‹ Esquisse biographique sur Chevalier de Lorimier [microforme]Chapitre 3 sur 4 · VI · texte numérisé non relu

VI

L’aurore du 15 février 1839 parut à l’hotisou, morne et triste pour tous les cœurs | canadiens. Ses rayons en descendant sur les | villes et les campagnes, en se glissant, mes- |sagers et héraults de la mort, à travers les barreaux de la prison, n’éclairèrent que consternation partout, hors les pâles sourires de quelques-uns des condamnés. On eût dit que Dieu avait jeté un linceuil de plomb sur le pays tout entier, linceuil que dans leur rage des mains impies essayaient en vain de soulever. Il les écrasait de son poids, et leurs rires imouraient sans écho dans ses plis profonds. Qu’à chaque anniversaire de ce jour, on voie quelque chose de ce spectacle ; que notre race se souvienne, qu’en deul elle | salue, comme nour le fesons ce soir, une des dates les plus noires de notre martyrologe.

De Lorimier vit sans pâlir les rayons de l’aurore venir donner, comme une caresse d'adieu, à son front qu’allait refroidir la mort. L’homme, mêine lorsqu'il est sur le point de quitter la vie, aime à respirer les parfums charmans qui s’échappent de tout ce qui est jeune et radieux, du printems, du matin et des berceaux.

Il était préparé aux événemens de la journée. Il avait rendu à Dieu un compte |lidèle de la vie qui lui avait été donnée, un | prêtre l'avait absous; son âme était prête pour le voyage de l'éternité. Son attitude | était résignée, son cœur ferme lorsque le | geôlier entra dans sa cellule pour lui lier les |mains. Cela fait, on le conduisit vers ses compagnons de supplice, Nicolas, Daunais, Narbonne et Hindeulang. En joignant ce | dernier il s’'écria : “ Courage, ce sera bien-

tôt laut.” héroïque jeune homme répou-

ou hautains pliaient vers la terre, écrasés

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dit: “ La mort n’est rien pour un Français qui la subit pour la cause de la liberté.”

Le funèbre cortége étant complet, on s’achemina vers l’échafaud. A côté des premières marches, on avait placé cinq cercueils sur chacun desquels on avait écrit avec de la craie, le nom d’un des condamnés.

C’étaient là les sépultures et les épitaphes que leur avait préparées le bourreau. En passant, aucune des victimes ne parut remarquer, ces preuves sinistres de la prévoyance de l’autorité.

Parveaus sur la plateforme, les condamnés purent contempler à la fois, la foule silencieu-

se qu’avaient attiré les séduisante: perspecti- |

ves d’un horrible spectacle, le sombre donjon où ils laissaient tant d’amis, un coin du St. Laurent, derrier représentant de la patrie bien-aimée. Triple apparition qui ne cessa qu'avec la pression de la main du prêtre, sous l’êtreinte glacée du bourreau et de la mort.

Avant le moment fatal, Hindelang s’avançant du côté de la foule, prononça quelques paroles, qu’il couronna du cri de ‘“ Vive la Liberté.”

De Lorimier sourit et approuva de la tête.

Le supplice commençs.

Pendant son terrible accomplissement, l'intérieur de la prison présentait un émouvant

et solennel spectarle. Les captifs réunis au | centre de leurs quartiers étaient agenouillés, |

mes; leurs généreux cœurs cessérent de battre, tandis que le deuil et la gloire commençaient à veiller sur leurs corps inanimés et que cinq erèpes funèbres ceignaient le front meurtri de la patrie.

De Chevalier de Lorimier il ne restait plus sur la terre qu’un corps inerte st une mémuire impérissable, L’un pouvait tomber en poussière, l’autre sous la garde de l’histoire était ummortelle, L’oubli ne peut | être le salaire de tant de vertus et de courage, de dévouement et de patriotisme ; Dieu leur donne là haut d’éternelles récompenses, ici-bas d’éternels souvenirs. 11 pose au front des martyrs, comme de Lorimier, des couronnes que les puissans ne peuvent briser. La tyrannie avait eu le pouvoir d'oevrir l'éternité à notre compatriote, mais elle {n'avait pas celui de lui fermer le ciel et les cœurs des hommes de bien,

Mort il léguait à sa famille désolée, un nom honorable et pur, titre de noblesse ‘bien plus solide que les blasons des patriciens ; à sa patrie un nom et des actes qui | transmis de génération en génération, comme des traditious nationales, ne cesseront | d’être honorés que lorsque sur ce sol, à la | fumée des usines, on aura perdu jusqu'au | sentiment des grandes choses.

L’homme de bien en mourant martyr, une

le front penché, le cœur saignant et la pen- | grande époque en sombrant dans une catassée élevée vers Dieu, comme pour escorter | trophe comme un vaisseau dévoré par l’inaux célestes demeures, les âmes de leurs amis | cendie, laissent à leur pays avec des regrets

mourans. Il fesait sombre, les fenêtres ne laissaient pénétrer qu’une lumière terne et

sans éclat ; les figures étaient pâles, de cette | pâleur que jette sur les traits de l’homme le |

passage des grandes affictions. Un vieillard aux cheveux blancs, disait la prière des morts, le De profundes ; toutes les lèvres murmuraient les lugubres et sublimes paroles du psaume sacré, pendant que de tous les yeux coulaient silencieusement des larmes. Ces voix pieuses, ces sanglots, cette assemblée en ce lieu rappelaient les catacombes et les premiers chrétiens priant sur les corps mutilés de leurs frères martyrs.

La frule présentait un spectacle bien différent. lle était pleine d’agitation et de trouble. La piué ou les remords déchiraient toutes les consciences, pâlissaient toutes les figures. On suivait avec une effraÿante émoton les péripéties de l'exécution, et de temps à autre des hommes s’évanouissaient.

Le bourreau fit son œuvre. La mort étendit son suaire sur ces cinq vaillans hom-

:et des débris, un héritage de traditions et de | principes.

Trois sentinens principauux ont animé la vie de De Lorimer, et couvèsent de leur | égide l’époque qui s’eteignit avec lui dans le | sang ; la fidélité à la foi de nos pères, le dé- | vouement à la nationalité française, l’amour de la liberté, | Catholiques, ce fut sous la protection de ta croix qu'ils placèrent leurs berceaux et leurs | foyers, leurs œuvres et leurs tombes. Canadiens français, ils s’attachèrent à la cause de leur natioualité, la protégèrent au milieu | de tous les périls ; persécutés et décimés, | ils la servirent encore et leurs derniers efforts, | leurs derniers vœux furent pour elle. Amis | de la liberté, ils en profes èrent le cuite lors- | qu’elle ne pouvait plus avoir d’autels que dans les prisons et sur les gibets, et courtisans sublimes, leurs regrets lui firent cortége dans son exil passager.

Rejetterons-nous ces principes pour en ‘adopter d’autres Refuserons-nous ces piens

PTE

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