les aigui- ! sont à leur poste à l'heure de la lutte, Eloiser ; un sombre enthousiasme brûlait toutes gné de la carrière militaire par son caracles poitrines. Partout, dans tous les foyers | tère et ses habitudes, il se fit soldat par paet dans tous les cercles, on parlait des mal- | triotisme.
heurs de la patrie et des injustices de l'An-| Vers le 15 novembre, De Lorimier se gleterre ; on s’enflammait à ces récits et on | rendit dans le comté des Deux-Montagnes gémissait ensemble sur les tristesses du pré-| pour seconder Girod et Chénier dans les sent et de l’avenir. L’exaspération générale | préparatifs d’insurrection. E était telle, que de nouvelles persécutions) Bientôt une immense rumeur de victoire
pouvaient amener un fatalrecours aux arines. traversant le pays, semant partout l'enthou-
rent avec res d'une eante tyurrection.
ir le parti es les op-
et tôt ou me disait mblée du du revenu is avaient
ait l’invin-
’allait pas
Joublèreut
| désespoir tion était a chambre it écrié eu us prétenquité, c’est jon morale même sang | qui a proon! les Def.
leur pays, chassés des
es hommes, ver que le du Canadae de renouaient comaméricaine.
stice de la pouvoir imérir par la aux hasards ée; la triamp de ba-
J'ai déjà dit, organisation traîné dans je‘a résolu patriote. I!
refuser une race,et qui lutte, Eloi-
son carac- Idat par pa-
Lorimier se - Montagnes ier dans les
r de victoire ut l'enthou-
Sn
siasme et l’espérance, vint apprendre aux | dans leur longue et pénible course à travers patriotes des Deux-Montagnes qu'à St. leur patrie et à la comparer à la fuite des Denis une poignée de braves avait vaineu les | Girondins dans le Midi de la France, Les soldats anglais, Mais ‘durant toute cette | uns et les autres cherchaient à soustraire à époque les joies devaient être courtes |la mort des vies qu’enchantaient l’affection et se flétrir bien vite, comme des fleurs d’un | de femmes chastes et belles et les douces jonr, au souflle du malheur ; les tombes de- | jouissances d'heureux foyers,
vaient être plus communes que les trophées,| De Lorimier se rendit à Montpellier, les sanglots plus retentissants que les cris de | Vermont. Sur la terre étrangère il dut victoire. À peine les lauriers de St. Denis | éprouver toutes les dures nécessités de l'ex. étaient ils posés au front de la patrie qu’il | il, et gagner son pain quotidien par les plus fallait les entrelacer de crôpes et de cou- | rudes labeurs.
ronues le martyrs. Le massacre et l'incen- | Ainsi le gouvernement anglais, ce goudie de St. Charles, le sac de St. Denis | vernement qui avait laissé mourir la Vendée ajoutaient des pages funèbres au martyro- | et la Pologne, pouvait dire à son parlement loge de notre race et de nouvelles douleurs | en parodiant les paroles de Sébastiani : ‘ La à nos vieiiles douleurs, | paix règne en Canada”?
Victorieux d’une iasurrection sans orga-| La paix régnait en effet en Canada, mais nisation, sans armes, soutenue seulement par | c’était cette paix qui, enfant de la mort, plala justice’et le désesnoir de cœurs braves et | ne dans les cimetières. La paix régnait sur sans crainte les troupes britanniques se por- | des cadavres et des ruines, sur St. Charles tèrent à St, Eustache pour y écraser dans |et St, Eustache, sur les gémnissements étoufle sang les dernères résistances des oppri- | fés dans toutes les poitrines et sur les pleurs raés, On les y attendit de pied ferme quoi- | silencieusement versés au coin des foyers q'e l’insuccès fût certain; car on voulait |sur les absens, aux portes des prisons sur que de la défaite de St. Eustache comme | les captifs, à l’onbre des saules sur les morts. de la victoire de St. Denis l'honneur sortit | La paix régnait sur la race française, comme sauf, Cette sublime espérance ne fut pas) la paix règne dans les forêts dont l’orage a
déçue. Chénier et ses compagnons suc-| combèrent, Colborne triompha ; mais Fdepuis ce jour-là et devant l’histoire, la défaite de Chénier est devenue son triomphe, et le triomphe de Colborne est devenu son ignominie. Le nom de l’un, honoré et béni vit dans le cœur du peuple, Panthéon des grants | souvenirs; le nom de l'autre n'ayant pas même le vulgaire bonheur de l'oubli, reste à l’histoire où nul ne le prononce avec respect où tous le voient avec l'horreur qu'inspire une tache de sang.
De Lorimier assista au combat de St!
brisé les rameaux, crevassé le sol, desséché et dispersé les feuilles.
L'élite des patriotes était en prison et en exil, Chenier et Perrault étaient dans l’éternité, la tribune était brisée, la voix de Papineau ne pouvait plus retentir, la chambre d’assemblée n’était lus qu'un grand souvenir, le cliquetis des fers était devenue la persuasive éloquence de l’autorité, la terreur était la loi, on volait paisiblement le trésor public en haut lieu, le patriotisme était un crime pour lequel on souffrait, la trahison érigée tout naturellement en vertu
Eustache. A la fin de la lutte, laissant son ! était récompensée : ‘ La paix régnait en Cagénéral et son ami accomplir son héroïque nada."
destinée, il se réfugia à St. Benoit. Là.) Les souffrances des opprimés étaient poivoyant l’inutilitä de nouveaux efforts et vou- | gnantes, le triomphe des oppresseurs était lant conserver à ses compatriotes un bras! insolent, le sang avait roulé de quelques veidont ils pourraient encore avoir besoin, il ré- | nes françaises, bien des femmes étaient en solut de patser aux Etats-Unis, Avec quel-| leu, bien des eufants se trouvaient orpheques amis et à la faveur de dégnisements, il! lins, l'agonie de fa race Canadienne semblait
gagna l'rois Rivières, traversa le St, Laurent et les townships et arriva enfin aux frontières, épuisé de fatigue, de stratagèmes, de marche et de privations. Souvent sur la route ils faillireat être reconnus et pris par les volontaires, ct ne durent leur salut qu’à d’ingénieuses ruses et d’hospitaliers asiles. La pensée trouve, il me semble, un mélancolique plaisir à suivre ces quelques hommes
commencer et la liberté n’attendait plus que les derrières heures de sa compagne pour quitter, comme autrefoisle drapeau de la France, une terre qui ne savait donner que l'hospitalité du sépulcre : “ La paix régnait en Canada.” Les cachots regorgaient de captifs, le chemin de l’exil était encombré de pros- !ctits, l'épée qui avait combattu sur les plai-
ns O — nes d'Abraham et qui avait vaincu à Châ-|une mort inutile et jugeant le succés inpos-
teauguay et à St, Denis était brisée, ça et là dans les campagnes il y avait des ruines famantes et des mares de sang, enfin de tout ee que nous aimons il ne restait debout que la croix n’ombrageant que des foyers déserts ou mornes :‘* La paix régnait en Canada.”
sible, il donna à ses compagnons d'armes l'ordre de chercher leur salut dans la fuite. Avee quelques-uns d’entr'eux, il essaya de gagner les Etats-Unis, mais dans la nuit du 12 novembre ils furent attaqués près des frontières, et DeLorinier, séparé des siens, fut pris entre 1 et 2 heures du matin.
Les volontaires anglais ineapables de com-
Les proscrits sentaient se glisser dans | prendre le respect et les égards dus au couleurs âmes les tristesses de la nostalgie, et | rage malheureux, insultèrent et garottèrent
l’impérieux besoin de revoir, au moins pour quelques jours, le ciel aimé de la patrie. En pensant à toutes leurs douleurs, à leur nationalité menacée, à tout ce que leurs compatriotes souffraient pour avoir aimé la liberté, pour être restés fidèles au souvenir et à la langue de la France, ils se sentarent au cœur une amertume profonde et un effrayant désir de lutte et de vengeance. Il leur semblait que le vaillant dévouement de qnelques braves pouvait tout aceomplir, tout surmonter ; lorsqu'ils auraient devant eux la perspective de la patrie sauvée, de la liberté cicatrisant de son souffle les plaies d’un demi-siècle, de la fin de l’exil et du malheur, et si le sort était contraire, la certitude de Pimmortalité dans la mort, d’ane gloire immense consolant et éclairant leurs tombes, Leur noble espoir fut déçu. lis n’eurent ni le bonheur de sauver teur pays, ni la suprême consolation d’un grand trépas.
La troupe qui envahit le pays sous le commandement du Dr. Robert Nelson, en février 1838, et dans Imquelle servait De Lorimier avec le grade de Capitaine, était si faible, si peu discipliné, si dépourvue de tout, si peu soutenue qu’elle ne put opérer
leur prisonnier, et le forcèrent de marcher 15 milles à pied. On le mrt dans un humide cachot, au pain et à l’eau, à Napierville. 1} ÿ demeura jusqu’au 23 novembre, jour de sa translation à la prison de Montréal,
Cetie translation se fit sans incident et sans trouble. Notre population avait pris Ja doutoureuse habitude de voir passer de tels cortéges, conduisant au cachot, peut-être à la mort, les meilleurs citoyens. Dans le malheur où elle était tombée, rien n’avait plus le triste privilége de l’étonner. Toute l’amertume de son sort lui était connue, les sinistres nouvelles d’arrestations, de persécutions, de défaites qui éclataient de tems à autre, comme des glas funèbres, ne fesaient qu'assombrir encore les cœurs, que faire monter aux yeux quelques larmes, dont la source semblait devoir être épuisée tant elle avait coulée.
En entrant dans la prison de Montréal, en franchissant le seuil de la sombre demeure qu’il ne devait quitter que pour le gibet et l’éternité, DeLorimier eut comme un pressentiment de son sort. Son cœur se serra, il lui sembla que la vie libre, le soleil lui disaient adieu, et plein d’une ineffable tris-
rien de sérieux, et dut se débander bien | ‘esse, il dit à ses compagnons de captivité
vite.
qu’il n’espérait plus sortir de la prison où le
Les proscrits ne perdirent pourtant pas jetaient la tyrannie et le malheur des tems.
tont espoir, et l'on recommença bientôt à organiser une nouvelle invasion, qui devait être appuyée par une insurrection dans l’intérieur. De Lorimier fut chargé d’aller préparer le soulèvement dans le comté des Deux-Montagnes.
Lors de la prise d’armes du 3 novembre 1838, il commandait à Beauharnais comme brigadier-général. Ayant reçu l’ordre de venir joindre, à Napierville, le corps principal de l’armée patriote, DeLorimier s’y di.
rigea avec ses troupes et ses prisonniers. ]l apprit en route que Colborne marchait vers cette partie du pays avec des forces considérables, et que l’armée patriote incapable
Le 8 janvier 1839, De Lorimier fut officiellement notifié que son procès aurait lieu dans trois jours. Son attitude devant la cour martiale fut simple, digne et fière.
Niant au préalable la compétence de l’inique tribunal, il se défendit ; mais toute défense était inutile. Les juges militaires n°avaient pas été nommés pour la clémence et la justice ; ils étaient membres d’un tribunal de vengeance ; ils condamnèrent l'accusé à la peine de mort, De Lorimier écouta la sentence sans effroi comme il devait la subir sans faiblesse.
Cette triste nouvelle fut accueillie avec une joie féroce par tous les hommes qui,
de soutenir la lutte, était dissoute et en fuite. | avides de se gorger du sang français, trou- Ne voulant pas exposer de braves. gens à ! vaient qu'il ne sortait pas assez vite et assez
» inposd'armes, la fuite.
ssaya de n nust du rès des es siens, in.
de comau courottèrent marcher n humide ville. Il ur de sa it et sans a doutoutels corôtre à la s le malvait plus 'oute l’annue, Îles Je perséle tems à > fesaient ue fatre , dont la tant elle
ontréal, bre de- > pour le t comme cœur se le soleil able triscaptivité on où le les tems.
fut offirait lieu evant la et fière.
de l’inioute déires n°’aence et tribunal accusé à couta la la subir
ilie avec es qui, is, trouet assez
an din
abondamment de res veinen Nos ennemis qui, même au faîte de jeur sanglant triomphe, tremblaient que la Providence ne nous suscitât des vengeurs, et que des nobles cœurs de moins rassuraient considérablement, s’épanouirent d’aise et de rage. Au contraire, les patriotes, les captifs, les proscrits, notre race presque toute entière qui voyait l’échafaud après le champ de bataille dévorer ses fils, furent consternés ; et uu immense sanglot déchira les poitrines capadiennes.
Mais qu’étaient les afflictions de la patrie en cette circonstance, auprès de l’affiction de la famille, frappée plua spécialement et plus intimement dans son chef? L’homme qui devait mourir en héros, n’avait su répandre, dans des tems plus heureux, que joie et bonheur autour de lui. Son cœur bon, affectueux, sensible n’avait jamais contenu que des tendresses et de l’anitié. Il était de ceux qui, pour leur compagne, sèment la route de la vie de fleurs en gardant pour eux les ronces, qui vident la coupe des douleurs plutôt que de la voir approcher des lèvres chéries. Aussi comment dire le désespoir de la femme à qui on allait enlever le compagnon de sa vie, le père de ses enfans, la lumière, l’amour, l’espérance de son foyer? La mort qui, arrive pour la plupart des hommes dans l’ombre et le mystère, s’approche lentement à la faveur des vacil- Jations rt des répits de la maladie, et qui avant de frapper laisse, pour ainsi dire, l’esprit s’habituer graduellement à son hideux aspect, se présentait dans sa désolante certitude dénuée-d’espérance et de masque. La victime était marquée pour le sacrifice ; Vheure fatale était fixée. L’abime était ouvert, et cet abime nos oppresseurs ne le fermaient jamais... In face de ces épreuves, les cœurs ne pouvaient que se fermer à l’espérance et s’ensevelir dans les larmes et dans la prière.
De Lorimier le cœur brisé, car il est triste de quitter ce monde lorsqu'on y laisse une jeunesse inachevée, de douces amitiés, d’heureux liens brisés trop tôt; De Lorimier, dis-je, se roidissant contre la douleur, essayait de consoler sa femme et ses amis.
On lui parlait de son supplice ; d’une voix inspirée et affectueuse il parlait d’immortalité et de glaire. Madame De Lorimier, dans l’exaltation de ses peines, s’écria qu’il allait avoir une mort cruelle et ignominieuse, il lui répondit avec une douce sérénité :
# Ma mortsera cruelle, ma clière Henriette,
en holocauste à mon pays et à la liberté, le contact du gibet ne pourra la souiller. Le déshonneur attaché au trépas sur l'échafaud, n’atteint pas les victimes d'une pareille oause. La mort des Duquette, des Cardi- “al, des Lount, des Mathews est plus honorable que la vie d’esclave sous un gouvernement despotique .”?
Il se préparait à la mort par les prières et les pratiques religieuses qui udoucissent pour le catholique, le passuge de ce monde à l'éternité. L’impiété sacrHége qui assombrit, souille et désole le chevet de trop des grands moribonds des tems modernes, était absente de la pensée et du cœur de nos patriotes. La foi ajoutait sa suprême béné.
diction aux bénédictions de la patrie et de la liberié. En morrant pour des choses humuines, ils n’oubliaient pas celui sans lequel le bien ne serait qu’une sublime chimére, la vertu qu’une erreur splendide. C'était au pied de la croix. dans la contemplation recueillie du drame divin du Golgotha, qu’ils se préparaient à mourir en héros et en martyr, sans erainte et saus faute,
Dans les loisirs de la prison, De Lorimier écrivait des lettres à sa femme, à ses amis, à ses compatriotes. Ces lettres sont touchantes et tristes comme le murmure qu’arrache le vent d’automne à la feuille qui tombe, comme les bruits du soir dans les mausolées, comme la dernière plainte de la vague se brisant au rivage. On y sent palpiter un noble cœur qui va se briser, couler des pleurs sur les têtes ehagrines d’enfans chéris et sur la poitrine sanglotante de la femme aimée ; on y sent frémir et éclater tous les sentimens qui honorent les cœurs mourans. Ces adieux écrits aux dernières lueurs de la vi: et aux premières lueurs de l’éternité, pénètrent l’âme d’une mélancolie profonde et d'un funèbre enthousiasme.
À son frère il écrit : “ T| m’est douloureux de laisser ma patrie encore dans les chaînes et ma famille dans l’infortune ; quorqu'il en soit, il faut que je meurs ; mais je meurs courageux, ferme et calme.”
À un ami il dit: “ Je ne regretterais pas la vie si je n'avais mt femme, ni enfans, ni amis, ni patrie ” ; à un autre il recommande de se rappeler qu’il est mort sur l’échafaud pour son poys.
Les derniers adieux de M. De Lorimier à la compagne dévouée de sa vie sont déchirans : “ Des assassins avides de sang vieu-
mais elle ne sera pas ignominieuse. Offerte !nent m'arracher de tes bras, ils ne pourrout
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jamais effacer ma mémoire de ton cœur ; j'en ai la couviction. Ils viennent t’arracher ton soutien et ton protecteur, ainsi que celui
de mes chers entaus, La Providence et |
les amis de la patrie y pourvoiront. Ils re m'ont pas seulement donné le tems de voir mes deux chères petites filles pour les serrer contre mon cœur paternel, et leur donner ua dernier adieu. Ils m'ont privé de voir mon bon vieux père, mes frères et sœurs, pour leur faire mes adieux ! Ah cruelle pensée! Cependant je leur pardonne de tout MON CŒUrT-....s-+. lu as reçu hier au soir mes derniers embrassemens et mes derniers adieux: cependant du fonds de mon froid,
humide et solitaire cachot, entouré de tous
les appareils de la mort, je te fais mon dernier, oui, mon dernier adicu. ‘Ton époux,
tendre et chéri, enchaîné comme un ineur- |
trier, ses bras à la veille d'être liés, te souhaite, ma chère Henriette, le bonheur, si Jamais ton cœur abimé de douleur, puisse le goûter. Sois heureuse, ma chère et mal-
. . , ll heureuse énouse, ainsi que mes chers petits
enfans ; c’est.le vœu le plus ardent de mon âme.”
Craignant que des ennemis ignorant jus- |
qu’au respect dû au malheur, ne lui attribuassent des opinions et des sentimens étrangers à son cœur et à sa pensée, il en fit une déclaration publique à ses compatriotes.
Cette déclaration pleine d’une grandeur et d'uie élévation antiques, se termiue par ces mots : ‘ (Quant à vous, mes compatriotes, puisse mon exécution et celle de mes compagnoos d’infortune vous être utile, Je n'ai plus que quelques heures à vivre, mais j'ai voulu partager mon tens entre mes devoirs religieux et mes devoirs envers mes compatriotes,. Pour eux je meurs sur le gibet, de la mort infâme du meurtrier ; pour eux je me sépare de mes jeunes enfans, de mon épouse chérie, sans autre appui que mon industrie ; et pour eux je meurs en m'écriant : Vive la liberté! Vive l'indépendance ! ” Ces mots d'indépendance et de liberté qu'articulaient les lèvres mourantes de De.
Lorimier, sout evmme un écho de la clameur qui partie des gorges des Thermophyles et du forum Romain, a traversé les siècles se
vivent dans l’iniqiité, des Vergniand contre les Robespierre, des De Lorimier contre les | Colborne. Inscrivons ces mots sur nos drapeaux, pour qu’en s’inclinant ils les mêlent à la poussière de nos compatriotes morts, et qu’en se relevant ils les portent fièrement dans les airs! Qu'ils retentissent dans les | fêtes de notre race, dans les funérailles ou iles triomphes de nos hbertés, comme un adis au passé et comme un salut à l’avenir.
La veille de l'exécution, les captifs don- |nèrent à De Lorimier et Hindelang, un sou- | per d’adieu en imitation du dernier banquet | des Girondins. A la fin du repas, De Lorimier d’une voix profondément émue porta le toast suivant : # À mon pays! Puisse-t-il |ne jamais oublier que des braves ont sacri- (lié pour lui leur vie sur l'échafaud. Jai vécu patriote, je meurs patriote’ Le moment était trop solennel et l’espace de tems | q“i le séparait de l'éternité était trop court, | pour lui permettre de les gaspiller en vains | discours, Il fut bref, grave, ému, éloquent. L’ombre de la prison et de l'échafaud, le deuil de sa famille et de sa patrie se projetaient, pour ainsi dire, sur ses paroles et les rendaient sombres et funèbres, De tems à autre cependant ,refoulant dans son cœur avec | un suprême courage toute tristesse et tout atendrissement, il parlait avec enthousiasme | de l'avenir de son pays, le déroulait comme | une suite et une compensation du présent, beau, magique, éblouissunt, embelli par | Dieu, étincelant de grandeur et de liberté. | I! prophétisait la venue des jours du soleil ‘après les jours d'orage, du printemps après l'hiver, du calme après l'épreuve, Au bout | du sentier d’infortunes dont il allait franchir ia dernière étape, il montrait pour lu et | pour ses compat:iotes un monde meilleur, un | champ de repos, un oasis. Après avoir dé- |ploré les malheurs de sa famille désolée, de sa patrie iasultée comme une mendiante, | foulée aux pieds comme une esclave, de ses | amis prisonniers, proscrits ou morts, il eut lencore la force de prédire à tous ee qu'il l'avait rêvé pour eux, aux jours d'espoir et de bonheur.
| Hiudelang, jeune français, le Lafayette | malheureux de notre M:toire, prit ensuite la
mêlant aux grandes choses, et a relenti sur | parole : Ma voix s’altère, chers amis, dit-il, les champs de bataille de l’Europe, dans les quant je me représente vos intortunes natribunes du Nouveau. Monde et jusque sur | rjonules, et mon cœur se brise à la pensée nos échafauds, C'est le rt d'espérance des | de l’afliction de ma vieile mère en apprenations en détresse, c’est l'hymne des grands | nant ina mort dans un pays étranger, sur l'étriomphes populaires. C’est Ja protestation | chafaud et par les mains d’Anglais impitoy des victimes contre les bourreaus, de ceux nbles. Que Dien lui prête force et courage ! gui meureut dans la gloire coutre ceux qui Qu'un de vous lui écrise ccmbien j'ai +14
ferme et résigné dans mon sort malheureux.
Dites-lui que je suis mort comme un Erançais. Avant de fuir, laissez-moi vous dire que la liberté de votre malheureuse patrie ne peut être achetée trop cher, et que pour sacause je fais de bon cœur le sacrilice de ma vie.”
S’adressant ensuite à ses compagnons de supplice, il s’écria : ‘ Dem-in est le jour de douleurs, non pour nous, mais pour nos amis.
Vos noms et le men seront gravés en lettres d’or sur l'autel de la liberté, Je porte le
toast suivant : Au Canada : Je ne regrette |
pas ma vie, si tu peux un jour être arraché à la tyrannie de l'Angleterre. C’est le vœu
sincère de celui qui mourra pour toi demain. |
Una tems viendra où dans leurs fêtes tes enfans se rappelleront que Charles IEindelang, un étranger, fut martyr pour eux el victime de la baine britannique.”
Les prisonniers jeunes et vieux pleurèrent à ces paroles touchantes, (C'était en effet un spectacle navrant que de voir ce jeune étranger, brave et chevaleresque, venu de si loin pour sacrifier à notre cause, sa vie avant son crépuscule, sa jeunesse avant sû maturité, son bonheur avant sa plénitude, sa part de joies et d’affections terrestres avant leur épuisement. Ils étaient heureux pourtant d’entendre comme la voix de la France se réveillant, après des années de silence, pour dire qu’elle avait encore de la sympathie
, | pour nous, et qu'elle voulait comme une] mère attendrie et fière de ses fils d’'Amé- |
rique, mêler ses larmes et son sang à nos larmes et à notre sang. Cette voix à cette heure solennelle et sous les murs sinistres de la prison, reteatissait comme une belliqueuse mélodie d’un barde, pélerin et guertier de la Normandie, venu de la vieille terre d'Europe pour consoler par ses chants, les druleurs de la Nouvelle-France. Il leur semblait à ces hommes, qu'un rayon de ce soleil qu’on appelle la Liance et dont les brumes britanniques nous cachaient la face ébloussante, venait se reposes sur leurs plaies et sur leurs souffrances pour en allé-
ger le fardeau, pour les pleurer, les bénir,
les glotilier,
À travers tous ces entretiens et ces discours, d'heure dont vien ne ralentit ni ue hâte la marche infexible, avançait toujours, et le moment fatal de la séparation était mrivé. I! faliait laisser les condamnés consacrer le tems qu'il leur restait, à une dernière préparation aux évêuemens du lendemain, Les adieux fureut pleins de larmes et de déchiremens. Des viviilards aux cheveux
blancs, voisins du sépulcre, et des jeunes hommes à quelques années de l’enfance sanglottaient ensemble. ‘Tous les fronts ridés
sous le désespoir, Il sembla que de ces | poitrines dévorées par le chagrin, allait sortir jun cri formidable qui terrilierait les tyrans dans leurs palais et qui irait dans les chaumières mettre le feu au cœur, les armes aux | bras des débris de notre race. On se tut pourtant, car le sol de l'insurrection avait déjà trop bu de sang innocent, Les prisonuiers mornes et abattus, De Lorimier triste mais ferme, Elindenlang iusouciant et gai en | apparence, se serrèrent une dernière fois les mains, et on se sépara. C’étaient les pré- | ludes du drame.